cinéma - De bon matin

Publié le 5 Octobre 2011

de-bon-matin.jpgComme tous les matins, Paul met sa chemise blanche, enfile son costume bien taillé, noue sa cravate.

Il pénètre dans l'immeuble de la banque où il travaille, et tue deux de ses supérieurs  hiérarchiques.

Revenu dans son bureau en attendant l'arrivée de la police, il se remémore des pans de sa vie.

Comment en est-il arrivé là?

Lui, le  chargé d'affaires d'une grande banque, qui a été bon dans son métier, très bon même. Au top.

Un métier qu'il aime tant, la banque, avec les clients et les contacts.

Seulement, il n'a plus l'heur de plaire à sa hiérarchie. Celle-ci a changé, des gestionnaires venus du Siège ont pris la place de l'ancien patron, licencié pour une escroquerie douteuse.

Paul n'a pas l'impression d'être dépassé, mais il va se trouver rapidement en opposition. Parce qu'il a défendu son ancien patron? Parce que, ancien et compétent, il est une limite au pouvoir des nouveaux venus? Parce ce que la cinquantaine dépassée, il n'est plus dans la course?

Alors Paul va prendre des coups. Son portefeuille de clients  va être réduit, des réunions sont supprimées sans qu'il le sache, son bureau individuel lui est retiré, une mission déplaisante lui est confiée, dont le résultat sera récupéré pour virer une collègue et le rendre impopulaire, pour arriver en final à une mutation au service des risques, lui, le commercial!

Le stress l'imprègne, la dépression gagne, le désespoir est là. Son métier, c'est une grande part de sa vie. Il s'y est investi corps et âme. Pour arriver à quoi? La placardisation?

Alors, parce que c'est insupportable, pour lui, ses collègues, il va vers la solution extrême.

On parle souvent du travail comme libérateur. Il l'est quand il est associé à la création et à la liberté. Dans les grandes entreprises imprégnées de compétitivité, productivité, rentabilité, le tout dans un environnement d'ambitions et de conflits d'intérêts, le travail peut être destructeur. Parfois temporairement, parfois définitivement, quand aucune porte de sortie ne laisse passer de lueur d'espoir.

Des milliers de salariés vivent ou ont vécu les souffrances de Paul. Combien en appellent à l'alcool ou les drogues plus ou moins douces pour les supporter?

La souffrance au travail est devenue le quotidien d'un nombre croissant de personnes, dans des entreprises où on ne voit plus l'humain, mais seulement la machine à produire et enregistrer du profit.

Ce sujet grave, et qui concerne tant de salariés à qui on a fait ou laisser croire que tout d'un coup ils ne valaient plus rien, est traité avec austérité et sobriété par le réalisateur Jean-Marc Moutout,  et Jean-Pierre Darroussin, dans le rôle de Paul.

Peu de dialogues, pas de mélo, la souffrance au travail est secrète, car perçue comme une honte et un échec.

Un film qui vous prend aux tripes, et dont on ne ressort pas tout à fait intact. Jusqu'à ce que le rouleau compresseur de  l'entreprise reprenne le dessus.

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Rédigé par jdio

Publié dans #un peu de culture

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