Articles avec #un peu de culture tag

Publié le 21 Juin 2012

grandsoir1.JPGAmateur d'eau de rose et collection Arlequin, s'abstenir.

Benoît (Poelevoorde) est le plus âgé des punks à chien d'Europe. Pour survivre, il a choisi de ne vivre qu'au présent, en marchant, dans la rue. Pour ne pas penser. Car penser, c'est ouvrir la porte à la désespérance.

Son frère Jean-Pierre (Albert Dupontel) est vendeur dans un grand magasin de literie. Il fait la leçon à son frère, jusqu'au moment où il est viré  pour non atteinte de ses objectifs commerciaux, aussi peut-être pour permettre son remplacement par un fils du fondateur.

Leurs parents tiennent un restaurant, "la pataterie" dans le centre commercial. Deux paumés à leur façon, qui se sont forcés au travail pour survivre.

Bernard et Jean-Pierre apprendront que leur père n'est pas leur père, mais ce n'est qu'un épiphénomène dans un monde de désespoir, où chacun ignore son voisin.

Dans ce triste et banal centre commercial symbole de cette société où consommer remplace la vie, les deux frères traînent la leur, et se retrouvent dans la liberté de leur vie hors du système. On sent que bientôt les parents pourraient suivre leur exemple, maintenant qu'ils approchent du terme.

Les deux frères promettent alors le grand soir. 

Cette comédie noire où règnent l'absurde et la dérision est signée Benoît Delépine et  Gustave Kervern. Poelvoorde y joue un rôle taillé pour lui, et se montre géant dans ce personnage insupportable, désespéré et provoquant.

 

grandsoir.JPG

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Rédigé par jdio

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Publié le 13 Juin 2012

Film franco-canadien de David Cronenberg, avec Robert Pattinson.

 

cosmopolis-copie-1.jpgEric Packer est un golden boy richissime, au coeur éteint. Il passe une grande partie de son temps dans son immense limousine, ces voitures rallongées qu'on loue en France pour les mariages qui se veulent branchés. Cuir noir, comme dans un cercueil, salon équipée comme une salle des changes. Les gens circulent. Il traverse New-York, bloqué par la présence du président des États-Unis et par des émeutes. Le capitalisme est en crise, Eric a fait le mauvais choix en jouant la baisse du yuan et voit sa ruine venir, il a un tueur aux trousses. Mais il n'a qu'une obsession: aller chez le coiffeur, plus précisément chez un coiffeur à l'ancienne chez qui il est allé quand il avait 5 ans.

Cosmopolis est un film étrange, que certains adoreront, que d'autres exécreront. Les dialogues sont parfois hermétiques, la symbolique est toujours présente. Il reste la description d'un monde capitaliste qui court à sa perte, et vit avec une certaine délectation son auto-destruction.Mais la force du capitalisme est sa capacité à tout recycler dans son propre intérêt, et les contestataires qui projettent les rats morts symbole de l'argent mortifère le seront-ils à leur tour?

Cronenberg nous peint un monde froid et sans âme, une humanité esseulée, où les personnes se rencontrent sans jamais se trouver.

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Rédigé par jdio

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Publié le 9 Mai 2012

Film américain de J.C. Chandor

margin-call.jpg"Margin call" nous dépeint ce monde des traders et de la banque de marché, cause des désordres du monde, et fruit de la cupidité des hommes.

Inspiré de la déroute de Lehman Brothers, dans un passé pas si lointain banque d'investissement de référence, le film nous présente un monde gouverné par l'argent, qui achète tout, y compris et surtout les consciences.

Dans ce monde, les licenciements sont des actes de gestion ordinaire. Le vireur d'aujourd'hui est le licencié de demain. Survivre fait partie de la motivation, au même titre que l'argent.

Directeur des risques, Éric est renvoyé, à coup de centaines de milliers de dollars. Décision venue d'en haut. En partant, il laisse une clé USB à son jeune adjoint, où il a laissé  le début d'une étude qui montre que la banque est en position de risque au-delà des limites fixées.

L'adjoint poursuit le travail commencé, qui confirme le bien fondé des craintes.

La solution? Liquider la position, dans son entier et très vite, à n'importe quel prix. Cela n'est pas sans rappeler la décision prise par la SG dans la foulée des positions démentes prises par Jérôme Kerviel.

Compte tenu des milliards de dollars en question, la décision n'est évidemment pas anodine. Le marché va s'écrouler, la banque le sait, et accepte de vendre à des acheteurs, qui sont aussi ses clients,  des valeurs qui demain vaudront zéro.  Quand ruiner les autres est le seul moyen pour sauver sa peau, l'hésitation ne dure pas longtemps. On est à la veille du crash de 2008.

Car dans ce monde d'argent et d'écrans, il n'y a pas de place pour les états d'âme. Ceux du responsable des salles de marché ne résisteront pas à l'appel de l'argent.

margincall.jpgOn se demande d'ailleurs qui résisterait aux centaines, voire millions de dollars qui sont mis sur la table pour acheter les consciences. Pas les traders, qui obéiront sans broncher aux consignes de leur chef, pas le jeune adjoint des risques, qui va connaître au contraire la promotion espérée par le départ de son responsable, pas même Éric, le risquard viré, qui accepte de revenir une journée entière payée 176 000$ l'heure pour prix de son silence.

Les questions sur l'utilité sociale des activités pratiquées est bien quelques fois soulevée, comme des interrogations sur l'injustice de ces rémunérations faramineuses. Mais elles s'envolent vite sans attendre de réponse, noyées dans un flot de dollars.

Cet argent qui amène soumission et acceptation de tout.

Comme Sam, qui finalement retirera sa démission, et enterrera son chien adoré comme on enterre sa conscience.

Rien n'est prêt de changer.

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Rédigé par jdio

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Publié le 24 Avril 2012

La terre outragée, film de Michale Boganim

terre-outragee.jpg1986. La vie est bonne à Pripiat, ville de 50 000 habitans située à 3km de Tchernobyl. Anya se marie, Valery 5 ans, pêche avec son père, Alexeï, ingénieur à la centrale, et plante un pommier.

Et puis l’explosion, la radio-activité, les milliers de morts, l’exode. Anya voit son mari être réquisitionné au cours du repas de noces. Il est "liquidateur" du réacteur. Il ne reviendra pas. Valery et sa mère fuient Pripiat.  Alexeï refuse le silence que lui impose les autorités, et choisit de disparaître pour tenter d'aider quelques uns.

10 ans après, Anya habite en dehors, mais y revient tous les quinze jours pour guider des touristes français dans la ville fantôme. 300 dollars la visite, repas compris! Valery revient aussi, dans l’espoir de retrouver son père. Qui erre dans la ville désertée, sans identité, à l'insu de tous.

Mais  comment vivre quand sa ville, a disparu, est transformée en désert statufié.

C’est le passé qui a disparu, mort à jamais , interdit d’accès, envahi qui plus est par des immigrés qui squattent les maisons abandonnées.

Quand tout est cramé autour de soi, et en soi, ccomment ne pas se laisser contaminer lentement par la solitude. Avec ou sans Tchernobyl. La catastrophe a détruit les êtres, qui ne sont plus que les fantômes d'eux-mêmes.

Ce film à l'atmosphère pesante nous montre Tchernobyl et les environs 20 ans après. Il nous fait réfléchir sur les conséquences irréparables d'une catastrophe nucléaire.

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Publié le 5 Avril 2012

Un film d' Andréi Zviaquintsiev.

elena.jpgOn a vu et lu maintes fois l’histoire racontée par ce film.

Elena et Vladimir vivent ensemble depuis dix ans. C’est un couple vieillissant, lui est riche, elle, était infirmière. Leur vie est réglée et silencieuse, Vladimir reste dans son monde,  traitant Elena plus comme une employée que comme une épouse. Parce qu’il ne veut pas lui donner de l’argent pour aider son fils, elle va ajouter à ses médicaments traitant son infarctus le viagra qu'il prend habituellement, et qui entraînera sa mort.

Mais le film de  Zviaquintsiev est d’une beauté subjuguante. La lenteur des plans offre des tableaux qui font penser à Vermeer, à Bergman aussi. Son monde est froid, sans chaleur, sans âme. On y parle peu, on n’y aime peu. Il n’y a pas de gentil dans ce monde là, Vladimir est sec et égoïste, le fils d’Elena est un parasite paresseux, la fille de Vladimir court après son seul plaisir, Elena n’hésitera pas à tuer.

C’est la première lecture du film. Celle d’un monde désespéré, sans valeur, hostile et prêt à tout.

Il y aussi une lecture sociale. Un monde se meurt, celui de Vladimir, le monde de la réussite gagnée par le travail, honnête ou non, on ne sait pas. Mais après lui, il n’y a rien. Que l’héritière, oisive et hédoniste, profiteuse sans scrupule, bohème usant de l’alcool et la drogue, courant après un amour inassouvi peut-être, désabusée au point de refuser de donner la vie.

Et puis il y a le fils d’Elena, qui vit dans un immeuble sordide dans la banlieue éloignée, qui veut tout sans l’avoir gagné, qui veut profiter en prenant. Il est sans valeur, enfermé dans un univers de mesquinerie, aveuglé par l’envie, qui rêve que son fils fasse des études, et qui ne voit pas que c’est un bon à pas grand-chose.

Ces deux mondes s’ignorent et ne se rencontreront pas, ils n'appartiennent pas à la même classe, même si tous deux ont ce point commun, la recherche insensée des plaisirs, sans les efforts pour les conquérir.     

Dans l’appartement luxueux et froid de Vladimir, Elena installera son fils et sa famille. Triomphe du fils, provisoire peut-être, car on pressent que la fille de Vladimir n’a pas dit son dernier mot, et que ses mondes de profiteurs vont se déchirer. Lutte des profiteurs, lutte des classes aussi ?

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Rédigé par jdio

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Publié le 31 Mars 2012

Film norvégien de Joachim Trier.

oslo.JPGAnders a 34 ans, il termine dans quinze jours une longue cure de désintoxication. On est le 31 août, il est autorisé à sortir du centre pour une journée, à l'occasion d'un entretien d'embauche.

A Oslo, il retrouve ses anciens repaires. Des images de son enfance réapparaissent, son père, peut-être trop gentil, sa soeur, sa maison. Pendant cette journée, il va revoir ses amis, ses petites copines, parcourir les boites de nuit.

Beaucoup de ses amis sont mariés, ont un travail, un conjoint, des enfants. Anders les envie d'un certain côté, ils ont trouvé leur place dans la société. Pourtant, Anders hait cette vie régulière et mesquine, où les rêves de jeunesse sont rangés bien au fond de l'âme.

Ses parents ont mis en vente la belle maison de son enfance. Il faut bien payer les frasques du fils, et le coût du centre de désintoxication. Ils sont partis en voyage à l'étranger. Il ne verra pas non plus sa soeur, pas  à l'aise avec un ex drogué, pas sûre non plus que la guérison soit définitive.

Il retrouvera d'autre anciens amis, essaiera de renouer avec celle qu'il aime et qui est partie aux EU. Il l'appellera en vain. Son entretien d'embauche sera un échec, parce qu'il en fera un échec.

Anders n'a pas d'envie. Pas plus qu'avant son séjour en cure, où il a vécu dans un univers confortable et protégé.

Rien de ce qu'il verra ni personne qu'il rencontrera au cours de cette journée à Oslo ne seront de nature à faire renaître, ou naître, le goût et l'envie de la vie. Il passe, sourit, raconte et écoute, sans que jamais le lien salutaire se produise.  

L' errance dans laquelle on accompagne Anders toute cette journée devient dérive, et on sent que l'échec sera au bout.  Anders ne parvient pas à trouver un sens à sa vie.

"Oslo" est une oeuvre forte, sensible et pessimiste, traitée sans artifice, de façon presqu' intimiste. Un suspens psychologique qui nous maintient  dans l'haleine du dénouement, même attendu.

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Publié le 26 Mars 2012

par Rose Tremain.

musiqueetsilence.JPGRose Tremain est une des plus grandes romancières anglaises contemporaines.

L'action de "musique et silence" se déroule au Danemark au début du 17ème siècle. Peter Claire, jeune luthiste à la figure d'ange, arrive à la Cour de Christian IV, roi du Danemark. Fou de musique, le roi a son orchestre, qu'il fait jouer dans la cave pour que le son envahisse la salle du trône sans que l'on sache précisément d'où il vient.

Rose Tramain va nous faire vivre l'histoire de tous ses personnages, comme autant de romans dans le roman.

Du roi, fou d'amour et de musique, angoissé du déclin de son pays qu'il n'arrive pas à redresser, désireux comme tous les chefs d'Etat de laisser une trace de son passage par des constructions dispendieuses. De son épouse, ambitieuse et folle d'un autre, et qui sera exilée et abandonnée parce qu'elle aura trop poursuivi la recherche effrénée du plaisir. Peter, joueur de génie et décalé, fils d'un pasteur vertueux. Sa maîtresse, veuve d'un mari aimé qui a tourné à la folie en cherchant en vain la musique parfaite qu'il avait entendue une nuit, dans un rêve. Emilia, la servante de la reine, aimante jusqu'à l'esclavage, amoureuse de Peter, mais que le destin sépare, car attachée à la reine alors que Peter sert le roi.

Le goût et la folie du pouvoir avec ses incertitudes et ses doutes, l'amour, avec sa folie et le sens de la vie qu'il apporte, sont au coeur d'un roman mené avec fougue par la romancière. La musique y est toujours présente, qui apaise et console les uns, égare les autres, est rejetée par d'autres encore, parce que pas comprise. Il faut de la mémoire pour aimer la musique, et la comprendre.

Les personnages de Rose Tremain sont forts, et au travers d'eux, c'est tout ce qui marque la vie des hommes que la romancière dépeint. Une belle leçon de vie, où l'on voit que les préoccupations des hommes, leurs forces et leurs faiblesses, traversent les époques.

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Rédigé par jdio

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Publié le 21 Mars 2012

En français, c'est l'art urbain.

streetart-.JPG

Pour le plus grand nombre, il est associé au tag. Vous savez, ces graffitis qui fleurissent sur ces grandes surfaces de béton de locaux souvent désaffectés, ou sur ces murs tristes à mourir qui longent les voies ferrées des banlieues. On passe le plus souvent sans les regarder, nos yeux conformistes les associant spontanément à des graffitis peints par de sales gosses dégradant les lieux publics.

L'art urbain donc, on passe sans le voir.

Et pourtant!

L'art urbain, ou « street art», c'est un mouvement artistique contemporain à part entière. Il regroupe toutes les formes d’art réalisé dans la rue et dans des endroits publics, réalisé par le biais de diverses techniques : le graffiti, le pochoir, la mosaïque, les stickers ou les installations. C'est principalement un art éphémère, pouvant être vu par un très grand public, à vocation de l'être en tous cas le plus souvent

Extrait de Wikipedia : L'art urbain commence à s'épanouir en France à partir de Mai 1968 mais le mouvement est « officialisé » au début des années 1980 sous l'influence, entre autres, d'Agnès b. et, ponctuellement (expositions, soutien au tag), de Jack Lang. Se considérant comme un mouvement artistique autonome, voire parallèle au tag et au graffiti, l'art urbain a pour initiateurs des artistes tels que Zlotykamien, Daniel Buren, Ernest Pignon-Ernest. Au début des années 1980, ses pionniers sont Blek le rat, le groupe Banlieue-Banlieue, Jérôme Mesnager ou Miss.Tic, Jean Faucheur, les Frères Ripoulin, Nuklé-art, Les Musulmans fumants, les VLP, Jef Aérosol, puis Nemo, Mosko et associés ou André. Avec l'arrivée d'Invader et de Zevs (les @nonymous), à la fin des années 1990, apparaît l'appelation « post-graffiti ».

streetart.JPG

Depuis la fin des années 1990, avec l'émergence d'artistes comme Shepard Fairey aux États-Unis, de Banksy en Grande-Bretagne, de Blu en Italie, d'Influenza aux Pays-Bas, de Akayism en Suède, l'art urbain est un des premiers mouvements artistique international. Présenter l'art urbain comme un mouvement artistique se justifie dans la mesure où ses représentants (Zevs, Shepard Fairey, Space Invader, Banksy, Ron English) sont en relation directe, constituant un champ artistique d'interaction comme l'illustre le film de Banksy. Un bon exemple est l'initiative de Space Invader qui a ouvert une galerie en 2003 et y a invité Shepard Fairey. De même que les cubistes ou les impressionnistes se côtoyaient, les artistes urbains créent en orchestration, un corpus unifié. En un mot, ils exposent tous dans la même galerie : la rue.

En illustration, le lien vers un très beau webdocumentaire. Il est composé, après quelques brèves images introductives, de huit films de 5 à 7 minutes, sur 8 villes et 8 artistes différents dans le monde. A ne pas manquer.

Le web documentaire : http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/

Athènes  http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/fr/#/bleeps

Paris  http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/fr/#/ludo

Turku  http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/fr/#/pallo

Bogota  http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/fr/#/bastardilla

New-York   http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/fr/#/meres-one

Kibera  http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/fr/#/bankslave

Singapour  http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/fr/#/trase-one

Sao Paulo   http://www.francetv.fr/defense-d-afficher/fr/#/orion

 streetart2.JPG

 

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Rédigé par jdio

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Publié le 19 Mars 2012

Film de Lucas Belvaux, inspiré du roman de Didier Decoin " est-ce ainsi que les femmes meurent?".

38-temoins.JPGUne jeune fille de 18 ans est retrouvée un matin dans le couloir de son immeuble, dans le centre de la ville du Havre. Il apparaît qu'elle a été sauvagement assassinée, frappée de nombreux coups de couteau. Manifestement le tueur s'est acharné sur elle.

38 témoins potentiels sont interrogés par la police. Tous affirment n'avoir rien vu ni rien entendu, plongés dans le sommeil. Sauf un, qui s'est levé, est allé sur son balcon, et a demandé le silence pour faire cesser les hurlements.

Pierre a entendu aussi. Il est pilote de remorqueur, il vit avec Louise. Pierre n'a pas ouvert à la police venue lui demander s'il avait vu ou entendu quelque chose. Mais quelque chose s'est brisé en lui. Il n'est plus personne, il a honte de lui, et sa relation avec Louise se dégrade en proportion de l'image qu'il a désormais de lui-même.

Au bout de quelques jours, contre l'avis de Louise et d'autres témoins, il va avouer à la police ce qu'il a entendu. Avouer par là même sa lâcheté. En même temps, c'est la lâcheté des trente sept autres témoins qu'il affiche.

Les témoins étant revenus sur leurs dépositions initiales, ce sont trente huit personnes que le procureur doit inculper pour non assistance en personne en danger. Mais il ne le veut pas, parce que "un témoin qui se tait c'est un salaud, trente huit cela devient Monsieur Tout le monde". Un procès, ce serait un scandale, l'affaire du Havre, le syndrome du Havre. Avec des accusés qui auront eu peur, comme tout le monde, ou qui auraient été sous le coup de somnifères, ou qui n'auraient pas cru à la gravité de ce qu'ils avaient entendu. Un procès, cela aurait été un scandale, des tribunes à n'en plus finir, des gesticulations médiatiques et politiques sans résultat au bout. Alors le procureur n'en veut pas.

Mais quand une journaliste relate l'affaire après avoir été branchée par un policier, la reconstitution ne peut être évitée. C'est l'aboutissement du film, une scène terrible et angoissante, avec les hurlements répétés de la jeune fille, qui ne sera pas sans conséquence.

La peur et la lâcheté sont les thèmes de ce film remarquablement mis en scène. Contrairement au roman de Decoin, on ne saura pas qui est le meurtrier. L'objet est bien de montrer la pleutrerie de chacun, qui n'a même pas le geste de téléphoner à la police. Le roman est tiré d'une histoire vraie qui s'est passée aux EU.

Il renvoie à chacun sa propre image et sa propre interrogation : et nous, qu'aurions-nous fait à leur place?

Albert Einstein : « le monde est un endroit redoutable. Non pas à cause de ceux qui font le mal, qu'à cause de ceux qui voient ce mal et ne font rien pour l'empêcher».

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Publié le 12 Mars 2012

La nièce d'Hitler, par Ron Hansen, 1999.

niecedhitler.JPGElle s'appelle Angélika Raubal, Gély de son petit nom. Elle est la fille d'Angéla, la demi soeur d'Hitler, et a 19 ans de moins que son oncle. Elle sera la femme sans doute la plus aimée par Hitler, au-delà d'Eva Braun, qu'il épousera le jour de son suicide, mais qu'il considérera toujours comme une maîtresse stupide.

Il faut dire qu'Hitler a un rapport avec les femmes très particulier, fait de sado-masocshisme, machisme forcené, perversité.

Géli naît en 1908 à Vienne, où elle sera baptisée en présence d'Hitler. Plus tard, quand Hitler sera un chef de parti reconnu, richement entretenu par des mécènes allemands et des chefs d'industries, il la fera venir à Munich. Abandonnant ses études de médecine, elle regardera d'abord son oncle avec admiration, séduite par son extraordinaire charisme, impressionnée par son regard de feu. Ou de glace.

Elle deviendra sa maîtresse, une maîtresse très spéciale qu'Hitler mettra sous son entière dépendance, et qu'il forcera à des pratiques sado-maso qui lui répugnent.

Déjà réservée vis à vis de l'autoritarisme des nazis et encore plus de leurs convictions racistes, elle étouffera de plus en plus dans l'univers que lui offre Hitler, une chambre à côté de la sienne, où elle se sentira une prisonnière.

Ses velléités de retourner à Vienne pour poursuivre sa formation de chanteuse d'opéra se heurteront au refus d'Hitler de la laisser partir. Au cours d'une scène de violence entre eux, Hitler, dans un accès de colère dont il est coutumier, tue Angélika.

L'histoire officielle parle de suicide. Ce n'est qu'en 1997 que l'historien anglais Ronald Hayman évoque l'hypothèse du meurtre, alimentée par les témoignages contradictoires et les insuffisances de l'instruction.

Ron Hansen reprend cette hypothèse, pour écrire un roman à partir des faits et des personnages historiques réels. Ce n'est pas le moindre intérêt du livre que d'accompagner Hitler et le parti nazi dans leur ascension, permise par de riches mécènes. On voit les grands ténors du nazisme arriver sur la scène, Göring, Goebbels, Himmler, Hesse et beaucoup d'autres.

Quand Géli meurt en 1931, Hitler n'aura plus qu'une femme à adorer : l'Allemagne. Et la conquête de la présidence comme objectif.

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