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Publié le 23 Décembre 2011

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Il est entré dans l'Histoire. Il se disait maladroit, sans sens pratique, pas préparé.

Il était timide, gauche, mauvais orateur.

Pourtant Vaclav Havel est entré dans le Panthéon des héros tchèques, et du monde.

Il n'était pas un politicien né, et n'avait jamais vraiment voulu l'être. Mais intellectuel épris de liberté, son opposition au régime communiste, qui avait fait de la Tchécoslovaquie un pays "où il ne se passait rien" l'a porté tout naturellement d'abord à la tête de l'opposition, ensuite à la présidence de l'Etat.

Avant de devenir auteur dramatique, son vrai métier, disait-il, il a été contraint d'exercer divers métiers manuels. Il sera machiniste dans un théâtre, puis chef artistique et enfin auteur dramatique.

havel1.jpgSes positions en faveur de la liberté, reprises dans le manifeste "le pouvoir des sans-pouvoirs" le feront vite mettre à l'index. Dans une lettre au président de la république, il dénonce la "bouffonnerie dégradante" du régime. Après la publication du manifeste "charte  77", il subit pressions, séjours en prison, gardes à vue. Sur les douze années de 1977 à 1989 pendant lesquelles il sera à la tête de la dissidence, il en passera cinq en prison.

En novembre 1989, quand à la tête de l'opposition il négocie le départ des communistes du pouvoir, la population l'élit tout naturellement chef de l'Etat.

Il n'est pourtant pas un homme de pouvoir. "Je suis celui qui fait les rois, pas le roi" dit-il. Ou encore "je suis un critique littéraire qui aurait été forcé d'écrire un roman".

Il démissionnera en 1992 après la scission avec la Slovaquie, qu'il vivra comme un échec. Mais en janvier 1993, il devient le premier président de la nouvelle république tchèque. Il s'oppose à Vaclav Klaus, alors premier ministre, parce qu'il dénonce la volonté "de réduire l'homme à un producteur de bénéfices" et plaide  pour l'intégration rapide de son pays dans les structures euro-atlantistes.

Il s'efface de la vie politique en 2003, après 14 ans au total à la tête de son pays. Il aura marqué se son humanisme fort le retour de la république tchèque dans la démocratie, après 40 ans de communisme.

Avec les années, a-t-il écrit, on me considère comme une sorte d'homme politique, et je n'ai jamais voulu l'être. Je me mêle de philosophie - mais qui pourrait me considérer sérieusement comme un philosophe ? Dans le théâtre, qui est ma profession, je ne suis pas un vrai spécialiste non plus. J'ai choisi délibérément de mener une existence mouvementée, mais en même temps je n'aspire qu'au calme. Comment se fait-il que ce noeud de contradictions bizarres que je suis, puisse traverser une vie - et même, me dit-on, avec un certain succès ?

Parcours extraordinaire que celui de cet homme hors norme, qui n'avait pas le goût du pouvoir, et qui aura pesé dans l'histoire à la hauteur de ces quelques phares qui traversent les siècles.

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Publié le 27 Septembre 2011

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michelin-LOGO-.gif  MICHELIN-LOGO2.jpg 

Savoir-faire et faire-savoir :

la recette gagnante des frères qui ont créé Michelin.

En 1886, la vieille usine familiale, céée en 1832 par le beau-père de Jules Michelin est en quasi faillite. Cette petite entreprise de Clermont-Ferrand était pionnière dans la vente de produits en caoutchouc (tuyaux, courroies, joints). Elle a aussi fabriqué des pompes, des machines agricoles, des chaudières. Mais l'entreprise résiste mal à la concurrence, elle n'emploie plus que 30 personnes, contre 320 dix ans plus tôt.

michelin-andre.jpgmichelin-edouard.jpgLes actionnaires vont faire appel aux deux fils de Jules, André (photo de gauche) et Edouard (photo de droite), et les faire revenir de Paris. André, c'est l'ingénieur passé par l'Ecole Centrale. Edouard, c'est l'artiste, il fait les Beaux-Arts après le Droit.

Tous deux vont créer la saga Michelin. Que doit-on à l'un ou à l'autre? Difficile à dire. Pour tous, c'est Michelin, et ce n'est pas la moindre de leurs victoires.

Pour asseoir la réussite de l'entreprise, deux armes : l'innovation et la publicité. Savoir-faire et faire-savoir.

Le grand départ, c'est l'Exposition Universelle de 1889. Michelin y lance un patin de frein en caoutchouc, "The Silent". Fini le fer contre le fer et son bruit d'enfer.

A André, l'innovation et la prospective, à l'artiste Edouard, gérant en titre, l'organisation et la gestion. Mais la réalité n'est sans doute pas aussi tranchée, les deux hommes se complètent, se ressemblent aussi, arborant tous deux lorgnons et barbe blanche.

En 1891, c'est le dépôt du brevet du pneu de bicyclette démontable et aisément réparable. Trois heures de travail et une nuit de séchage étaient nécessaires jusque là pour réparer un pneu crevé !

Mais il faut faire savoir. La meilleure manière sera le sport.

Ce sera d'abord le vélo, avec la course Paris-Brest organisée par le Petit Journal. On répare un pneu crevé en 15 minutes. Charles Terront gagne la course sur un pneu Michelin.

Puis l'automobile. Et les frères Michelin vont mouiller la chemise, quand en 1892, ils pilotent tous deux la voiture "L'Eclair" dans la course Paris-Bordeaux. Elle est chaussée du " Pneumatique Michelin - le roi de la route ".

Michelin_Poster_1898.jpg1898 voit la naissance du symbole Michelin, le "bonhomme Michelin", le fameux "Bibendum", parce que le pneu Michelin boit l'obstacle (ci-contre poster de 1898).

Un pneu Michelin franchit bientôt la barre symbolique des 100km/h, sur une voiture électrique, et en 1900 sort le Guide rouge Michelin, toujours une référence un siècle plus tard.

En 1910, est éditée la première carte routière. 46 autres suivront dans les années suivantes. Les premiers guides verts naissent en 1926.

En 1905, les frères Michelin ont changé la dimension de l'entreprise. Elle s'étend désormais sur 30 hectares, et emploie 4000 ouvriers et ouvrières. Ils seront 10 000 en 1927, 81 000 dans le monde en 1966. En 1906 une usine est implantée à Turin, une autre aux Etats-Unis en 1907.

La division du travail et le travail à la chaîne apparaîtront après la grande guerre.

En même temps se développe le "paternalisme" des grands patrons de l'époque. Fleurissent ainsi cités ouvrières, coopératives, cliniques, colonies de vacances, associations sportives.

Ce paternalisme appliqué aussi par les Schneider, Boussac, Prouvost et autres fondateurs d'empires industriels sera sévèrement critiqué des années après. Le néo-libéralisme intégriste que l'on connaît aujourd'hui pourrait pourtant le faire regretter. D'autant qu'il a insuflé chez les salariés une culture et un lien affectif à l'entreprise qui pourraient bien manquer demain. 

André décède en 1931, Edouard en 1941. Les descendants ont pris la relève. Michelin est aujourd'hui le numéro un mondial du pneumatique.

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Publié le 30 Juillet 2011

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Il y avait une fois, en Tourraine, à Champigny sur Veude très précisément, un magnifique château. Il avait été bâti de 1508 à 1543 par la très puissante famille des Bourbon-Montpensier.

Un siècle plus tard, le cardinal de Richelieu veut agrandir son château familial, sis à quelques kilomètres de Champigy sur Veude.

Son projet ?

Créer une ville nouvelle à partir du village existant, et ériger un château dont la magnifiscence éblouira le monde et symbolisera sa puissance.

C'est ainsi que naîtra la ville de Richelieu, remarquable par ses rues rectilignes et ses grandes places. Et que sera, aussi, édifié le plus remarquable château de l'époque, dont Louis XIV s'inspirera pour imaginer Versailles, même si ce dernier n'atteignait pas, dit-on, l'immensité de Richelieu.

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Mais l'orgueil de Richelieu était tel, qu'il ne tolérait pas le voisinnage du château des Bourbon-Montpensier, dont la superbe faisait ombrage à son château.

Il en imposa donc purement et simplement la destruction. Ainsi disparut l'un des plus beaux et des plus imposants châteaux de la Renaissance.

Il reste aujourd'hui des communs, dont la beauté laisse imaginer ce que devait être le château, et surtout  une formidable Sainte Chapelle, appelée ainsi parce qu'elle était supposée détenir des reliques de la vraie croix.

Onze magnifiques vitraux du 16ème siècle font de ce lieu un véritable joyau. Chacun comprend trois parties : en haut, la Passion du Christ, au centre, les épisodes principaux de la vie de St Louis, le grand héros de la famille, et en bas, trente quatre portraits de la famille Bourbon-Montpensier.

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champigny-s-veude-ste-chapelle--58-vitrail.jpg champigny-s-veude-ste-chapelle--63-vitrail---Copie.jpg champigny-s-veude-ste-chapelle--64-vitrail---Copie.jpg champigny-s-veude-ste-chapelle--65-vitrail.jpg champigny-s-veude-ste-chapelle--69-vitrail---Copie.jpg

 

Epilogue

A Champigny, la chapelle a été sauvée de la destruction grace à l'intervention du pape Urbain VIII, et les communs ont été transformés en joli château. Le lieu est admirable, et la visite de la chapelle est éblouissante.

A  Richelieu, il reste une ville de 2000 habitants, tristounette et sans vie. Richelieu avait voulu construire un "bourg clos" à côté de son château, cité idéale dessinée par Jacques Le Mercier. Exempe du style Louis XIII, la cité matérialise le sens de l'ordre, de l'équilibre mesuré, de la régularité, de la symétrie. Elle annonce le siècle de Louis XIV. Rectangulaire et rectiligne, elle est entourée de remparts et de douves.

Et il ne reste rien du prestigieux château, sauf un parc immense et vide, et un bâtiment recouvert d'une coupole, appelé le dôme, seul vestige du château qui se voulait à la gloire éternelle du Cardinal. Qui plus est, le dôme faisait partie des communs. On remarquera tout de même la majestueuse statue de Richelieu par Ramey, à l'entrée du parc, et le très modeste musée consacré à Richelieu dand le pavillon à dôme.

  La cité - église ND et place du Marché
    Le château - statue de Richelieu par Ramey à l'entrée du Parc, une porte, la maquette de l'ancien château, la roseraie
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 le pavillon à dôme
 Peinture de Richelieu, dans le Pavillon à dôme
 
le parc
     
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L'Histoire a-t-elle voulu punir l'arrogant et cupide cardinal, en effaçant le monument qui se voulait à sa gloire éternelle, et en redonnant vie et prestige au château voisin des Bourbon-Montpensier, qu'il a fait raser pour qu'il ne lui donne pas de l'ombre?

Jean de La Fontaine en trouverait la morale. A chacun d'en faire la sienne.

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Rédigé par jdio

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Publié le 7 Juin 2011

Depuis 1960, la France a procédé à 210 essais nucléaires, d'abord dans le Sahara, puis dans le Pacifique. Avec certaines conséquences ...

nucleaire-bombe.jpg

On connaît Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl, Fukushima. Le nucléaire tue, qu'il soit civil ou militaire.

On connaît moins les conséquences des essais nucléaires français.

Ils ont commencé en 1960, après la décision prise en 1958 par le président du Conseil, Félix Gaillard. Les EU, l'URSS, la GB et l'ONU exigeront un moratoire des essais français. En vain. De Gaulle confirmera le choix de Gaillard, et les premiers essais français se feront dans le Sahara, à 1700 km d'Alger, dans une zone considérée inhabitée.

D'abord dans le Sahara.

La 1ère explosion a lieu le 13 février 1960. Les officiels sont situés à 15km, la force de l'explosion est trois fois celle d'Hiroshima. Situés à 45km, les soldats "se protègent": assis par terre, la tête entre les genoux, coudes repliés pour cacher les yeux ! Un reporter dira qu'il a eu l'impression d'être" traversé par la lumière".

Trois tirs auront lieu en douze mois. Les retombées radioactives seront telles, que la France renoncera aux explosions atmosphériques pour des essais souterrains, supposés moins polluants. Le site choisi sera situé dans le Hoggar, à 150 km de Tamanrasset. Treize explosions y seront effectuées jusqu'en 1966 (les accords d'Evian de 1962 les avaient autorisés).

 

nucleaire.jpgdes militaires français regardent l'explosion sans aucune protection.                                           
Le 1er mai 1962, le 2ème essai va mal tourner. La galerie souterraine explose, laissant échapper roches et gaz radioactifs, ceux-ci s'élevant jusqu'à 2500 mètres d'altitude. Panique chez les officiels, qui fuient en laissant matériels et sacoches. Des soldats auront l'ordre d'aller les rechercher le lendemain ! C'était comme une "gigantesque flamme de lampe à souder" dira Pierre Mesmer, ministre des Armées. Gaston Palewski, ministre de la Recherche, mourra 20 ans plus tard d'une leucémie, qu'il imputera à son irradiation. Aucune opération de décontamination n'a été entreprise depuis : le lieu a été simplement ceint de barbelés. Des milliers de tonnes de déchets radioactifs sont à l'air libre ou à peine enfouis, à la portée des nomades qui récupèrent le matériel. Aucun contrôle sanitaire n'a jamais été effectué, mais une estimation fait état de 30 000 victimes.

En Polynésie ensuite.

En 1963, les EU, l'URSS et la GB signent un accord prohibant les essais nucléaires aériens et sous-marins. La France annonce qu'elle fera des essais atmosphériques en Polynésie.

Le 2 juillet 1966 a lieu le premier des 193 nucleaire-de-gaulle.jpgessais (46 aériens et 147 souterrains à partir de 1975) que la France réalisera sur les deux sites de Mururoa et Fangataufa, sans tenir compte des conséquences sanitaires et écologiques. "C'est magnifique", s'exclamera de Gaulle (photo ci-contre, sur la passerelle du croiseur De Grasse, avec Peyrefitte, ministre de la Recherche, Billotte, ministre des DOM-TOM, Messmer, ministre des Armées). Plusieurs incidents seront signalés, et la contamination radioactive des deux îlots est avérée. En 1989, le Parlement européen rejettera de justesse l'envoi d'experts indépendants en Polynésie, alors que la France n'a toujours pas signé le traité de non prolifération des armes nucléaires, pourtant vieux d'une vingtaine d'années.

L'URSS annonce un moratoire de ses essais en 1991, suivi par la France mittérandienne. Mais Chirac les reprend en 1995, le dernier essai ayant lieu le 27 janvier 1996 à Fangataufa sous un tollé général.

Deux ans plus tard, la France signera le traité de non-prolifération.

L'indemnisation des victimes prévue par la loi de janvier 2010 commence à peine. Pour beaucoup, il est trop tard, et les descendants des irradiés ne seront pas concernés.

Menace d'effondrement de l'atoll de Mururoa.

Une partie du récif, soit 670 millions de m3, pourrait s'affaisser, provoquant un raz-de-marée risquant de faire disparaître l'atoll voisin de Tureia où vivent 300 personnes. Avec ce déferlement d'eau, le risque est grand aussi de voir resurgir des fonds des tonnes de déchets et matières radioactives. Les deux atolls ont subi 700 fois l'explosion d'Hiroshima.

Les victimes passées et à venir des essais nucléaires français ne sont pas dénombrées, et la France ne s'est pas empressée, loin s'en faut, de les reconnaître.

C'est le prix accepté par la France pour maintenir son rang aux côtés des grandes puissances. Cela a été le choix de de Gaulle dès 1945 par la création du CEA, confirmé par tous les gouvernements qui lui ont succédé, de Pierre Mendès-France à Edgar Faure, jusqu'à ce que Félix Gaillard annonce les premiers essais.

D'autres pays ont suivi l'exemple de la France, faisant fi des interdictions internationales. C'est le tour aujourd'hui de l'Iran de suivre l'exemple de la France et des autres.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais. C'est la loi que les plus forts s'efforcent toujours d'imposer. Avec plus ou moins de succès.

 

NB Cet article est inspiré de celui paru dans "HISTORIA" de mai 2011 "Les retombées du nucléaire".

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Publié le 3 Février 2011

laborde.jpgdarlan.jpgLe 27 novembre 1942, l'Amiral Jean de Laborde (à droite) ordonne le sabordage de la flotte française basée à Toulon. Les allemands ont envahi la France libre le 11 novembre, et ont lancé l'opération 'lila" en vue de s'emparer de la "flotte intacte". Laborde obéit à un ordre   adressé en juin 1940 par Darlan (à gauche), Ministre de la Marine (du gouvernement de Vivhy), à l'ensemble des commandants d'unités leur prescrivant de ne pas laisser tomber leur bâtiment dans des mains étrangères, et, au contraire,  de préparer le sabordage.

Les anglais bombardent la flotte française à Mersel-Kébir.

La flotte française est la deuxième du monde.  Si elle est sortie intacte de la débâcle de juin 40, elle est profondément marquée par la destruction par les anglais en juillet 1940 de la flotte basée à Mersel-Kébir. L'Amiral anglais Somerville avait lancé un ultimatum au vice-amiral Gensoul, demandant soit de continuer la guerre avec eux contre les allemands et les italiens, soit d'appareiller vers un port contrôlé par les britaniques. Gensoul refuse les deux propositions, et les anglais détruisent la flotte française, tuant 1297 marins et officiers, détruisant 7 bâtiments. On découvrira plus tard que Gensoul a omis de transmettre à Darlan l'intégralité des propositions anglaises, dont celle d'appareiller vers la Martinique pour se mettre sous la protection des Etats-Unis.

Seuls cinq sous-marins échappent au sabordage.

A Toulon, l'ensemble des officiers va suivre l'ordre de sabordage. 120 unités de haute mer seront perdues. Geste héroïque pour les uns, inepte pour les autres. " Lamentable et stérile " s'écriera de Gaulle.

Queques jeunes commandants ne sont pas prêts à se saborder. Ils commandent cinq sous-marins, et après consultation de l'équipage pour certains, décident de quitter Toulon. Quatre d'entre eux y parviendront.

toulon.jpg toulon-.jpg toulon1.jpg toulon2.jpg toulon3.jpg

 

Pourquoi ces officiers, sauf cinq, ont-ils accepté de détruire leur flotte?  L'hostilité envers les anglais suite à Mersel-Kébir, bien sûr. Mais Gensoul avait déjà choisi l'obéissance. Surtout, la Marine est un coprs d'élite très hiérarchisé, habitué à une discipline stricte. La fidélité au Maréchal Pétain est totale, primant la défense de la nation. "Valeur et discipline", très peu de marins ont dérogé à la règle, peu se sont engagés dans la France libre ou la Résistance.

Pour d'autres, la discipline a des limites.

En 1942, un officier méhariste refuse de barrer la route aux troupes de Leclerc. "La disipline s'arrête aux limites du déshonneur et de l'indignité", dit-il.  

De Gaulle et Leclerc se sont insurgés. Ce dernier déclarera  "tout ce que j'ai fait de grand dans ma vie, je l'ai fait en désobéissant".

Le général allemand Keitel déclarera au procès de Nuremberg " ma tragédie est de n'avoir compris que trop tard que l'obéissance a des limites, même pour un soldat ".

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Rédigé par jdio

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Publié le 1 Janvier 2011

La cour : instrument pour parvenir, et foire aux vanités. Elle est indissociable du pouvoir, qui n'a cessé de croître, et d'élites, qui n'ont cessé de se déchirer pour le conquérir puis le conserver.


villepinDominique de Villepin fait preuve d'historien dans ce livre, même si toute arrière pensée politique n'en est pas absente.

L'idée de départ est que "l'esprit de cour est une spécificité bien française, constamment à l'oeuvre au coeur du pouvoir". Nous vivons dans un système de cour, sans qu'on le sache toujours vraiment.

La cour est indissociable du pouvoir, et si la cour a disparu en tant que telle, l'esprit de cour est toujours là.

L'esprit courtisan est absent des premières cours du Moyen-Age. Il ne prendra son essor qu'à la Renaissance. Les rapports entre le roi et ses chevaliers sont des rapports d'homme à homme, entre hommes indépendants mûs par la volonté de servir conformément à la justice et à l'honneur.

Lorsque la légitimité de la monarchie devient incontestable, le but du monarque n'est plus de faire servir, mais d'asservir. Le mouvement commence avec Philippe le Bel, et culmine bien sûr avec Louis XIV. Pour lui, il s'agit d'abaisser les grands, et en installant la cour à Versailles, il la domestique et l'enferme. La noblesse se coupe de ses racines provinciales et chevaleresques, et entame un processus de déclin irréversible. Elle se noie dans ses dissensions, et sera incapable de défendre la royauté, qu'elle aura même contribué à faire disparaître.

montesquieu.jpgL'ambition dans l'oisiveté, la bassesse dans l'orgueil, le désir de s'enrichir sans travail, l'aversion pour la vérité, la flatterie, la trahison, la perfidie, l'abandon de tous ses engagements, le mépris des devoirs du citoyen, la crainte de la vertu du Prince, l'espérance de ses faiblesses, et plus que tout cela, le ridicule perpétuel jeté sur la vertu, forment, je crois, le caractère du plus grand nombre des courtisans, marqué dans tous les lieux et dans tous les temps".

Montesquieu (1689-1755), De l'esprit des lois.

Le rôle de la cour décline après Louis XIV, Versailles ennuie et Louis XV n'est pas Louis XIV. Au 18ème siècle, la Cour n'est plus le lieu de l'actualité littéraire et artistique. Les salons la remplacent. Mais la cour reste et l'esprit de cour aussi.

Il y aura encore des cours officielles sous le premier empire, la restauration et le second empire. Avec la république, elles disparaissent en tant que telle. L'esprit de cour demeure. "Les républiques démocratiques mettent l'esprit de cour à la portée du lus grand nombre et le font pénétrer dans toutes les classes à la fois", écrit Tocqueville.

Le début du 20ème siècle voit apparaître une classe de "professionnels" de la politique entourant les puissants, occupant les cabinets des ministres, peuplant les antichambres de l'Assemblée. "Ces hommes obtiennent au prix de mille bassesses la faveur de leur ministre avant de faire leur propre carrière", écrit Villepin. Professionnalisation et précarisation du politique aggravent les phénomènes serviles autour du pouvoir. Le conseiller du Ministre est un nouveau type de serviteur de l'Etat, à la fois maître parce qu'il dirige au nom du ministre, et esclave car dépendant totalement de lui, et révocable à tout moment..

Tocqueville.jpg"Le peuple ne pénétrera jamais dans le labyrinthe obscur de l'esprit de cour; il découvrira toujours avec peine la bassesse qui se cache sous l'élégance, la recherche des goûts et la grâce du langage".

Tocqueville (1805-1859)

Dans nos républiques technocratiques modernes, les élites se reconstituent en milieu fermé. "Ainsi joue-t-on à guichet fermé, dans un petit cercle restreint, où tout le monde se connaît, se côtoie, parfois depuis l'enfance, avant de se retrouver dans des lieux de sociabilité bien déterminés".

Les dernières pages sont consacrées à Sarkozy. Avec lui, "pour la première fois le pouvoir se confond avec la cour. Mieux, le pouvoir se fait cour. Il n'est pas tant le monarque offert aux regards que le premier des courtisans qui s'épuise dans l'art de séduire l'opinion, qu'il a érigée en nouveau souverain au lieu et place du peuple".

L'esprit de cour est inhérent à l'exercice du pouvoir. Il est en chacun de nous. Le courtisan moderne n'est pas fondamentalement différent de celui de Louis XIV, sauf qu'il n'est pas identifié en tant que tel. Il reste toujours celui qui est mû par son intérêt et prêt à tout pour le faire prévaloir.

Il crée un sentiment de coupure entre le peuple et les élites. "Dans les nominations d'état, le mérite s'estompe devant la faveur, nourrissant un large sentiment d'exclusion et d'injustice".

Au total, un livre fort intéressant et remarquablement écrit.

Il n'est pas sûr cependant que si l'auteur accédait au pouvoir,  l'esprit de cour dominerait moins la scène. Serait-il un des rares hommes d'Etat qui selon lui ont été des figures de proue à même de dominer la cour et d'imposer un grand dessein ?

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Rédigé par jdio

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Publié le 10 Novembre 2010

Les palaces sont des endroits magiques. Il manquait une norme, qui va  être créée en 2011. 

Une centaine d'hôtels sont classés cinq étoiles en France, selon une norme qui a été créée en 2009. Mais le palace n'existe pas en tant que tel. Il va y être apporté remède, puisque d'ici juin 2011 une norme palace va être créée, afin de faire briller le luxe à la française. Une vingtaine d'hôtels devraient l'obtenir, dont sept à Paris. Même si les palaces français sont vendus un par un à des investisseurs étrangers. Avec la vente en cours du superbe Crillon, place de la Concorde, à des investisseurs d'Arabie saoudite, les palaces parisiens seront désormais sous pavillon étranger, sauf le Fouquet's Barrière..

Hôtel CRILLON  (10, place de la Concorde)


Hôtel situé dans une des deux façades de la place Louis XV, (qui deviendra place de la Concorde en 1792) commandées par Louis XV à l'architecte Jacques-Ange Gabriel. Il sera cédé à l'architecte Louis-François Trouard, qui en fit un écrin de sculptures, boiseries, tapisseries. Le bâtiment sera acquis en 1788 par François-Félix de Crillon, dans la famille duquel il restera jusqu'en 1907. Racheté par la Société des Magasins du Louvre, il est agrandi et rénové pour devenir le premier palace parisien en 1909. Il accueille chaque année le célèbre bal des débutantes. Le fonds d'investissement américain qui en a actuellement la propriété pourrait le vendre à des investisseurs saoudiens.

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Hôtel MEURICE  (228 rue de Rivoli)


En 1771, Augustin Meurice ouvre une auberge à Calais à l'intention des voyageurs anglais. Il poursuit sur sa lancée sous la Restauration en ouvrant un hôtel à Paris, qui offre une gamme de services inédits. D'abord installé au 223 rue de Rivoli, il emménage en 1835 à son adresse actuelle, alors bâtiment neuf et luxueux à deux pas du Palais des Tuileries. Jusqu'à la 3ème république, le Meurice, luxueux et huppé, accueillera touste la haute société du temps, grace à son raffinement et son luxe, mais aussi à son exceptionnel emplacement près du pouvoir. C'était le lieu de séjour de l'amie de Napolèon III,  Miss Howard. Il appartient aujourd'hui au groupe anglais Dorchester Collection.

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Hôtel RITZ  (15, place Vendôme)


Ancien Hôtel de Gramont, le bâtiment fut transformé en hôtel en 1897 pour César Ritz. Très prisé de la "bonne "société", il reççut des personnalités célèbres comme Proust, Hemingway ou Coco Chanel qui y vécut trente ans. En 1979, la dernière héritière Ritz vend l'hôtel à l'homme d'affaires égyptien Mohamed Al Fayed. Son fils Doli et Lady Di y dîneront avant de se tuer en voiture au pont de l'Alma.

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Hôtel PLAZA  ATHENEE  (25, avenue Montaigne)


Situé à proximité des Champs-Elysées et de la Tour Eiffel, le Plaza a été inauguré en 1911. La suite royale, qui a vue sur la Tour Eiffel, est une des plus grandes de Paris : 450 m². L'hôtel comprend cinq restaurants, dont le très célèbre Alain Ducasse, et le bar du Plaza, lieu connu des nuits parisiennes. Il appartient au groupe anglais Dorchester Collection.

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Hôtel GEORGE V  (31, avenue George V)


L'hôtel a été construit en 1928  par André Terrail, restaurateur et proriétaire de la Tour d'Argent. Décoré dans le style des années 30, il est considéré comme l'un des plus luxueux du monde. Il appartient aujourd'hui à l'homme d'affaires saoudien le prince Al Wallid, via la chaîne hotelière Four Seasons Hotels & Resorts.

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Hôtel FOUQUET'S BARRIERE   (46, avenue George V)


Situé géographiquement dans "le triangle d'or", l'hôtel a été inauguré en 2006. Il appartient au groupe Lucien Barrière, et tient son nom du célèbre restaurant du rez-de-chaussée, propriété du même groupe. Ce restaurant a été créé en 1899, sa salle est classée à l'inventaire des monuments historiques.

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Hôtel BRISTOL  (112, rue du Faubourg St Honoré)


L'hôtel a été ouvert en 1925 par Hypolite Jammet dans un bâtiment construit en 1758. Son nom de Bristol est un hommage au Comte de Bristol, grand voyageur britanique épris de luxe. Il devient en 1945 un lieu de rassemblement des ambassadeurs et diplomates mondiaux. En 1978, il est vendu à l'industriel allemand Rudolph Oetker, fondateur du groupe industriel du même nom.

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Ces lieux sont évidemment magiques, on ne se lasse pas de les admirer. Il est bien sûr difficile au français moyens que nous sommes d'en jouir, et de les approcher autrement qu'à l'occasion des déjeuners d'affaires, cocktails ou séminaires d'entreprise.

Le prix de la chambre ? Disons de 500 à ... 30 000€. Sachant que la chambre d'un palace ne doit pas faire moins que 26m², et que la suite peut présenter une surface de plusieurs centaines de m².

Le marché doit exister, puisque trois nouveaux palaces sont attendus pour les prochains mois : le Shangri-La et le Mandarin Oriental en 2011, et le Peninsula en 2012.

 

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Rédigé par jdio

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Publié le 23 Octobre 2010

"C'est avec les hochets qu'on mène les hommes "(Napoléon). Quelques uns ont eu assez de sagesse pour résister.

legiondhonneurFort de sa conviction, Napoléon créa donc la Légion d'honneur en 1802.

Elle reste une des décorations les plus prisées, on l'a vu encore tout récemment avec celle demandée et obtenue par Patrick de Maistre, le méritant conseiller fiscal de Liliane Bettencourt.

Certains promus cependant ont refusé le prestigieux ruban rouge. On peut citer La Fayette, Courbet, Maupassant, Ravel, Pierre et Marie Curie ("je n'en vois pas la nécessité", fit observer simplement Pierre Curie), Sartre, Beauvoir, Camus, le curé d'Ars au motif que cela ne rapporterait pas d'argent pour les pauvres.

Marcel Aymé a été clair quand il écrivit au président Auriol : " Quant à votre Légion d'honneur, Monsieur le Président, sauf votre respect, vous pouvez vous la carrer dans le train".

Georges SAND  quant à elle s'écria : "ne faites pas cela cher ami, je ne veux pas avoir l'air d'une vieille cantinière".

 LA FAYETTE

1757-1834

 Gustave COURBET

1819-1877

 Guy de MAUPASSANT

1850-1893

 Maurice RAVEL

1875-1937

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Pierre CURIE

1859-1906

Marie CURIE

1867-1939

Jean-Paul SARTRE

1905-1980

Simone de BEAUVOIR

1908-1986

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Albert CAMUS

1913-1960

Marcel AYME

1902-1967

Georges SAND

1804-1879

JM VIANNEY- curé d'Ars

1786-1859

camus.gif ayme.jpg SAND.jpg Cure-d-Ars.jpg

D'autres encores ont refusé la distinction honorifique. Brigitte Bardot, qui n'est pas allée la chercher, Mme de Fontenay, les poètes Jacques Prévert et Georges Brassens, ou encore Léo Ferré qui brocarde "ce ruban malheureux et rouge comme la honte". Berlioz aussi à qui l'Etat désargenté voulait payer un Requien par une médaille, et qui répondit "je me fous de votre croix, donnez-moi mon argent". Citons encore Gérard de Nerval, Claude Monet, le général Moreau, Nadar, Emile Littré, Daumier, Bernanos, Pinay. Edmond Maire la refusa, objectant que "ce n'est pas à l'Etat de savoir ce qui est honorable ou pas".

Jean Yanne*, qui ne l'a pas reçue, disait :  " la légion d'honneur c'est comme les hémorroïdes, tous les trous du cul en ont ".

Les plus nombreux ont accepté la récompense, certains même étant prêts à tout pour l'obtenir.

Le summum a été atteint avec le scandale des décorations en 1887. L'affaire a été révélée par la presse, qui dévoile en octobre que Daniel Wilson, gendre du Président de la République, Jules Grévy, promet des récompenses moyennant monnaie trébuchante. Le scandale sera énorme, et Jules Grévy ne pourra pas éviter la démission le 2 décembre 1887.

  * le lien donne accès sur le site de l'INA à un enregistrement d'une interview de Jean Yanne par Thierry Ardison en novembre 2000, soit 3 ans avant sa mort.

Georges Brassens a écrit une chanson intitulée la Légion d'honneur. La voici chantée par Maxime Leforestier (paroles)

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Rédigé par jdio

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Publié le 18 Octobre 2010

Signe que les mauvaises habitudes perdurent, Le Figaro Economie publie le 18 octobre un article sur la politique monétaire américaine et le fonctionnement de la planche à billets. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la fuite du dollar est un facteur très préoccupant pour l'avenir.

 


17 octobre 2010

Quatre assignats retrouvés dans un tiroir : l'occasion de rappeler un passage d'histoire financière malheureux.

En 1789, les finances royales sont exsangues, et la moitié du budget royal est affectée au remboursement de la dette. En Novembre,  Talleyrand fait voter par l'Assemblée constituante la confiscation des biens du clergé, c'est à dire sans paiement d'indemnité. La Caisse de l'Extraordinaire sera chargée de vendre ces biens. Mais il faut organiser la Caisse, procéder aux ventes. Le délai sera trop long. Il est donc décidé le jour même de la création de la Caisse d'émettre des billets qui seront "assignés" sur les biens confisqués : l'assignat  est né.

Pour assurer le succès de l'assignat, le moyen est simple: toute personne qui veut acheter un bien du clergé doit le payer avec des assignats. Il doit donc les acheter préalablement auprès de l'Etat. Une fois la vente effectuée, les assignats doivent être détruits.

assignat-5-livres-copie-1.jpg assignat-10-livres.jpg assignat-15-sols.jpg assignat-25-sols.jpg 

Les assignats sont des billets uniface, avec filigranes. On retrouve deux mentions particulières :

"La loi punit de mort le contrefacteur"  et  "La nation récompense le dénonciateur".

Ce qui devait arriver arriva. Pour faire face à ses besoins grandissant, l'Etat transforme le 1er avril 1790 l'assignat en papier monnaie, l'utilise pour faire face à toutes ses dépenses courantes, ne procède plus aux destructions prévues, en imprime plus que la valeur des biens sur lesquels il est théoriquement assis. L'assignat  aura perdu 60% de sa valeur en 1793. L'or, l'argent vont flamber. Pour sauver l'assignat, il va être rendu obligatoire dans les transactions publiques et privées. En septembre 93, début de la Terreur, la non acceptation de l'assignat est punie de peine de mort.

Jusqu'en 1795 la planche à billets va fonctionner allègrement, et il y aura cette année là pour 45 milliards de livres d'assignats en circulation, pour une valeur des biens confisqués de 3 milliards. Les tentatives pour éponger cette masse monétaire excessive (emprunt forcé notamment) ne réussiront pas, et l'assignat sera abandonné en 1796 par le Directoire.

Si l'assignat a sauvé l'Etat de la faillite et a permis de financer la guerre, il est considéré quand même comme un échec, l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire en matière de politique monétaire : augmentation non contrôlée de la masse monétaire, avec son cortège d'inflation, de fuite devant la monnaie en laquelle personne n'a plus confiance, d'appauvrissement.

Cela ne servit pas vraiment d'exemple, et les révolutionnaires ne furent pas les derniers à faire marcher la planche à billets.

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Publié le 2 Octobre 2010

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