les grandes entreprises

Publié le 30 Août 2011

Il fut un temps où travailler dans une grande entreprise était une chose enviée.

grande-entreprise.jpgParce que la grande entreprise était synonyme de sécurité en terme d'emploi : par sa taille, elle était présumée ne pas pouvoir  être déclarée en faillite; employant un grand nombre de salariés, elle était censée être moins regardante sur les performances individuelles, et en cas d'insuffisance, être plus capable qu'une PME d'orienter vers d'autres postes.

Parce que plus riche que la PME et dotée d’organisations syndicales plus présentes, les rémunérations et avantages sociaux étaient plus forts que dans les PME.

Parce que plus solide financièrement, plus ambitieuse et visant des marchés plus vastes, elle apportait des conditions de travail plus confortables et plus excitantes : possibilités de carrière à l'international, opportunités de carrière et diversité de métiers, dépenses plus importantes en recherche / développement.

Ce temps est révolu.

L’objectif fondamental de l’entreprise est de produire un bien ou un service, et de le vendre. La production et la vente sont la raison d'être, son métier.

Seulement, avec la croissance exponentielle des entreprises, la mondialisation, l’intégration dans des groupes aux périmètres géographiques mondiaux et aux produits diversifiés, les gens de métier ont perdu la main de la gestion .

Les maîtres de la gestion sont dorénavant :

- le marketing, qui parle en terme de marché et non de clients

- les financiers, qui contrôlent, analysent, budgètent, en méconnaissant les produits, les métiers, les clients

- des managers ignorants des métiers qu'ils sont censés diriger.

L'extrême est quand l’actionnaire est lui-même un financier, dont le seul but est la revente des actions à CT.  

Comment en est-on arrivé là ?

-         Avec la généralisation du recrutement de diplomés, l’encadrement des grandes entreprises se compose de plus en plus de personnes  n’ayant jamais pratiqué les métiers qu’ils sont censés gouverner.

S   Si la proximité avec les équipes peut compenser l’inexpérience métier pour les premiers niveaux d’encadrement,  au niveau supérieur et du top management,  de moins en moins alimenté par la promotion interne, la non connaissance des métiers est définitive. Pour montrer qu’il existe et justifier son rang, sa paie et ses stock-options, le manager n'aura d'autre ressource que la croissance externe, la réduction des coûts, la délocalisation, le démantèlement, tout sauf un travail de fond sur le métier. 

-      Avec la croissance de la taille des entreprises et leur internationalisation, la fonction financière a vu son rôle augmenter de façon exponentielle, pour prendre le pas sur toutes les autres. Bien que son regard sur l'entreprise ne soit que partiel et éloigné de la réalité des métiers, c’est elle qui dorénavant constitue le vivier du top management, au détriment des fonctions commerciales et de production.

Le contrôle de gestion a remplacé l'intuition du gestionnaire père de famille, réduisant le critère humain à son minimum.

profit.jpgIl est dans sa fonction quand il préconise telle fermeture de site industriel au profit d'un autre localisé dans un pays à bas coûts. Seulement, le manager qui est également issu de la sphère financière ne pourra qu' entériner un choix qui s'insère dans son principal domaine de compétence.

A cela, s'ajoutent :

- la financiarisation et la mondialisation,  qui ont débouché sur le culte du cours de bourse et du résultat à court terme. La politique de la France ne se fait pas à la « corbeille de la Bourse » disait de Gaulle. Celle des grandes entreprises, dorénavant oui. Les monceaux de stock-options que les dirigeants s'auto-attribuent y sont aussi pour quelque chose.

- la part croissante dans l’actionnariat des intervenants financiers, avec la situation extrême constituée par les fonds d’investissements, aux comportements de marchands de biens et non d'industriels. Couper dans les coûts en "dégraissant" les effectifs, démanteler,  sont des moyens appréciés par les marchés bien davantage qu’augmenter la qualité du service client , créer des produits, développer la recherche.

Conséquences : des salariés moins à l'aise dans leur entreprise et des clients moins bien servis.

-  La grande entreprise devient de moins en moins humaine pour ses salariés, sur lesquels pèse un sentiment d’insécurité permanent : contrôle continu, gestion par objectifs, menaces de délocalisations ou de sous-traitance, reconnaissance absente ou limitée au minimum, décisions managériales irréalistes et déconnectées de la réalité, réorganisations à chaque changement de hiérarchie, sans attendre même les résultats de la précédente (" faire et défaire, c’est encore travailler "), sentiment d'inutilité né du devoir de travailler pour des managers mercenaires de passage. Le stress est devenu une donnée permanente d'un nombre croissant de salariés, pas tant par la quantité de travail, que par ce sentiment d'inutilité, d'insécurité et d'incompténce métier vis à vis de ces nouveaux managers.

Il suffit de discuter avec des cadres et non-cadres de ces grands groupes pour aboutir à ce même constat, qui symbolise une rupture entre le top management et le reste de l’entreprise. Chacun a des exemples à la pelle de réorganisations ratées parce qu’inutiles, préconisées par des hiérarques à l’ego surdimensionné, et qui n’avaient d’autres moyens pour exister que de casser ce qui était. Chacun a l'exemple d'activités cédées ou cessées, avec à la clé un gâchis humain et commercial irréparables.  Le pire est que l’échec de ces réorganisations ne pénalise jamais leurs initiateurs, mais les pragmatiques qui ont eu l’audace d’exprimer des réserves.

- Une entreprise qui s'éloigne de ses clients. Dans ces grandes entreprises, on parle de moins en moins client, et de plus en plus marché. Sauf que la somme des clients ne fait pas le marché, et qu’on peut avoir des clients mécontents avec une part de marché significative, quand la concurrence est faible ou constituée de grandes entreprises au comportement identique. Mais gare à l'apparition d'un nouveau concurrent !

call-center.jpgLe symbole évident de ces nouveaux comportements est constitué par les plate-formes téléphoniques, créees soi-disant pour libérer du temps commercial, et qui sont devenues des hydres dont l'unique but est de  décourager le client d' avoir un contact avec un interlocuteur. Quelle dépense d'énergie doit-on dépenser pour avoir une réponse à une question non prévue par les disques des répondeurs ! Quand on y arrive!

Peut-être qu’un jour des entreprises réapparaîtront qui mettront vraiment le client au cœur de leurs préoccupations. Elles feront un malheur, jusqu’au jour ou devenues grosses à leur tour, elles se rationaliseront en se « financiarisant ».

En grandissant, le comportement de l'entreprise tend au narcissisme. Comme celui des top managers dont l'ego leur fait attribuer très hâtivement tous les talents des hommes qui la composent.   

narcissisme.jpg

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

Repost 0
Commenter cet article