Dexia - un tour pour rien?

Publié le 5 Octobre 2011

Les vérités d'un jour sont les erreurs de demain.  

dexia--.jpgDexia en est le témoignage.

Il a bien longtemps déjà, existait le Crédit Local de France.

L'entité était née en 1987 de la reprise de l'activité de prêts aux collectivités locales - mairies, départements, régions - exercée jusque là par la Caisse des Dépots et Consignations (via la CACL, un des émetteurs d'obligations favori de la veuve de Carpentras).

C'était le début du temps du néo-libéralisme, de la financiarisation et du désengagement de l'Etat. Le CLF visait par le moyen d'une société cotée et ouverte à l'actionnariat privé, à profiter du vaste mouvement en cours pour mettre un peu de privé dans les financements publics.

Ainsi le CLF fut-il pendant des années l'opérateur unique sur son marché, puis le leader lorsque les banques ont voulu aussi un bout du gâteau.

Le CLF opérait dorénavant sur un marché concurrentiel, ce qui n'était guère dans sa culture. Il plongea lui aussi alors dans la marmite libérale, fusionna en 1996 avec son collègue belge, le Crédit Communal,  et prit un beau nom en a. C'était l'époque des Laetitia.

Et c'est ainsi que le bon vieux CLF ajouta à son activité celle de banque de dépôt en Belgique. Et s'enfonça dans la logique capitaliste de croissance et de diversification : achat d'une banque de dépôt en Turquie, banque d'investissement, prêts aux collectivités locales du monde entier, octroi de prêts compliqués, dits structurés faisant appel aux techniques de marché les plus sophistiquées. L'éternelle histoire de la grenouille ...

Et catastrophe lorsque la bise Lehman fut venue, et avec elle l'éclatement de la bulle financière. Alors on dexia---copie-1.jpgs'aperçut que la banque pépère (mais appréciée) des collectivités locales avait voulu jouer au grand banquier, comme le marché lui demandait, et était devenue une usine à pertes : crédits dits structurés que la hausse de taux ne permettait plus de rembourser, appels de marge des swaps souscrits pour s'assurer de ces prêts que Dexia ne pouvait plus payer.

Le dogme faisant de la privatisation le modèle d'efficacité a fait long feu, comme celui de la recherche de la taille et de la diversification.

L'heure est venue au recentrage sur les métiers de base.

Mais il faut bien payer les erreurs.

Alors on crée une "bad bank", qui recueillera toutes les créances pourries de Dexia. Pardonnez du peu, il y en aurait pour 95 milliards d'euros !

Cette "bad bank" , qui sera à la charge de l'Etat, pourrait faire place nette pour un Dexia tout propre, au bénéfice des actionnaires privés. Peut-être même que ce nouveau Dexia verra la séparation des activités prêts aux collectivités et activités de banque, les belges voyant d'un mauvais oeil que les dépôts des clients belges servent à financer des collectivités françaises. On est en Europe, mais quand même! On pourrait voir aussi la Caisse des Dépôts reprendre l'activité des prêts aux Collectivités.

La boucle serait bouclée, ce serait un retour à la case départ, avec entre-temps un formidable gâchis humain et financier.

Il n'aurait sans doute jamais fallu accepter cette logique des marchés. L'aventure Dexia est la caricature de l'absurdité des excès du néo-libéralisme et du panurgisme des comportements. Mais peut-on aller contre l'air du temps?

Et après tout, faire et défaire c'est toujours travailler, et cela occupe beaucoup de gens dans les grandes entreprises !

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Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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