les essais nucléaires de la France

Publié le 7 Juin 2011

Depuis 1960, la France a procédé à 210 essais nucléaires, d'abord dans le Sahara, puis dans le Pacifique. Avec certaines conséquences ...

nucleaire-bombe.jpg

On connaît Hiroshima, Nagasaki, Tchernobyl, Fukushima. Le nucléaire tue, qu'il soit civil ou militaire.

On connaît moins les conséquences des essais nucléaires français.

Ils ont commencé en 1960, après la décision prise en 1958 par le président du Conseil, Félix Gaillard. Les EU, l'URSS, la GB et l'ONU exigeront un moratoire des essais français. En vain. De Gaulle confirmera le choix de Gaillard, et les premiers essais français se feront dans le Sahara, à 1700 km d'Alger, dans une zone considérée inhabitée.

D'abord dans le Sahara.

La 1ère explosion a lieu le 13 février 1960. Les officiels sont situés à 15km, la force de l'explosion est trois fois celle d'Hiroshima. Situés à 45km, les soldats "se protègent": assis par terre, la tête entre les genoux, coudes repliés pour cacher les yeux ! Un reporter dira qu'il a eu l'impression d'être" traversé par la lumière".

Trois tirs auront lieu en douze mois. Les retombées radioactives seront telles, que la France renoncera aux explosions atmosphériques pour des essais souterrains, supposés moins polluants. Le site choisi sera situé dans le Hoggar, à 150 km de Tamanrasset. Treize explosions y seront effectuées jusqu'en 1966 (les accords d'Evian de 1962 les avaient autorisés).

 

nucleaire.jpgdes militaires français regardent l'explosion sans aucune protection.                                           
Le 1er mai 1962, le 2ème essai va mal tourner. La galerie souterraine explose, laissant échapper roches et gaz radioactifs, ceux-ci s'élevant jusqu'à 2500 mètres d'altitude. Panique chez les officiels, qui fuient en laissant matériels et sacoches. Des soldats auront l'ordre d'aller les rechercher le lendemain ! C'était comme une "gigantesque flamme de lampe à souder" dira Pierre Mesmer, ministre des Armées. Gaston Palewski, ministre de la Recherche, mourra 20 ans plus tard d'une leucémie, qu'il imputera à son irradiation. Aucune opération de décontamination n'a été entreprise depuis : le lieu a été simplement ceint de barbelés. Des milliers de tonnes de déchets radioactifs sont à l'air libre ou à peine enfouis, à la portée des nomades qui récupèrent le matériel. Aucun contrôle sanitaire n'a jamais été effectué, mais une estimation fait état de 30 000 victimes.

En Polynésie ensuite.

En 1963, les EU, l'URSS et la GB signent un accord prohibant les essais nucléaires aériens et sous-marins. La France annonce qu'elle fera des essais atmosphériques en Polynésie.

Le 2 juillet 1966 a lieu le premier des 193 nucleaire-de-gaulle.jpgessais (46 aériens et 147 souterrains à partir de 1975) que la France réalisera sur les deux sites de Mururoa et Fangataufa, sans tenir compte des conséquences sanitaires et écologiques. "C'est magnifique", s'exclamera de Gaulle (photo ci-contre, sur la passerelle du croiseur De Grasse, avec Peyrefitte, ministre de la Recherche, Billotte, ministre des DOM-TOM, Messmer, ministre des Armées). Plusieurs incidents seront signalés, et la contamination radioactive des deux îlots est avérée. En 1989, le Parlement européen rejettera de justesse l'envoi d'experts indépendants en Polynésie, alors que la France n'a toujours pas signé le traité de non prolifération des armes nucléaires, pourtant vieux d'une vingtaine d'années.

L'URSS annonce un moratoire de ses essais en 1991, suivi par la France mittérandienne. Mais Chirac les reprend en 1995, le dernier essai ayant lieu le 27 janvier 1996 à Fangataufa sous un tollé général.

Deux ans plus tard, la France signera le traité de non-prolifération.

L'indemnisation des victimes prévue par la loi de janvier 2010 commence à peine. Pour beaucoup, il est trop tard, et les descendants des irradiés ne seront pas concernés.

Menace d'effondrement de l'atoll de Mururoa.

Une partie du récif, soit 670 millions de m3, pourrait s'affaisser, provoquant un raz-de-marée risquant de faire disparaître l'atoll voisin de Tureia où vivent 300 personnes. Avec ce déferlement d'eau, le risque est grand aussi de voir resurgir des fonds des tonnes de déchets et matières radioactives. Les deux atolls ont subi 700 fois l'explosion d'Hiroshima.

Les victimes passées et à venir des essais nucléaires français ne sont pas dénombrées, et la France ne s'est pas empressée, loin s'en faut, de les reconnaître.

C'est le prix accepté par la France pour maintenir son rang aux côtés des grandes puissances. Cela a été le choix de de Gaulle dès 1945 par la création du CEA, confirmé par tous les gouvernements qui lui ont succédé, de Pierre Mendès-France à Edgar Faure, jusqu'à ce que Félix Gaillard annonce les premiers essais.

D'autres pays ont suivi l'exemple de la France, faisant fi des interdictions internationales. C'est le tour aujourd'hui de l'Iran de suivre l'exemple de la France et des autres.

Faites ce que je dis, pas ce que je fais. C'est la loi que les plus forts s'efforcent toujours d'imposer. Avec plus ou moins de succès.

 

NB Cet article est inspiré de celui paru dans "HISTORIA" de mai 2011 "Les retombées du nucléaire".

Rédigé par jdio

Publié dans #un peu d'histoire

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