la mort d'un juste

Publié le 23 Décembre 2011

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Il est entré dans l'Histoire. Il se disait maladroit, sans sens pratique, pas préparé.

Il était timide, gauche, mauvais orateur.

Pourtant Vaclav Havel est entré dans le Panthéon des héros tchèques, et du monde.

Il n'était pas un politicien né, et n'avait jamais vraiment voulu l'être. Mais intellectuel épris de liberté, son opposition au régime communiste, qui avait fait de la Tchécoslovaquie un pays "où il ne se passait rien" l'a porté tout naturellement d'abord à la tête de l'opposition, ensuite à la présidence de l'Etat.

Avant de devenir auteur dramatique, son vrai métier, disait-il, il a été contraint d'exercer divers métiers manuels. Il sera machiniste dans un théâtre, puis chef artistique et enfin auteur dramatique.

havel1.jpgSes positions en faveur de la liberté, reprises dans le manifeste "le pouvoir des sans-pouvoirs" le feront vite mettre à l'index. Dans une lettre au président de la république, il dénonce la "bouffonnerie dégradante" du régime. Après la publication du manifeste "charte  77", il subit pressions, séjours en prison, gardes à vue. Sur les douze années de 1977 à 1989 pendant lesquelles il sera à la tête de la dissidence, il en passera cinq en prison.

En novembre 1989, quand à la tête de l'opposition il négocie le départ des communistes du pouvoir, la population l'élit tout naturellement chef de l'Etat.

Il n'est pourtant pas un homme de pouvoir. "Je suis celui qui fait les rois, pas le roi" dit-il. Ou encore "je suis un critique littéraire qui aurait été forcé d'écrire un roman".

Il démissionnera en 1992 après la scission avec la Slovaquie, qu'il vivra comme un échec. Mais en janvier 1993, il devient le premier président de la nouvelle république tchèque. Il s'oppose à Vaclav Klaus, alors premier ministre, parce qu'il dénonce la volonté "de réduire l'homme à un producteur de bénéfices" et plaide  pour l'intégration rapide de son pays dans les structures euro-atlantistes.

Il s'efface de la vie politique en 2003, après 14 ans au total à la tête de son pays. Il aura marqué se son humanisme fort le retour de la république tchèque dans la démocratie, après 40 ans de communisme.

Avec les années, a-t-il écrit, on me considère comme une sorte d'homme politique, et je n'ai jamais voulu l'être. Je me mêle de philosophie - mais qui pourrait me considérer sérieusement comme un philosophe ? Dans le théâtre, qui est ma profession, je ne suis pas un vrai spécialiste non plus. J'ai choisi délibérément de mener une existence mouvementée, mais en même temps je n'aspire qu'au calme. Comment se fait-il que ce noeud de contradictions bizarres que je suis, puisse traverser une vie - et même, me dit-on, avec un certain succès ?

Parcours extraordinaire que celui de cet homme hors norme, qui n'avait pas le goût du pouvoir, et qui aura pesé dans l'histoire à la hauteur de ces quelques phares qui traversent les siècles.

Rédigé par jdio

Publié dans #un peu d'histoire

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