des hochets, pas des débats

Publié le 9 Juin 2011

Le monde politico-médiatique se délecte de faits sans importance, mais ignore les grands sujets qui conditionnent le monde de demain.

L'UMP stigmatise les plus pauvres en remettant en cause le RSA, mais confirme sans débattre l'exonération des oeuvres d'art à l'ISF.

Luc Ferry fait entrevoir une réalité choquante que d'aucuns connaissent, et la réplique arrive, qui veut le faire passer pour un profiteur tire-au-flanc, permettant d'évacuer le sujet. En Allemagne, un ministre a été condamné à 25 ans de prison pour des pratiques pédophiles en Thaïlande. Vérité en deçà des ... Vosges, erreur au delà !

Tapie a récupéré 300 millions d'euros; les verts se divisent comme jamais sur des conflits de personnes.

A l'assemblée, des femmes députées projettent d'instituer une journée de la jupe, tandis que les hommes ont du mal à voir plus loin que le bout de leur nez, voire de leur ceinture (et même un tout p'tit peu plus bas).

Le monde politico-médiatique s'agite sur la réalité des intentions de Borloo! L'affaire Bettencourt n'en finit pas de rebondir, et dix ans après les faits et trois procès d'assises, la justice se rend à Ajaccio pour une nième reconstitution qui ne veut pas en dire le nom !

Pendant ce temps-là :

- Le groupe PSA lance le premier pavé dans la mare de la délocalisation des usines Citroên d'Aulnay et Sevelnord. 6000 salariés, au bas mot, sont concernés, avec des conséquences indirectes énormes. Rassurez-vous, il n'y aura rien d'ici ... 2014 ! Quand toutes les usines PSA seront à l'étranger, il n'y aura plus de raison de conserver en France les services d'étude/conception, marketing, financiers, administratifs, encore moins de payer des impôts en France. 

- L'économie occidentale, et plus particulièrement la France, connaît des problèmes de fond qui sonnent le déclin structurel de l'Europe au profit des leaders de toujours, les pays d'Asie. Concurrence par les bas salaires, délocalisations, transferts de technologie et de la capacité d'innovation, inégalité croissante des revenus entraînant une stagnation, au mieux, du pouvoir d'achat des consommateurs, et la croissance de la France est en berne. Les marchés financiers ne s'y trompent pas, avec un indice Cac 40 qui se traîne à la moitié de ce qu'il était il y a dix ans.

- Le logement dans les grandes villes, et notamment la région parisienne où vit un français sur cinq, atteint des prix tels qu'il faut avoir deux payes de cadre supérieur et en être à sa troisième acquisition pour espérer pouvoir acheter un 100 m2 à Paris.

- Les déficits publics atteignent des montants abyssaux, qui font que sur la base des ratios financiers habituellement utilisés par les prêteurs pour leurs opérations avec les entreprises, personne ne voudrait prêter aux États occidentaux. Des états européens sont en quasi défaut. La France l'a été huit fois dans son histoire, elle figure en bonne place des prochaines cibles des marchés, juste après l'Italie et la Belgique. Le remboursement de la dette est autant que l'Etat ne peut consacrer aux investissements (éducation, justice, sécurité, grands équipements, santé ...), sans même envisager ce qui se passerait en cas de hausse des taux d'intérêt, historiquement exceptionnellement bas aujourd'hui.

- La planète ne pourra pas supporter indéfiniment notre soif incommensurable de produire et consommer. Or la croissance de nos économies est indispensable au maintien, de nos conditions de vie, et on ne peut pas refuser le droit à ceux qui ne l'ont pas encore de vouloir l'atteindre. Pourtant, 20 milliards de terriens consommant, et produisant, comme les occidentaux est à ce jour inenvisageable.

- La France, qui a choisi le tout nucléaire pour sa production d'énergie, ne se résoud pas à réfléchir à une politique alternative. Les avancées de la filière solaire françaises ne sont  plus qu'un lointain souvenir, et les ex numéros 1 sont en quasi faillite.

- La désertification du territoire, au profit de quelques très (trop?) grandes métropoles, où on vit de plus en plus nombreux et de plus en plus mal, s'accentue, et condamne les villes petites et moyennes et la ruralité.

- L'enlisement en Libye se confirme, les milliards distribués aux saoudiens par un gouvernement d'un autre âge ne suffiront pas toujours à maintenir la paix sociale en Arabie saoudite. Et si le pays devenait un Iran bis ?

- Le progrès technique a amélioré la condition des hommes. Cela ne semble plus être tout à fait le cas dans un monde financiarisé et mondialisé, où les politiques ont laissé la main aux marchés.

- ....

Le débat politique ignore les vrais sujets.

Les premiers sujets sont ceux qui monopolisent politiques et media. Ce sont les hochets qu'on donne en pâture à l'opinion, et qui évitent d'aborder les vrais sujets. Parce que la réponse toute faite n'existe pas ?

La période électorale devrait être propice aux réflexions de fond.

Gageons qu'encore une fois la part belle sera faite aux querelles politiciennes et aux conflits de personnes, et que les problèmes de fond de notre société seront à peine effleurés par des politiciens trop enfermés dans le confort de leur bulle et la sauvegarde de leurs mandats électoraux qui les font vivre, et par des média qui ont bien trop peur de perdre leur public s'ils traitaient de choses sérieuses.

On va pouponner à l'Elysée, et le président bling-bling va se transformer en (grand !) papa gâteau. Comme les autres,  il agitera le hochet, et pourra sourire d'aise devant l'air réjoui du bambin.

 hochet

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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