indispensable cohésion sociale

Publié le 22 Mars 2011

Dans un numéro récent du Bulletin de l'Office français de Conjoncture Economique, on peut lire que dans la compétition planétaire, ce qui fait la différence entre les pays, c'est la cohésion sociale.

perroquet.jpgC'est la cohésion sociale qui garantit le rebond et le dynamisme d'un pays, et elle est plus déterminante que les points mis en avant par les "perroquets" du néo-libéralisme: coût du travail, flexibilité, fiscalité.

La cohésion sociale demande la réalisation d'au moins deux conditions:

- un sentiment de justice minimale. Que les efforts demandés à tous soient équitablement répartis, et leurs rémunérations aussi bien entendu.

- la présence d'élites dignes de ce nom.

Que voit-on en France aujourd'hui ?

On assiste depuis une trentaine d'années à l'accroissement des inégalités, à l'explosion de l'écart entre les plus riches et les plus pauvres. Sous couvert de mondialisation et de compétitivité, les salaires du plus grand nombre stagnent en pouvoir d'achat, tandis que fulminent vers des sommets insensés les rémunérations des grands dirigeants et de certains indépendants. Où vont les bénéfices des sociétés du Cac 40, qui progressent de plus de 100% en 2010 ? 557M€  vers la famille Arnault, 281M€ vers les Bettencourt, 187M€ vers les Pinault, 107M€ pour les Bouygues. Et pendant ce temps là, quelle est la rémunération de ceux qui par leur travail quotidien permettent ces distributions fastueuses ? Quelle est la part des rémunérations versées aux top management, et celle perçue par la masse des salariés? On sait bien que l'évolution de ces dernières années va dans le sens  d'une paupérisation relative du plus grand nombre.

Cause ou conséquence, la reconnaissance du top management vis à vis du salarié, fût-il cadre, est, elle aussi, en perte de vitesse. Comment expliquer autrement le comportement de la direction de Renault, PDG en tête, qui vire quatre cadres, en les accusant du pire, la trahison, sans preuve, sans confrontation, sans produire aucun document. C'est d'une prétention qui affiche bien le mépris de la direction de l'entreprise pour ses salariés, même ingénieurs.

On constate aussi que des élites dignes de ce nom manquent à nos sociétés, minées par la médiocrité d'une bonne partie de la classe dirigeante. Leur vanité, leur mépris des classes populaires, leur incapacité à débattre, leur absence de hauteur de vue, leur arrivisme, leurs vies en vase clos, érodent irrésistiblement ce qui reste de civisme dans une société.

Croissance des inégalités et manque d'élites reconnues et respectées éliment ainsi la cohésion sociale.

La Chine s'attaque au luxe ostentatoire.

Le gouvernement chinois s'alarme ouvertement du fossé croissant entre riches et pauvres. Conscient du danger qu'il peut représenter pour la cohésion sociale, il s'attaque non à la cause, mais à son effet. Pour ne pas heurter les moins riches, interdites les pubs bling-bling, prohibés les mots "luxe", "classe", "royal", "suprême" dans les publicités pour les produits de luxe. Ces pubs créent un climat malsain, selon l'Administration, et des dignitaires du Parti dénoncent la consommation à outrance de produits de luxe importés par une élite économique, au détriment d'un développement harmonieux des classes moyennes.

Il faut dire que la Chine est en passe de devenir le premier marché mondial du luxe, avec une prévision de 44% des ventes mondiales en 2020 !

Les chinois montrent ainsi leur crainte de voir la chésion sociale ébranlée par l'accroissement des inégalités, et leur affichage.

Un tableau très sombre de la société française.

delevoye.jpgIl est dressé par Paul Delevoye, l'actuel médiateur, dans un rapport remis à Nicolas Sarkozy. C'est le dernier avant la création du Défenseur des Droits, qui cumulera les attributions du Médiateur, de la Halde, de  la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS), du Défenseur des enfants, du Contrôleur général des Lieux de Privation de  Liberté. Il sera nommé par le Président de la République, ce qui semble fâcheux à beaucoup !

Alors peut-être Delevoye a-t-il noirci le tableau en succombant à l'aigreur de voir son poste disparaître. Toujours est-il que son constat est noir : injustice, impuissance, déshumanisation.

Les systèmes informatiques, derrière lesquels on s'abrite, et les répondeurs téléphoniques, ont déshumanisé les services publics. Les français seraient perdus, au point qu'un tiers d'entre eux se dit viscéralement hostile aux administrations et ont perdu toute confiance dans leur utilité (étude Cofremca). Des chômeurs ne croient plus dans le Pôle Emploi, et préfèrent travailler au noir, l'administration ne sait plus faire du surmesure pour les personnes en difficulté. Non-respect du droit au logement opposable, difficulté d'accès au dossier médical, crédits d'impot remis en cause: les exemples de mécontentement sont multiples. 

Symptomatique, la moitié des demandes qui remontent au médiateur aurait dû être traitée en local.

Cette lassitude des français se porterait aussi sur la politique. "Un français sur trois, au nom de l'efficacité, est prêt à voter pour un homme ou une femme forte, même s'il ne respecte pas les valeurs de la démocratie", selon P Delevoye. Et d'ajouter "nous risquons de perdre la notion du sens de l'impôt, des politiques de solidarité, et de voir apparaître des conflits générationnels avec des plus jeunes refusant de payer pour les plus âgés. Attention au choc des égoïsmes."

Et de conclure sur une note quand même positive "76% des français en 2010 disent avoir besoin d'un but commun, contre 67% en 2009. La société a besoin de sens".

-----------------------

Gardons à l'esprit l'importance primordiale de la cohésion sociale, basée sur un sentiment de justice minimale et la solidarité. Ce qui est valable au niveau de l'Etat l'est aussi au niveau de l'entreprise. Sans cohésion sociale, pas de sentiment de solidarité, et moindre efficacité.

Du sens, une répartition équitable des efforts et des récompenses, un minimum de reconnaissance vis à vis de tous, des leaders respectés. Ce sont les ingrédients pour que tout le monde ait le sentiment d'être sur le même bateau.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

Repost 0
Commenter cet article