paupérisation des salariés ?

Publié le 11 Mars 2011

Une grêve chez Valéo, pour une revendication bateau : la direction propose une hausse des salaires de 1,5%, pendant que les syndicats demandent 4%.

C'est un cas d'école, qu'on pourrait appliquer à toutes les grandes entreprises françaises: augmentation minimaliste de la hausse générale des salaires, pour réserver le peu d'augmentation budgété aux révisions individuelles. Avec par ordre de priorité les cadres de la haute direction, puis du management, puis la suite.

Et c'est ainsi que l'écart se creuse entre les salariés les plus riches et ceux les plus pauvres, et c'est ainsi que les salariés lambda, qui participent à la bonne marche de la boutique, voient progressivement se déprécier leur pouvoir d'achat. Car si les augmentations individuelles permettent à ceux qui en bénéficient de faire un peu mieux que l'inflation, les augmentations collectives ne permettent pas de maintenir le nieveau de vie.

En d'autre temps, on aurait parlé de paupérisation, mais c'est pourtant bien de cela qu'il s'agit. Car si on ajoute à cette grand masse de salariés qui courent derrière leur pouvoir d'achat, les trois à quatre millions de sans emploi, et un grand nombre de retraités qui touchent moins que le smic, on est bien en présence d'une paupérisation de la France. Même si les riches sont plus riches qu'avant.

fourastie.JPGIl serait intéressant de faire des études comme le faisait dans le temps l'économiste et démographe  Jean Fourastié (ci-contre), qui mesurait la richesse en terme de salaire réél, par comparaison au prix de certains biens. La messe est déjà dite si on prend comme référence le logement ou les transports, elle l'est peut-être aussi, si on prend le panier de la ménagère.

Je crois qu'on arriverait à cette conclusion d'une augmentation du revenu réél global, mais une érosion pour le plus grand nombre.

On est en présence depuis une trentaine d'années d'une déconsidération du travail.

Après les augmentations de pouvoir d'achat enregistrées pendant les trente glorieuses (le terme a été justement inventé par Jean Fourastié), liées à une croissance économique conjuguée à un pouvoir syndical fort, la crise pétrolière des années 70 et la libéralisation forcenée des économies qui ont suivi ont renversé le rapport de force en faveur du pouvoir patronal. Qui en profite bien.

La mondialisation, avec l'argument tout trouvé de la compétition et le chantage aux délocalisations (si Valéo a 32 usines en France, il en a aussi 106 à l'Etranger) est l'argument facile, jeté aux salariés et à l'opinion pour justifier le refus des hausses de salaires. Sauf ceux du management, qui ont explosé depuis 20 ans.

Elle est aussi l'argument pour limiter, voire baisser, les effectifs, quitte à dégrader le service au client (un délai de deux mois pour faire une carte d'identité est-il acceptable ?).

Les conséquences à teme sont nombreuses et explosives :

- croissance lente, voire diminution, de la consommation, avec le risque d'une croissance molle de l'économie. On sait que les grosses fortunes ne consomment pas comme les plus modestes, et l'achat d'un appartement à Marakesh est sans effet sur l'économie.  

- perte d'attractivité du travail salarié, dans la mesure où il n'assure plus un niveau de vie convenable. On le voit de manière très critique aujourd'hui avec les métiers pénibles, qui attirent de moins en moins de travailleurs français. Au risque de fâcher Le Pen et certaines députés UMP, que deviendraient les secteurs du bâtiment, des travaux publics, des services d'entretien, et bien d'autres, sans la main d'oeuvre étrangère ou d'origine étrangère ?

- conditions du travail salarié qui se détériorent, dans la mesure où au refus des augmentations, s'ajoute aussi souvent le refus d'embaucher. Aux salariés en place d'accroître leur productivité, à salaire égal bien sûr.

 

On entend dire que les 40 entreprises du CAC 40 ont doublé leur bénéfice 2010 par rapport à 2009, exercice qui était déjà favorable. Il serait intéressant de mettre en avant la répartition de ce surcroît de richesse entre les actionnaires, le top management, les salariés, l'entreprise, l'Etat, voire les clients (!). Sûr que le salarié moyen est le dindon de la farce, avec l'Etat aussi, car ces grandes multinationales connaissent les ficelles pour payer peu ou pas d'IS en France.

Mais attention, danger ! La valeur travail est une des valeurs fondamentales sur lesquelles reposent nos sociétés. Sa dévalorisation a des limites, et leur franchissement peut susciter un jour des réactions insoupçonnées aujourd'hui. Qu'on ne veut pas voir.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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