prises de conscience

Publié le 13 Mars 2012

Les grandes questions sont enfin posées.

promesses.jpgAu delà des effets de manche et des gesticulations propres à toute campagne électorale, a fortiori quand elle est présidentielle, la campagne 2012 a le grand mérite de poser les grands problèmes du moment, ceux qui expliquent les difficultés du présent, et aux réponses desquels dépend notre avenir.

Le monde politique semble avoir découvert que la réponse au lancinant, mais explosif, problème de l'emploi était le maintien de la compétitivité de la France, seule solution pour éviter fermetures d'usines et délocalisations. C'est du bon sens certes, mais ce n'est pas toujours la qualité la mieux partagée, même, ou surtout, chez les énarques et polytechniciens qui nous gouvernent.

Tous les candidats, de quelque bord qu'ils soient, font le même constat, et enrichissent le débat de l'ébauche de leurs solutions. Chacun d'ailleurs n'hésite pas à piocher dans les réponses des autres, et c'est bien.

Le dieu libre-échange est enfin remis en question, avec cette prise de conscience nouvelle que l'Europe ne se protège pas quand d'autres se défendent. La réponse n'est certes pas le protectionnisme et la fermeture des frontières, mais des mesures plus fines et incitatives à l'achat de produits made in France ou in Europe.

Elle est aussi dans la réduction des charges pesant sur les entreprises, charges sociales, sanitaires, environnementales ... et des mesures freinant l'importation de produits venant de pays qui échappent à toute réglementation. La Chine par exemple consomme cinq fois plus d'énergie renouvelable par unité de PNB que l'Europe !

La fiscalité est entrée fortement dans le débat. D'abord celle pesant, ou ne pesant pas, sur les riches. Chacun y va de son petit couplet, et la surenchère des propositions doit siffler à l'oreille des nantis. La moins spectaculaire n'est pas celle de Nicolas Sarkozy, dont l'annonce d'hier revient à interdire l'exil fiscal, sauf à être déchu de la nationalité française.

Les grands groupes sont aussi très justement dans le collimateur. Avec les facilités du "bénéfice mondial", rien n'est plus facile pour eux que de localiser les bénéfices dans les pays à faible fiscalité, et de faire apparaître des pertes dans les autres, dont la France. TOTAL en est l'exemple caricatural et scandaleux, qui fanfaronne avec un bénéfice de 13 milliards d'euros, et un impôt sur les sociétés de 1 milliard cette année, mais nul les années précédentes. TOTAL étant présent à toutes les étapes du processus de production, de la recherche de gisements à la vente d'essences et produits pétroliers divers, en passant par le forage et le raffinage, le tout dans un grand nombre de pays et au travers de multiples sociétés localisées partout, y compris dans les paradis fiscaux, on comprend aisément que charges et produits soient affectés là où cela aboutira à l'imposition minimale. Tous les grands groupes industriels le font, les banques aussi, dont l'imposition en France n'a pas de rapport avec la largesse des dividendes distribués (avant la crise du moins). Là encore, c'est Nicolas Sarkozy qui est allé le plus loin, en évoquant une imposition sur le bénéfice mondialisé.

Que restera-t-il de tout ça?

promesse.jpgChirac et Sarkozy nous ont habitué à avoir un discours électoraliste très progressiste, ouvert aux plus modestes, et une pratique gouvernementale très éloignée des promesses.

On sait que les programmes politiques ne sont pas tant le fruit des convictions des candidats, que des réflexions de leurs conseils en communication, tous formés aux mêmes écoles de la république et des sociétés de conseil. Ceux-ci écoutent le pays et les préoccupations de leurs habitants, particuliers, entreprises de toute taille, professionnels, retraités, et établissent ensuite des programmes censés répondre aux besoin de tous. Et au bout du compte, l'écart n'est pas si grand entre les idées d'un Mélanchon ou d'un Sarkozy, doté de surcroît d'un culot qui lui permet de surenchérir sans peur sur n'importe quelle proposition du candidat de gauche.

La mise en pratique des idées lancées sera sans doute moins spectaculaire, quand certaines d'entre elles ne seront pas purement et simplement annulées.

Mais des prises de conscience salutaires ont eu lieu, qui resteront au coeur du débat des prochaines années parce que tout le monde sait, maintenant, que des réponses que la France et l'Europe pourront apporter dépend la survie de notre modèle social. Et que le modèle social de l'Europe, fruit de combats séculaires pour plus de justice et d'équité, est en avance sur celui des pays émergents.

Et que le sens de l'histoire doit être une évolution de la Chine et des autres vers un modèle social proche du notre, non la mise à bas par l'Europe de toutes ses mesures de protection à la seule fin de rester concurrentiel vis à vis de pays sans foi ni loi.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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