Photowatt, ou la faillite annoncée de la filière solaire française

Publié le 31 Mars 2011

A l'heure où le nucléaire pose question, le seul fabricant français maîtrisant la chaîne complète de fabrication de panneaux voltaïques licencie et délocalise.

 

En juin 2009, Nicolas Sarkozy annonçait un virage en faveur des énergies renouvelables, et affirmait lors de sa visite à l'INES, Institut National de l'Energie solaire, en Savoie, "là où on dépense un euro pour le nucléaire, on dépensera un euro pour les énergies propres" (le nucléaire ne serait donc pas propre?).

Et d'ajouter "nous allons prendre dans les énergies renouvelables un virage aussi important que le général de Gaulle pour le nucléaire dans les années 1960. Ce n'est pas l'un ou l'autre. C'est l'un et l'autre".


La filière solaire en difficulté.

En Février 2011, Photowatt, premier fabricant français de panneaux photovoltaïques, le seul maîtrisant la fabrication complète, annonce un plan social portant sur 331 personnes sur un effectif total de 670, dans la perspective d'une délocalisation d'une partie de la production en Pologne.

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Ce fleuron français, 12 ème mondial de sa spécialité il y a quelques années, n'occupe plus que le 72ème rang. La concurrence des pays d'Asie à bas coûts de production est mise en avant par la direction de l'entreprise et son actionnaire principal, le groupe canadien ATS.

On pourrait certainement ajouter un marché français atone, aux mains du monopole EDF qui décourage ceux qui seraient tentés de s'équiper, un encouragement des pouvoirs publics des plus discrets, inexistant même si on le compare à la prime à la casse, et une législation récente qui achève le mourant.

Cette affaire soulève plusieurs problèmes cruciaux :

- Les délocalisations ne portent plus seulement, comme on veut nous le faire croire, sur les tâches à faible valeur ajoutée. Les plates-formes téléphoniques, les services informatiques (maîtrise d'ouvrage et maîtrise d'oeuvre) sont maintenant l'objet de délocalisations en Inde, Tunisie, Maroc. Aujourd'hui un produit comme le panneau photo-voltaïque. Ne nous y trompons pas, avec le transfert des activités de production, c'est la technologie et le savoir-faire que l'on transfère aussi

- A l'heure où le nucléaire est remis en question, et qui plus est le tout nucléaire, il est désolant que le plus important fabricant français n'ait pu trouver en France ni les soutiens financiers nécessaires, ni une politique nationale à même de créer un marché domestique permettant d'asseoir une production rentable. Là comme ailleurs, Sarkozy n'est pas de Gaulle. L'article sur Lyon Webzine est édifiant, où l'on voit qu' ERDF se fiche de l'existence ou non d'une filière française, et que le récent moratoire suspendant pendant trois mois les aides de l'Etat envers le photovoltaïque a sans doute porté le coup fatal.

- L'entreprise, créée en 1979, a été rachetée 20 ans après par le canadien ATS. Tant mieux pour l' actionnaire qui a dû toucher le pactole. Mais comme trop souvent, la vente d'une PME à un Groupe, à plus forte raison étranger, signe le début de la fin. L'article sus-mentionné évoque le pillage de technologie par ATS, qui  cherche depuis plusieurs mois à vendre PHOTOWATT. De là à penser que les licenciements ont pour finalité de rendre la promise plus belle, il n'y a qu'un pas que d'aucuns ont franchi.

Plutôt que de distribuer aux français des hochets pour tenter de les détourner de leurs vraies préoccupations, les pouvoirs feraient mieux de se pencher, autrement que par des discours de camelot, sur les problèmes industriels de la France. L'industrie a perdu 20% de ses emplois ces dernières années. En agravant le mouvement par les transferts du savoir-faire, la France signe son arrêt-de-mort

Pendant ce temps-là, l'UMP se déchire sur l'intérêt on non d'un débat sur la laïcité !!!


photowatt--copie-1.JPGusine PHOTOWATT

lire l'intéressant article sur Lyon Webzine

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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