vous avez dit "crise" ?

Publié le 12 Septembre 2011

Les marchés financiers n'en finissent pas de dégringoler.

L'indice Cac 40 en France est à peine égal à 40% de son record historique d'il y a presque dix ans. Surtout les valeurs bancaires sont massacrées, et leur valeur boursière représente moins que la moitié de leur actif net comptable. Du jamais vu !

Pas grave diront ceux qui n'ont pas les économies suffisantes pour des placements boursiers, ou ceux, prudents ou néophytes, qui ont préféré investir leur épargne dans des supports moins aléatoires.

Mais la chute des bourses n'est pas sans signification et sans conséquence.

crise.jpgUn des effets sera le ralentissement de la croissance, déjà bien entamé, et cause de la défiance des marchés.

C'est la spirale baissière. Le réflexe naturel de tout épargnant est de reconstituer son épargne quand celle-ci diminue. Les détenteurs de valeurs mobilières réduiront leurs dépenses de consommation et d'investissement. Combien de projets immobiliers ont été ou vont être suspendus en raison de la chute des actions ?

Surtout, il y a derrière cette chute des marchés une perte totale de confiance dans la solidité des économies, et la capacité des décideurs à faire face à la crise. On sait que la confiance est une variable clé en économie, génératrice, quand elle est là, d'aveuglement et de bulles, et quand elle s'enfuit, de peur et de chutes vertigineuses.

Après des années d'autisme, où on a refusé de voir les conséquences négatives pour les économies de l'ouest de la mondialisation, cause majeure de la désindustrialisation et cause de notre incapacité à créer des emplois, et après les illusions qu'une Europe élargie résoudrait tous les problèmes parce qu'un euro fort fortifierait les pays, oubliant que la valeur de la monnaie est une conséquence, non une cause, voilà venu le temps des réalités.

Taux de chômage à 10% et au-dessus, sans espoir d'amélioration, endettements abyssaux, égaux ou supérieurs au PNB annuel, déficits budgétaires du double, et plus, de la règle dite d'or, les marchés ont peur, et ne croient plus les dirigeants dans leur volonté et capacité d'action.

Car combler les déficits budgétaires, c'est augmenter les recettes fiscales, directes et indirectes. Et c'est réduire les dépenses : moins de fonctionnaires, moins de dépenses sociales de redistribution, moins d'investissements, moins de subventions. C'est la remise en cause de l' Etat providence. Mais c'est aussi entraîner un impact négatif sur la croissance. Cette même croissance qui par son insuffisance est la cause de millions de chômeurs, et qui fait baisser les marchés financiers.

La faillite de la Grèce, scénario le plus probable.

La conséquence directe sera pour les banques européennes, qui, tout naturellement, ont prêté à la Grèce, via l'Etat, les banques, ou les entreprises. Ce sont des milliards que les banques devront passer en pertes et profits. En Grèce, les mesures nécessaires ne seront pas prises, parce que les freins culturels s'y opposent, et parce que la population refuse les conséquences désastreuses pour elle-même du plan d'austérité.

Le deuxième risque est l'éclatement de la zone euro. Les marchés ne croient plus en la zone euro, perçue comme une vaste zone de libre-échange, sans politique commune, ni même concertée, en matière économique, budgétaire, fiscale, sociale. Dumping social, chômage, paradis fiscaux, la zone euro ressemble plus à "la zone" qu'à un Etat. Les marchés découvrent que créer la monnaie unique, c'était mettre la charrue avant les boeufs.

Il faut se souvenir des déclarations enthousiastes et naïves de la fin des années 90. Qui voulaient faire croire que des siècles de calme et de prospérité étaient promis par la monnaie unique. C'était oublier Fernand Braudel. Certains économistes, notamment américains, avaient tenté de rappeler les réalités fondamentales. Mais il est des périodes d'euphorie où il est vain de tenter de faire entendre raison. Ce n'est pas elle qui gouverne le monde!

Une zone européenne autour d'un Etat fédéral.

La crise va s'accentuer, les États ne sont pas arrivés à sauver la Grèce, ils ne parviendront pas à sauver des États plus grands. La France est exsangue, les allemands ne veulent plus être les banquiers de l'Europe parce qu'ils en sont les bons élèves. Aucune chance de sauver l'Italie, si c'est elle qui demain est dans le collimateur des marchés.

Et si on revenait au point de départ ? Une petite Europe des six ou sept, solidaire, culturellement proche. Mais qui s'orienterait vers un fédéralisme à l'américaine, avec une politique étrangère commune, des dispositifs fiscaux harmonisés, une politique budgétaire unique.

Et si c'était pour refuser l'obstacle de la création de ce vrai Etat européen, que l'on avait fui vers cette vaste Union européenne, qui aujourd'hui pose plus de problèmes qu'elle n'en résout ?

Pourquoi ne pas imaginer une Europe à deux vitesses, avec un Etat fédéral moteur et éclaireur, autour duquel graviterait l'UE, dans une vaste zone de libre-échange organisé? Et qui pourrait s'agrandir au fil du temps, à la condition que le nouveau venu en accepte les conditions, à savoir une perte de souveraineté .

La France est en campagne électorale. Les candidats se bousculent. Les petites phrases tueuses virevoltent, les boules puantes sont lancées, mais les diagnostics et propositions sont absents.

Comme si rien ne se passait. Comme si la crise actuelle se réduisait à une baisse passagère de la Bourse, impactant seulement les riches.

Les marchés ont peut-être raison de douter ...

crise-.jpg

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

Repost 0
Commenter cet article