vivre en France

Publié le 27 Juillet 2012

Le volcan Montebourg a accouché d'une pierre ponce.

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Quelques euros seront apportés aux constructeurs auto pour développer les modèles à énergie nouvelle, et basta.

Pouvait-il en être autrement?

Il est une chose de gesticuler et invectiver, il en est une autre de faire le bon constat de la réalité et de proposer des mesures réalistes.

PSA était le bon élève de la classe sur le plan de la présence industrielle en France, bien meilleur que Renault qui, malgré la présence de l'Etat actionnaire, a délocalisé depuis bien longtemps la plus grande part de sa production.

Alors que le marché français est en constante perte de vitesse, et que les automobilistes français, qui plus est, se détournent depuis des décennies des modèles nationaux, comment imaginer qu'un constructeur français puisse, sauf s'il veut se suicider, continuer à produire en France des modèles destinés à alimenter des marchés à plus faible pouvoir d'achat ?

Donc le site d'Aulnay fermera, ceux de Rennes et Mulhouse régresseront, et dans quelques années, la production auto en France aura totalement disparu, sauf celle des ... Toyota!

Parallèlement Air France et Alcatel annoncent la suppression de milliers d'emplois, pas seulement en France; les banques sont dans un processus fort d'allègement des effectifs dans la banque d'investissement, plans sociaux à la clé, et la banque de détail, plombée par le coût des réseaux dits en dur, et à la croissance limitée par un marché saturé et risqué, s'oriente vers une baisse lente et régulière de ses effectifs.

Jusqu'à la région IDF, qui est sur le point, dit-on, de délocaliser un centre d'appel au Maroc !!

80 personnes seraient concernées, localisées sur deux sites, et qui renseignent les bénéficiaires du RSA sur leurs droits au transport en IDF. La raison? Le coût d'un salarié en centre d'appel en France est de 28€ de l'heure, contre 14€ au Maroc. Telle est la réalité économique.

Comme la presse s'est emparée du sujet alors que la décision finale était attendue pour la semaine prochaine, peut-être que la gouvernance socialiste de la Région va reculer. Mais elle est symptomatique de l'état d'esprit de tout décideur économique français aujourd'hui.

Changer de business model?

C'est ce que proposent un certain nombre de managers d'entreprises ou d'hommes politiques, qui rêvent de mettre à bas le modèle social français, au profit d'un marché du travail totalement flexible, qui ne serait limité ni par un smic ni par des freins au licenciement. Payer moins pour licencier plus.

maruti.jpgEst-ce le modèle indien qui les tente ?

L'usine Maruti Suzuki, près de New-Delhi, assemble plus de 500 000 véhicules par an. Les ouvriers travaillent 8 à 12 heures par jour, six jours par semaine. La pause déjeuner de 30' suffit à faire la queue à la cantine, située à 500 m, et de manger sur le chemin du retour. Le salaire moyen mensuel est de 150€,  270€ maxi avec les primes. La moitié des salariés sont intérimaires, pour une flexibilité maximum. Eux ne gagnent que la moitié du salaire du salarié maison! Les conflits sont nombreux pour augmenter les salaires et intégrer les intérimaires.

La tension née de ce traitement inhumain est si forte que la semaine dernière un conflit, au départ anodin, a dégénéré en massacre. Des centaines d'ouvriers s'en sont pris aux managers de l'entreprise, en blessant une centaine, tuant le DRH, dont le corps a été retrouvé calciné, après qu'une partie de l'usine a été ravagée par les flammes.

Est-cela que les beaux messieurs qui se hérissent contre notre modèle social souhaitent pour la France? Mais attention qu'on n'y aille pas tout discrètement, par l'augmentation des CDD au détriment des CDI, par le blocage des salaires du plus grand nombre et la poursuite de l'accroissement des inégalités.

Il est évident qu' aucun constructeur européen ne peut vendre des véhicules grand-public en Inde si elles sont made in France or Germany.

Mais n'est-il pas choquant que l'Europe et son modèle social soient remis en cause par un modèle qui était le sien il y a un siècle et demi, au début de l'ère industrielle?

L'Inde, la Chine et les autres doivent pouvoir se développer. Ils traverseront les phases de développement que l'Europe a connues, et les droits des salariés seront progressivement pris en compte, comme cela a été le cas en Europe.

Mais d'ici là?

Si on ne fait rien, et si on laisse faire le libre jeu de la concurrence, n'est-ce pas toute l'industrie européenne qui sera balayée, allemande y comprise ?

Les constructeurs automobiles chinois commencent à attaquer les marchés occidentaux. D'abord les EU, ensuite l'Europe. L'Inde fera de même. Quand toute la production française aura été délocalisée, c'est le marketing et la finance qui suivront, c'est déjà commencé, et les services de recherche-développement. L'innovation aura quitté l'Europe, signant son arrêt de mort.

Que faire?

Les réponses sont à inventer.

Les règles du jeu capitaliste sont certainement à modifier. Mais un Etat ne peut le faire seul, sauf à condamner ses entreprises.

Le principe de libre concurrence doit être adapté, comme il l'est, à la marge, quand il met en cause le traitement fait aux enfants. Le système monétaire international doit être revu, afin que certains pays, comme la Chine, ne maintiennent pas  le cours de leur monnaie à un niveau artificiellement bas, dans le but de doper les exportations.

Le profit comptable ne doit plus être le seul critère de décision. Mais l'intérêt collectif doit être replacé en tant que valeur fondamentale. L'intérêt collectif du pays est le maintien en France des 80 emplois du centre d'appel, même si sa délocalisation au Maroc ferait économiser quelques sous à la Région.

L'intérêt collectif est le maintien des emplois en France. Avec un chômage qui augmente inexorablement (14 mois de hausse consécutifs), c'est le pouvoir d'achat global de la France qui recule. Et qui entraîne la récession, et le chômage. Nous sommes entrés dans un "processus cumulatif de régression", qui peut mener au pire.

Maintenir l'emploi en France a un coût. Qu'il faut que tous, État, patrons, salariés, consommateurs, soient prêts à payer. C'est la condition, non seulement de préserver notre modèle social, mais d'offrir à nos enfant la possibilité de vivre en France si tel est leur choix.

 

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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