un trader presqu'ordinaire

Publié le 17 Septembre 2011

ubs'Le nouveau Kerviel est arrivé. 

Il se nomme Kweku Adoboli, il est trader chez UBS, à la City.

Il a fait perdre à son entreprise la coquette somme de 2 milliards de dollars. Discrète comme seule sait l'être une banque suisse, quatre lignes pour annoncer la nouvelle!

D'origine ghanéenne, Kweku a été élevé par un papa fonctionnaire de l'ONU. Il a baroudé de par le monde, recevant une éducation internationale.

Pour sa réussite, on lui paye les meilleures études. Un collège privé réputé en Angleterre, l'Université de Nottingham ensuite, pour un diplôme d'e-commerce et d'économie numérique. Pour intégrer l'UBS en 2006, comme stagiaire.

Il deviendra trader.

Comme son maître Jérôme, il intègre la plate-forme delta-one, qui traite des produits dérivés actions (les ETF - extra trade funds, pour les gourmands). C'est quoi ? Personne ne sait trop, sauf qu'on peut gagner autant d'argent qu'on peut en perdre. Et on peut en gagner beaucoup. Les dérivés actions, c'est aux actions ce que sont au foot les T-shirts à l'effigie d'Aulas vendus par l'OL.

En tous cas, ça marche pour Kweku. 300 000 livres de revenu annuel, un appartement au coeur de Londres à 1000 euros la semaine. A 31 ans, on a vu galère plus rude.

Et gentil avec ça. Souriant, bien poli, disant bonjour et parlant à tout le monde. Pas regardant, quoi! Sympathique à tous, pourrait-on dire. Comme JK, je vous dis. Aussi, il aime bien vivre, apprécie le bon vin, fait des fêtes chez lui pour ses amis. Avec des DJ's et tout le tralala. Même que si un voisin se plaint du bruit, il lui fait livrer le lendemain une bouteille de champagne en dédommagement.

Pourtant Kweku est en prison. Il a pété les plombs. Il s'est fait prendre les doigts, que dis-je, la main, le bras, dans le pot de confiture de la spéculation. Il a pris des positions, mais manque de chance, pas dans le bon sens. Pas le bon sens qui était près de chez nous, il y a bien longtemps de cela ! non, celui de la hausse ou de la baisse des cours. Alors pour se refaire, il a augmenté la mise. Comme au casino. Surtout ne pas en parler au supérieur, mauvais pour l'image, la carrière, le bonus. Mais la boule ne veut rien savoir, le bon sens ne revient pas. Et plus on perd, plus on mise. Jusqu'à combien?

Jusqu'à ce qu'il sache qu'il est foutu, qu'il ne se refera pas. Kweku a compris au bout de 2 milliards, il en aura fallu 4,5 à JK. "J'ai besoin d'un miracle", écrit Kweku sur l'incontournable Facebook.

Seulement,  Londres n'est pas Lourdes.

Et maintenant ? Direction la prison, sans passer par la case départ, et sans toucher les intemporels 20000 francs (suisses). Cauchemars et regrets l'attendent, à défaut de remords. Ah! s'il avait pu s'arrêter à temps, parler! 

Et après ? clodo ? scénariste de son histoire pour le cinéma ? acteur ? humanitaire au Ghana, comme ce trader repenti qui s'est fait moine? starguess à la starac?

Un sale coup pour les banques.

En attendant, la banque d'investissement occupe de nouveau le devant de la scène. Pour un spectacle qui mériterait une bonne volée d'oeufs pourris.

L'Etat suisse a sauvé UBS il y a deux ans, prise comme d'autres dans des opérations aventureuses. Et deux ans après, on prend les mêmes et on recommence !!

Pour diminuer ses coûts de 2 milliards (USD, CHF, euros, peu importe), la grande banque helvète avait annoncé la suppression de 3500 emplois. Va-t-il en falloir autant pour compenser la perte du nième trader fou ?

Les banques sont dans la tourmente, leur image est au plus bas, dans l'opinion et chez les clients, on parle d'aides de l'Etat voire de nationalisations si le risque-pays sur de grands états européens devait s'agraver. On comprend que le citoyen ait mauvaise grâce à ce que ses impôts soient utilisés à soutenir des institutions bancaires aux activités si louches.

Les marchés, qu'on peut contester, mais il faut bien faire avec, et les banques en sont un des acteurs essentiels, ont perdu confiance dans la banque, s'interrogent sur ces opérations complexes et obscures, de même que sur la véracité des comptes. L'éclaircie qui s'était fait jour risque de n'être qu'un feu de paille.

C'est toute une profession qui est mise à mal et discréditée par des affaires de ce genre. Et s'il fallait un jour aider les banques à passer un cap difficile en raison du défaut, toujours possible, de grands pays, alors sûr que beaucoup y rechigneraient. Au grand dam de la collectivité.

 

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

Repost 0
Commenter cet article