un accord, oui mais ...

Publié le 27 Octobre 2011

L'accord de Bruxelles évite le pire. Le plus dur reste à venir.

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Un accord a été trouvé à Bruxelles, au terme d'une nuit marathon digne du plus beau temps des années 60.

On ne va pas faire la fine bouche, il permet d'éviter le pire. On efface la moitié de la dette grecque, et on recapitalise les banques, de gré ou de force, avec des capitaux publics ou privés. Les moyens financiers du FESF seront portés à 1000 milliards d'euros, et on fera appel au FMI et aux pays émergents (Chine et Brésil!). Un petit pas vers un peu plus de gouvernance européenne est franchi, avec un droit de surveillance des mauvais élèves.

Il reste que cette crise amène à au moins deux réflexions.

La première est celle de l'effet conjoint de la dictature des marchés ajoutée à l'hyper médiatisation.

Dans Le Monde d'hier, VGE explique qu'on a exagéré la gravité de la crise". La preuve? L'euro reste fort, malgré la crise, bien supérieur à sa parité de départ par rapport au dollar. Il n'y va pas avec le dos de la cuiller, VGE : Donc, dans toute cette affaire, je suis frappé par le fait que (la crise) est traitée  dans l'agitation et avec un niveau de compétence relativement faible. Quant aux politiques, ils disent toujours que l'heure est grave, parce que, si cela va mal, ils l'auront annoncé, et si cela tourne bien, ils auront le mérite d'avoir résolu les problèmes".Il sait sans doute de quoi il parle !

La prise de conscience tardive de la part des agences de notation et du marché de la situation d'endettement et de déficits de certains États a entraîné un véritable tsunami, qui a eu pour effet de faire plonger les bourses, de faire douter de la capacité des banques à supporter d'éventuels défauts de paiement de la part de pays européens, d'apeurer  ces mêmes banques au point qu'elles refusent de se prêter entre elles, provoquant une crise de liquidités que leur situation financière réelle ne justifie pas. 

On voit que le marché, avec la violence de ses réactions anticipatrices et panurgiennes, est la première cause de risque systémique, avec les agences de notation pour allumer la mèche.

Dans la crise qui nous occupe, les dirigeants européens ont obéi au marché. Ils ont fait ce que le marché attendait. Mais si les plans d'acttion et résultats  déçoivent, tout repartira.

Certains commentateurs l'ont compris, et proclament qu'il faut avoir le culot de ne pas céder aux pressions du marché. Ainsi Pierre Larrouturou dans un article paru dans Le Monde daté de mardi dernier. Et de rappeler Roosevelt, qui a su résoudre la crise de 29, en ne cédant ni aux banques ni au marché. Les temps ont changé, mais il reste qu'il faut que la monde, à travers le G20, trouve les moyens de limiter la pression du marché et des spéculations. La question de la notation est un des points à mettre rapidement à l'ordre du jour.

La deuxième est qu' on a calmé l'incendie, mais pas éteint le feu.

On a calmé le marché qui s'inquiétait de la faillite de la Grèce et d'autres États. On lui a lancé le signe clair que l'Europe de la zone euro est une et indivisible, et qu'elle paiera pour les canards boiteux.

Le problème est que les canards boiteux sont une espèce en voie d'augmentation, et qu'il n'y a guère qu'un seul bon élève, l'Allemagne.

Si toutes les mesures annoncées à Bruxelles sont bonnes, elles apaisent le marché, mais ne résolvent en rien les problèmes qui ont fait que la situation de la plupart des pays européens s'est dégradée à ce point.

On s'est attaqué aux effets, il faut maintenant s'attacher aux causes.

Or la cause, c'est la perte dramatique de compétitivité de l'Europe, qui ferme les perspectives de croissance, et tue ses industries et ses emplois.

Des réflexions de fond doivent être menées :

- sur la pertinence d'une monnaie unique entre des pays aux économies divergentes,

- sur la nécessité d'une vraie gouvernance européenne, qui ne soit pas en action seulement dans les situations de crise,

- sur le choix d'un euro fort, qui a causé la mort de nombre d'entreprises qui se trouvent confrontées à des pays à bas coûts de main d'oeuvre, 

- sur la mise en oeuvre d'un peu de protectionnisme pour protéger nos emplois, en désacralisant le dogme de la libre concurrence, notamment vis à vis des pays qui maintiennent artificiellement leur monnaie à un bas niveau, en introduisant aussi dans les comportements un peu de préférence nationale,

- sur la mise en place d'une politique industrielle et de recherche développement, de préférence au niveau européen,

- sur les incitations tendant au maintien de l'emploi en France et en Europe,

- sur les moyens de réduire la pression du marché et de la spéculation, avec ses effets dévastateurs sur l'économie dite réelle.

Au moment où on publie le succès de Bruxelles, deux annonces révélatrices de l'état de nos économies :

- Le nombre de demandeurs d'emploi sans activité a progressé en France de 0,9% en septembre. En comptant les demandeurs d'emploi exerçant une activité réduite, le chômage en France a augmenté de 0,7 %, pour atteindre 4,175 millions de personnes (AFP). Ce n'est pas de l'accroissement du nombre de chômeurs que proviendra la croissance.

- PSA pourrait supprimer 6800 postes salariés (plus sous-traitants) en Europe.

L'Europe aurait tort de croire que les accords de Bruxelles ont tout résolu, et de se laisser gagner par l'euphorie, à l'instar de la Bourse de Paris, ce jeudi matin, où les spéculateurs qui ont fait la chute et qui ont parié sur un accord s'en mettent plein les poches. 

A défaut, une prochaine crise arrivera, encore plus grave, et les mille milliards du FESF ne suffiront pas.

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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