"Tous ruinés dans dix ans ?" par Jacques Attali

Publié le 13 Juin 2011

attali-ruinese.JPGUn livre d'économie de Jacques Attali. Pour nous alerter. Nous alarmer, même.

Le sujet ? L'endettement de la France et des pays occidentaux. Car depuis quelques années, les emprunteurs sont à l'ouest, les prêteurs sont en Asie.

La dette publique a atteint des montants jamais égalés, sauf en situation de guerre, représentant de 80% du PIB pour les moins mauvais, à 140% pour les plus mauvais élèves. C'est l'avenir que l'on condamne, en transférant sur les générations futures la charge du remboursement. Si celle-ci représente autour de 20% des recettes fiscales du pays, elle exploserait si les taux d'intérêt, exceptionnellement bas, se mettaient à monter. C'est une terrible menace pour nos démocraties.

Si on appliquait aux Etats les règles d'analyse financière des entreprises, aucun prêteur ne s'engagerait avec eux. Autant dire que la confiance portée actuellement envers l'Occident est fragile, et qu'il ne faudrait pas grand-chose pour qu'elle fonde tout à fait. L'Argentine avait des meilleurs ratios que l'Europe quand les marchés ont perdu confiance, générant la très grave crise que l'on sait.

Dans ces conditions, la ruine de l'Occident tout entier est, pour Attali, un scénario crédible, aussi peu attendu que le fut en son temps la chute de Venise, Gènes, ou Madrid.

Comment s'en sortir ?

Huit moyens sont présentés par l'auteur, et vraisemblablement c'est un cocktail qui devra être utilisé.

La baisse des taux d'intérêt, mais le niveau est déjà très bas; l'inflation, mais qui est difficile à déclencher et qui ruinerait les classes moyennes; la guerre, pas souhaitable évidemment; un moratoire, qui mettrait à mal les épargnants, et attaquerait la confiance; un organisme à créer, européen par exemple, capable de payer à notre place; la baisse des dépenses, difficile en période électorale, et toujours impopulaire; la hausse des impôts; la croissance.

La zone euro est menacée si on ne procède pas à la création dans les années qui viennent d'un Ministère des Finances européen, comprenant un Trésor européen, qui aurait en charge la gestion de la dette européenne, au lieu et place des États.

Un plan de catastrophe.

En attendant, ce n'est pas un plan de rigueur qu'il faut à la France, mais un plan de catastrophe. Sinon, le choix qui restera au prochain président de la république sera entre l'austérité ou demander un moratoire sur la dette !


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Le livre est paru en mai 2010. Depuis, le défaut menace la Grèce et l'Espagne. L'Italie et la Belgique sont cités comme les prochaines victimes. Viendra ensuite la France.

Jacques Attali a raison d'alarmer sur l'importance de la dette. Aucune personne, qu'elle soit publique ou privée, ne peut survivre à partir d'un certain niveau d'endettement. Le défaut existe aussi pour les Etats, la France l'a connu huit fois dans son histoire, et cela a toujours des conséquences financières et sociales dramatiques.

Ce que Jacques Attali ne développe pas suffisamment à mon sens, c'est pourquoi l'Europe en est arrivée là. De même que la crise des surprimes est une conséquence d'un recours à l'endettement des personnes privées pour palier l'insuffisante progression des salaires, de même les États augmentent-ils le recours à l'endettement en raison de la faiblesse de la croissance, et donc de la faible progression des revenus fiscaux. Le recours à l'endettement vient compenser l'insuffisante progression des ressources, face à des dépenses qui sont structurellement en progression.

Deux questions que Jacques Attali ne pose pas dans le livre.

- Dans cette économie mondialisée et financiarisée, quelle est la chance pour l'Occident de retrouver une compétitivité qui lui permette de continuer à produire et vendre ses biens et services pour avoir une croissance suffisante ? La théorie économique présentait l'innovation comme le salut pour l'occident. Or aujourd'hui, nous vendons le savoir-faire et la technologie. Si bien que la capacité d'innovation est de plus en plus en Asie, sonnant le déclin définitif de l'Occident.

-  Si la croissance est le salut, elle est aussi cause de mort. Comment envisager que demain 20 milliards d'êtres humains vivent selon le mode de vie de l'Occident ? La planète pourra-t-elle résister, tant en terme de disponibilité de ressources naturelles, que de destruction de l'environnement qu'elle implique ?

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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