Tchernobyl

Publié le 27 Avril 2012

Tchernobyl, 26 ans après.

En même temps que paraît le beau film "La terre outragée", va commencer un gigantesque chantier,

doubler le sarcophage dans lequel la centrale est enfouie.

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On sait bien que la radioactivité mettra des siècles à s'éteindre. Et le premier sarcophage bâti dans la foulée de la catastrophe a fait son temps. On le savait aussi.

Car des radiations s'échappent aujourd'hui du sarcophage de béton construit à la hâte par les Russes, et aujourd'hui dégradé : on estime à 150 mètres carrés les espaces à ciel ouvert !

C'est à Vinci et Bouygues qu' a été dévolu ce gigantesque chantier, dont le contrat a été signé en 2007, et qui d'ores et déjà a pris trois ans de retard. Son coût a aussi dérapé: de 930 millions d'euros initialement, on en est actuellement à 1,54 milliard d'euros.

Il faut dire que la couverture du réacteur n°4 de la centrale est un chantier d'une complexité infinie, et unique au monde.

tchernobyl.jpgPour confiner les radiations qui s'échappent, les ingénieurs ont imaginé tout simplement la plus grande arche jamais construite au monde. Haute de 108 mètres (la statue de la Liberté pourrait y tenir debout), longue de 162 mètres, dotée d'une double peau de douze mètres d'épaisseur, elle doit empêcher la radioactivité de s'échapper pendant au moins un siècle : c'est la durée garantie dans le contrat.

Pour la conception du bâtiment, un million d'heures d'ingéniérie a été nécessaire ! Il a fallu prendre en compte tous les aléas possibles : effet des radiations sur les matériaux, risques de séisme,  corrosion des parties métalliques... Ce que les spécialistes craignent le plus, c'est l'incendie. La structure a été conçue pour résister à une température de 700 degrés. Un feu dans une cage d'escalier peut atteindre 1 200 degrés mais les experts assurent que, sous l'arche, très vaste, de telles températures ne peuvent être atteintes.

Autre difficulté : l'assemblage de l'arche aura lieu à 300 mètres de la centrale. L'arche sera poussé ensuite sur des rails pour venir coiffer le réacteur.

Pour assurer une sécurité acceptable aux ouvriers du chantier, il a fallu décontaminer 9,5 hectares en coulant 25000 m3 de béton sur 30cm d'épaisseur afin d'empêcher toute émission de radioactivité depuis le sol. Une opération qui a duré un an et demi : 55 000 mètres cubes de matières contaminées, " des poutrelles métalliques tordues, des morceaux de grues, de la ferraille en pagaille ", et 135 000 mètres cubes de matériaux propres ont été déblayés sur quatre mètres de hauteur.

Cela doit permettre aux 1200 ouvriers et aux 150 expatriés français qui travaillent sur le site de le faire dans des conditions de sécurité jugées"standard" par Bouygues et Vinci.

Enfin, presque : les ouvriers qui ont posé les fondations de l'arche autour de la centrale ont dû travailler à l'abri d'écrans en béton et en plomb. Et chaque salarié doit garder un dosimètre individuel autour du cou, pour mesurer son exposition aux radiations. Dès qu'un ouvrier atteint 60 % des doses admissibles, il doit quitter le chantier.

Le démantèlement

Restera ensuite à démanteler la centrale. Plusieurs centaines de tonnes de déchets radioactifs se trouvent en effet encore sous les décombres du réacteur n° 4.

Mais ceci est une autre histoire, hors du contrat, à charge des ukrainiens.

Tchernobyl n'a pas fini de faire des dégâts. On ne nous dira jamais combien de gaz radioactif s'est échappé, et s'échappe encore du réacteur. 

La radioactivité a le charme, outre de ne pas oser franchir le Rhin, d'être sans couleur et sans odeur. Mais au-delà de la satisfaction que cela peut apporter aux services de communication officiels, nos responsables en tous genres, et la population, doivent instamment réfléchir aux conséquences de ces centrales explosives, aux risques potentiels incommensurables et non gérables.

Et qu'on ne dise pas que l'Ukraine c'est loin, et que ce qu'ont fait les communistes, l'occident ne le fera pas. Nos centrales sont anciennes, on proroge déjà leur durée de vie initiale de 30 ans pour laquelle elles ont été construites. Et qu'on n'oublie pas Fukushima, qu'on a déjà jeté en France dans la poubelle de l'histoire.

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site sur Tchernobyl

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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