révolutions

Publié le 13 Février 2011

A qui le tour ?

Hier la Tunisie, aujourd'hui l'Egypte.

Et demain ? l'Algérie? le Maroc ? des états africains ? mais aussi la Chine ? l'Iran ?

Des deux renversements de régime, quelques points communs:

- des manifestations populaires, au départ pour des raisons économiques - emploi, coût de la vie - , qui dégénèrent par endroits avec mort de manifestants, suicides sacrificiels

- une position de neutralité de l'armée, qui annonce clairement qu’elle ne tirera pas sur le peuple, quand elle ne prend pas franchement parti pour lui.

 

Un régime autoritaire nait souvent de la volonté populaire. Besoin d'ordre après des périodes de trouble et d'incertitude, besoin d'un projet, d'une ambition, qu'on peut croire incarnée par un despote charismatique. Ensuite, il a besoin des forces de l'ordre, police et armée, pour se maintenir.

 

La volonté populaire ne soutenait plus les deux régimes. Ou si elle les soutenait encore, l'absence de démocratie et de libertés l'a empêché de s'exprimer. Si jamais il existait une majorité en Egypte pour le maintien de Moubarak - peur du changement, du désordre, des Frères musulmans - elle n'a pas pu s'exprimer, et pour Moubarak et le monde entier, c'est toute l'Egypte qui veut son départ. C'est le retour de bâton du despotisme.

L'armée dans les deux pays a lâché le régime. Pas trop étonnant en Tunisie où l'armée n'a jamais eu de rôle politique. Plus inattendu en Egypte, où l'armée de tout temps a un rôle privilégié, et l'a du reste toujours. C'est elle qui a reçu mission de faire la transition vers la démocratie et d'organiser des élections, annoncées pour le mois de septembre.

Dans les deux cas, la désapprobation du peuple et la défection de l'armée n’ont pas offert d’autre issue aux gouvernants que le départ.

C'est un changement formidable, parce qu'il confirme que la liberté est un besoin fondamental, et que l'absence de liberté est insupportable à partir d'un certain de niveau de développement. Or si on regarde la situation politique des états dans le monde, la démocratie est plutôt marginale par rapport aux régimes autoritaires. C'est donc une grande partie du monde qui demain pourrait voir ses dirigeants forcés à partir. Tous les Etats du Proche-Orient sont concernés. La Syrie et la Lybie, dépendantes de l'Armée, mais aussi l'Arabie saoudite, les émirats. Ces derniers ont acheté le calme des citoyens en versant à tous une somme rondelette. Mais les émirs ne représentent pas l'avenir.

Il faut donc s'attendre dans les mois et années qui viennent à des bouleversements politiques.

 

Le renversement des autorités en place est une étape indispensable, mais ne gage pas de la suite. Il y a encore du chemin avant la mise en place d'une véritable démocratie, comprenant une constitution, des élections, des partis politiques acceptant les règles du jeu. De nouveaux régimes autoritaires peuvent pendre la suite.

L'armée a toujours le pouvoir en Egypte.

Au Proche-Orient, des partis islamistes, discrets jusqu'à présent, peuvent profiter de situations de trouble, d'incertitude, de déceptions, pour  apparaître comme un recours au désordre et s'emparer du pouvoir. C'est d'autant plus vrai dans ces pays de culture et de traditions, où le système capitaliste par les inégalités, injustices, corruption qu'il a engendrées, a généré une perte d'identité, encore plus sensible chez tous ceux, les plus nombreux, qui n'ont pas profité de l'expansion. L'islam est alors perçu comme le retour aux sources, à la pureté originelle et protectrice.

L'exemple de l'Iran ne doit pas être oublié. Le capitalisme brutal du régime du Shah a été rejeté par une partie du peuple iranien. La fuite dans un islamisme dur a été perçue comme le retour aux valeurs traditionnelles et le rejet du modèle occidental de développement.

 

Après la révolution, surviennent la joie et l'espoir. Tout peut ensuite arriver, une évolution tranquille vers la démocratie, comme les pires désordres, qui pourront être mis à profit par un homme ou un parti pour s’imposer, soutenu par une population aspirant à un retour à l’ordre. En France, la démocratie a mis un siècle pour s'installer après la révolution. Il aura fallu entre temps la Terreur, l’Empire, trois rois, et trois révolutions.

 

 

 

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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