quel avenir pour la zone euro ?

Publié le 22 Octobre 2011

Les objectifs de prospérité et de stabilité promis par l'euro ne sont pas atteints. Quel avenir pour l'euro?

Dix ans après sa mise en place, le bilan de l'euro et de sa zone est pour le moins mitigé. Aux oubliettes les grandes envolées de 1999, annonciatrices d'une prospérité infinie pour l'Europe, de la stabilité de la monnaie, d'un euro fort qui soit une alternative au dollar.

Un bilan mitigé

zone_euroR.jpgLa zone euro n'est qu'un patchwork de pays aux niveaux de développement, culture, fiscalités, motivations hétérogènes, et où le nationalisme reste l'idéologie dominante.

Les indicateurs de Maastricht qui ont été institués pour garantir la bonne gestion des économies ne sont respectés que par une toute petite minorité - voir article pourquoi la France est mal notée -, les déficits et l'endettement sont la règle, les pays européens sont décotés les uns après les autres. La faillite des mauvais élèves risque d'entraîner celle des suivants.

On commence à lire un peu partout que la zone euro souffre d'une erreur de conception au départ. C'est évidemment vrai, sauf que personne à l'époque n'a voulu le voir ou l'entendre. Les quelques économistes américains qui ont dit qu'on mettait la charrue avant les boeufs ont crié dans le désert. Il est un temps pour la foi du charbonnier, un autre pour le bon sens.

Vers une autre zone euro ?

Dans Le Monde du 22 octobre, Christian Saint-Etienne* a exprimé un point de vue intéressant, dans le sens de celui que j'ai exprimé ici. Il propose que les neuf pays les plus riches et culturellement les plus proches s'isolent au sein de la zone euro : les quatre pays autour de l'Allemagne (PB, Autriche, Belgique, Luxembourg) et les quatre pays du sud de l'Europe (France, Italie, Espagne, Portugal). Ces neuf pays représentent 92% du Pib de la zone euro.

Ils quitteraient la zone euro, en s'engageant à respecter trois séries d'engagements:

1. instaurer des minima sociaux et fiscaux entre eux (IS, IR ...)

2. interdire les déficits structurels supérieurs à 1% du Pib sous certaines conditions

3. mettre en place un budget commun à la zone, qui atteindrait 3% du Pib, pour financer les infrastructures, la R&D, et la mise en place d'un tissu d'Universités fédérales.

Cette zone euro des 9 s'apprécierait par rapport à celle des autres États, facilitant ainsi le remboursement de la dette grecque.

Cette nouvelle fédération monétaire et budgétaire deviendrait la deuxième puissance économique du monde.

C'est indubitablement l'axe de réflexion des prochaines années. Sans aller jusqu'à l'éclatement de la zone actuelle, on doit pouvoir au moins imaginer une zone euro à deux vitesses :

- un noyau dur, avec au coeur, au moins l'Allemagne, la France, le Bénélux, s'accordant pour aller vers un fédéralisme et une vraie gouvernance commune, visant à terme l'union économique, sociale, fiscale, et politique

- une zone périphérique, plus souple, avec le libre-échange comme orientation principale, disposant d'une monnaie commune ou non, distincte de l'euro des neuf.

On a bâti la zone euro sur une volonté politique et symbolique : que chaque pays de la zone ait le même billet de banque. Il est maintenant temps de laisser parler la raison, en ne donnant pas à la monnaie le pouvoir qu'elle n'a pas.

 

* a travaillé au FMI et à l'OCDE. Il est professeur titulaire de la chaire d'économie industrielle au CNAM. Il a écrit "La fin de l'euro".

 

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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