PSA - symbole du mal de l'Europe, ou limites du néo-libéralisme?

Publié le 15 Novembre 2011

L'annonce de la suppression par PSA de 6000 postes en Europe est symbolique du drame que connaît l'Europe (et les EU).

PSA a annoncé au Comité Central d'Entreprise du 15 novembre un plan projetant la suppression de 6000 postes en Europe, dont 5000 en France. L'objet ? économiser 800 millions d'euros.

Sur les 5000 postes français, 1900 correspondent à des effectifs permanents de PSA. Les autres sont des prestataires externes ou des intérimaires. La production est bien sûr touchée, avec 1000 postes supprimés. Mais les directions centrales aussi, comme le marketing. Nouveau, la Recherche & Développement trinque, avec 2100 postes supprimés. Une première! Ce qui ne veut pas dire que PSA réduit la voilure dans un secteur stratégique pour son avenir, mais qu'il réorganise le secteur en le délocalisant fortement, pour le rapprocher de ses marchés.

Cette catastrophe pour un pays est malheureusement dans la logique du néo-libéralisme mondialisé.

Même s'il ne s'agit pas de licenciements secs, il y en aura quand même un millier, ces postes supprimés sont autant de chômeurs en plus, à terme, si d'autres secteurs ne prennent pas le relais. Le chômage augmentera encore, et avec lui l'augmentation des charges de l'Etat, et un déficit de croissance.

Que faire?

On ne peut reprocher à PSA de vouloir rapprocher production, marketing, R&D au plus près des lieux de ses marchés. PSA souligne que la voiture mondiale n'existe pas, et que l'automobile doit s'adapter à chacun de ses marchés. Le développement de la vente des Peugeot en Chine passe logiquement par l'implantation de la production et des services périphériques en Chine. Le mouvement est d'autant plus impérieux que les consommateurs français délaissent les véhicules "made in France", souvent sur la base de critères insignifiants. 

Le gouvernement est impuissant, il ne peut intervenir dans la gestion interne de PSA, dont la présence en France est d'ailleurs plus forte que celle de Renault, duquel l'Etat reste actionnaire.

Et l'économie semble incapable de créer les emplois de remplacement.

Car le problème est que les emplois de substitution ne se créent pas. Les entreprises naissent, vivent, meurent. Maintenant, quand elles ne meurent pas, elles délocalisent. L'emploi progresse quand les emplois générés par les naissances et les entreprises en vie sont plus nombreux que ceux supprimés par les entreprises qui meurent ou délocalisent. Ce n'est pas le cas aujourd'hui.

L'emploi dans l'innovation aurait dû compenser les pertes d'emplois dans l'industrie. Or que voit-on chez PSA? La relocalisation de la moitié de la R&D en Argentine et en Chine.

L'Europe a perdu non seulement sa capacité de production, mais aussi sa capacité d'innovation.

Les perspectives d'emploi sont bien sombres.

On peut légitimement s'inquiéter sur la capacité de l'économie à proposer des emplois à nos enfants, d'autant que le secteur public taille pareillement dans ses effectifs. Le taux de chômage est structurellement en hausse en France depuis deux décennies, pour atteindre un français sur dix en âge de travailler qui est sans emploi. Il y en a deux fois plus encore en Espagne. Nos dirigeants politiques et économiques semblent résignés, et en tous cas totalement impuissants.

La priorité des prochains gouvernements devra être une mobilisation des citoyens sur l'intérêt de privilégier autant que faire se peut l'achat du made in France; de signer avec les grandes entreprises des contrats de citoyenneté, où elles s'engageront à ne pas délocaliser, si ce n'est pas leur compétitivité qui est en danger; de lancer, dans un cadre français ou européen, des grands projets industriels comme on a su le faire parfois; d'adapter le système monétaire international, et de s'efforcer de convaincre la Chine de laisser sa monnaie se réévaluer.

Aujourd'hui PSA, qui a suivi l'exemple de Renault, demain les banques, qui ont entamé l'évolution avec une délocalisation partielle de services informatiques en Inde, Tunisie ou Maroc, et qui l'accentueront avec les back-offices.

Moins d'emplois en Fance = hausse des charges de l'Etat et baisse de la consommation = croissance ralentie ou récession = baisse des emplois = ...

C'est la spirale infernale.

Les docteurs qui sont au chevet des économies de l'Europe sont des théoriciens du libéralisme et des financiers. Ils s'attaquent à l'endettement et au déficit. L'austérité est leur remède, avec le cortège inévitable de fermeture d'usines et de chômage que le ralentissement de la croissance, voire la récession, amène. Faute de pouvoir jouer sur la valeur de la monnaie, c'est le chômage qui est la variable d'ajustement. On apprenait ça en Sciences Économiques, beaucoup semblent l'avoir oublié, ou ne veulent pas s'en souvenir. Jusqu'à quand les peuples le supporteront-ils?

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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