pourquoi la France est mal notée

Publié le 21 Octobre 2011

On n'aura jamais autant parlé d'endettement et de de deficit budgétaire que depuis ces dernières semaines.

Le public a ainsi découvert que l'état de la France n'était pas si prospère, et que sur les indicateurs financiers mis en avant par les nouveaux censeurs du monde, mais qui quelque part sont représentatifs d'une saine gestion, la France était en queue du peloton.

Les chiffres ci-dessous sont évocateurs :

endettement-R.jpgcliquer sur le tableau pour plus de pays.

Certes on est dans la moyenne de la zone euro sur le critère de la dette souveraine.

Mais c'est justement la zone euro qui est dans le colimateur des noteurs américains. Il faut ajouter que, toutes choses égales par ailleurs, la dette souveraine de la France poursuivra sa tendance haussière en 2012, pour diminuer en 2013. Si aucun imprévu ne survient d'ici là.

On n'est donc pas sortis d'affaire, sachant qu'à fin 2012, on sera plus près des 100% que des 80%.

La France appartient aussi au groupe des mauvais élèves sur le critère du déficit budgétaire, à un point au-dessus de la moyenne de la zone euro.

Certes on est encore loin de l'Irlande et de la Grèce, qui sont en situation de faillite, mais au double de l'Allemagne, et très très loin du Danemark et de la Suède (qui n'est pas même en déficit !).

On comprend que les noteurs s'en donnent à coeur joie, puisque c'est ce qu'on leur demande. On comprend aussi que sur la base des règles du jeu, la France soit la prochaine cible. On peut donc être assuré d'une dégradation dans le premier semestre 2012, la perspective des élections, avec ce que cela comporte en promesses coûteuses, ne permet pas d'en douter. 

Le deficit budgétaire et l'endettement sont des résultantes.

Certes une gestion nonchalante des dépenses publiques est une tradition française. L' Etat et les collectivités ont un train de vie unique en Europe, les dépenses nouvelles s'ajoutent aux anciennes, alors qu'elles devraient en remplacer certaines, des dépenses de l'Etat sont transférées aux collectivités avec transfert de recettes, mais les dépenses transférées sont remplacées par d'autres. Au bout du compte, les dépenses publiques continuent leur marche en avant, et avec elles la pression fiscale et/ou les deficit et endettement.

pole-emploi.jpgMais surtout, la France a mal à son industrie. Depuis des années, l'emploi industriel diminue. Délocalisations et fermetures d'usines ne sont pas compensées par des ouvertures ou des implantations. Des usines qui ferment, ce sont des emplois en moins, donc des revenus en moins, donc une consommation moindre et une croissance moindre, et donc des charges de l'Etat en hausse par les indemnités de chômage, face à des recettes fiscales en baisse. D'où accroissement du déficit, et augmentation de l'endettement pour le financer.

Les américains commencent à comprendre. La part croissante de l'importation (de biens, service et travail) dans la consommation et la production ampute la société américaine de sa capacité à créer des emplois. Il en est de même en Europe, et particulièrement en France, avec une prise de conscience qui émerge dans les partis d'opposition. L'industrie a perdu 500 000 emplois depuis l'an 2000, 2 millions depuis 30 ans (article du Monde).

Parle-t-on vraiment de toutes les entreprises qui délocalisent une partie de leur production, ou pire, ferment totalement en France pour produire en Roumanie ou en Asie? Sans parler des délocalisations silencieuses, sous le manteau, des grandes entreprises qui visent à améliorer de quelques points de base des taux de rentabilité déjà appétissants.

La liste des fermetures d'usines de ces derniers mois est impressionnante : Lejaby, Thé Eléphant, Honeywell, Arcelor Mittal à Madrange, Freescale à Toulouse, AZF, Continental, Philips à Dreux, Renault à Vilvoorde, Lactalis dans les Vosges, Still Saxby dans l'Oise, Marbot Bata en Dordogne, Lafarge dans l'Yonne, Ethicon (Groupe Johnson & Johnson) en Eure et Loire, Hutchinson (Groupe Total) à Mazières, Porcher dans les Ardennes, Bristol-Myers Squibb à Meymac, 3A dans l'Ariège, Celanese - 350 personnes - en Pyrénées Atlantiques, papéterie M-Real (Gr Finlandais) 330 salriés dans l'Eure ...

Toutes ne sont certes pas des fermetures de "complaisance". Et les réponses ne sont pas si simples. On remarquera quand même que beaucoup de ces fermetures concernent des établissements appartenant à des groupes étrangers. On sait qu'une entreprise, quelle qu'elle soit, ferme en premier ses implantations à l'étranger. Combien de jeunes entreprises qui se sont vendues à prix d'or à des groupes étrangers ont disparu depuis,  souvent pour favoriser des productions nationales ?

Je ne sais pas si une étude existe sur le nombre, la nature et les causes des fermetures. Elle mériterait en tous cas d'être faite. Dans le système économique dans lequel vit le monde, et auquel il n'y a pas d'alternative à court et moyen terme, un pays ne peut pas se passer de produire s'il veut pouvoir continuer à nourrir sa population. C'est la condition même de sa survie.

Il est urgent que tous nos experts, hommes politiques, dirigeants, se penchent sur le sujet. S'il en est encore temps!

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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