Petroplus - victime du capitalisme du XXIème s.

Publié le 24 Janvier 2012

petroplus.jpgPetroplus est en faillite. Il a perdu plus de 400 millions de dollars sur les neuf premiers mois de 2011. Trois de ses cinq raffineries sont à l'arrêt, ses banques ont coupé les ponts, il ne peut plus acheter de brut.

Comment en est-on arrivé là? Et pourquoi un groupe suisse, n'ayant ni réserves pétrolières ni port, est-il devenu le premier raffineur européen?

Petroplus est un groupe tout jeune, sa création remonte à 1993, mais son expansion très rapide ne date que de ces toutes dernières années.

Il a acheté au fil des ans sept raffineries en Europe, dont au moins deux en 2008. Coté à la Bourse d'Amsterdam puis de Zurich, il est repris en 2005 pour 500 millions d'euros par un fonds d'investissement américain, le Groupe Carlyle, qui en détient 57%. Comme toujours, le financier affiche des objectifs ambitieux : doubler la taille de l'entreprise dans les deux-trois années suivantes.

Nombre (toutes?) de raffineries ont été acquises du Groupe SHELL. On sait que les pétroliers souhaitent s'alléger de l'activité de raffinage, perçue comme la moins rentable de la filière pétrolière. On imagine bien l'opération réalisée avec l'aide d'un partenaire financier. On peut aussi imaginer que Carlyle s'est remboursé de son acquisition par des dividendes ou cessions d'actions, les victimes de ce naufrage seront les salariés et les petits actionnaires, qui auront cru les proclamations racoleuses de Carlyle. Quant à SHELL, il ressort blanc comme neige, son nom n'est jamais cité, et ses bilans ne sont plus grevés par le raffinage.

 

C'est encore une fois la course au profit maximum qui est la cause de la chute de Petroplus.

En considérant que le raffinage n'est pas rentable, comme le soutiennent les compagnies pétrolières, était-il responsable, pour ne pas dire honnête, de vouloir l'isoler dans des entreprises à mono-activité raffinage?

Ce qu'un professionnel du métier n'était pas arrivé à faire, pourquoi est-ce que des financiers en col blanc y arriveraient?

SHELL et Carlyle connaissaient toutes les données du marché pétrolier, et la problématique de la filière. SHELL a voulu se désengager du raffinage qui réduisait rentabilité, au besoin en en faisant payer le prix aux salariés et aux actionnaires.

En conservant le raffinage, SHELL aurait continué à gagner de l'argent, mais un peu moins. Pour plaire au marché, faire monter les cours, enrichir les managers bénéficiaires de stock-options et d'actions gratuites, le conglomérat a préféré se débarrasser de la branche la moins fructueuse, la condamnant à mort.

Peut-être que le raffinage n'est rentable que dans un schéma d'intégration verticale. Et sans raffinage, pas de production!

Pour sauver les emplois, la vie économique de régions, les pouvoirs publics vont intervenir. On va imaginer des montages compliqués, l'argent public va être mis à contribution. Ce sera reculer pour mieux sauter, sauf à faire exploser les prix quand toutes les raffineries seront indépendantes.

Ainsi va la vie du capitalisme financier du XXI ème siècle!

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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