Maurice Allais - un libéral protectioniste

Publié le 15 Octobre 2010

"Maurice Allais disparaît au moment où semblent triompher ses idées" (La Tribune)
allais.jpgMaurice ALLAIS, seul prix Nobel français d'économie, est mort à presque cent ans. Il a été une des gloires de la science économique française. Pourtant, on ne l'entendait plus beaucoup, ses idées en marge de la pensée dominante l'ayant  mis à l'écart de ses pairs. Car si Maurice Allais était un farouche défenseur du llibéralisme économique, il était aussi un farouche opposant à la mondialisation et à l'ouverture à tout va des frontières.
Il se disait libéral, pour les moyens, socialiste, pour la finalité. Le libéralisme au service de l'homme. Comme le moyen de l'efficience optimale.
Pour lui, le libre-échangisme institué comme doctrine est destructeur. Il considérait qu' il avait entraîné en France depuis 1974 une progression massive du chômage, la disparition d'une part importante de l'appareil industriel, et une réduction nette de la croissance. Le salut passait pour lui par le retour à un protectionnisme contrôlé, qu'il voyait par zones à niveaux de vie voisins. Il était hostile par ce fait à l'Union Européenne, l'OMC et "autres machins de la même famille". La mondialisation, disait-il, ne profite qu'aux multi-nationales.
Cela explique pourquoi Maurice Allais n'était plus guère en cours dans les milieux politiques et médiatiques politiquement corrects, qui prônent comme remède unique à tous les maux le libre-échange intégral, la libre circulation sans entrave des capitaux, des personnes, des biens et services.
Il est sûr que le libre-échange a fortement contribué au développement économique des sociétés occidentales à partir du 19 ème siècle. On achetait des matières premières à bas coût, on vendait nos produits industriels que les pays non développés ne savaient pas produire.
Mais la roue a tourné, et les pays non développés d'hier ont fait leur démarrage économique, accueillant les délocalisations, les transferts de technologie, les produits de la vente de leurs matières premières, gonflés par la rareté et la spéculation. Le libre-échange, hier facteur de développement des sociétés occidentales, a contribué au développement des pays les plus pauvres, en route aujourd'hui pour être les pays développés de demain.
Un chiffre stupéfiant : l'excédent commercial de la Chine est égal au produit intérieur brut de la France ! Si on vend encore à la Chine des Airbus, ce n'est sans doute plus pour très longtemps puisqu'on a cédé aussi le savoir-faire. L'Asie ne sait pas que produire à bas coût, elle sait concevoir et créer. Il n'y a plus de constructeur informatique en Europe, bien peu aux US. Les téléphones portables sont en passe d'être asiatiques à 100%, Nokia ayant raté le virage du tactile et du smartphone, et semblant sur la durée mal parti face aux Samsung et LG. IBM a vendu il y a quelques années toute son activité micro-informatique au chinois Lenovo. D'ici quelques mois les premières voitures chinoises vont débouler sur les marchés européens, et on va revivre, en plus fort, et peut-être en plus définitif, ce qu'on a vécu il y a trente ans avec les voitures japonaises.
Le libre-échange a porté la croissance de l'occident il y a un siècle. Il porte aujourd'hui celle des pays émergents, et accélère aujourd'hui la décroissance des pays dits développés. Maurice Allais voulait contrôler ce libre-échange. Il est parti à un moment où ses idées reprennent une certaine audience.

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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