les jobs de Jobs

Publié le 15 Octobre 2011

Steve Jobs, symbole d'une économie non créatrice d'emploi.

jobs.jpgSteve Jobs est désormais entré dans la légende. Le Wall Street Journal l'érige en génie, en prophète laïc, pour  "avoir transformé la pomme d'Eve, symbole d'une humanité pécheresse, en une icône pour les vrais croyants en la technologie". Rien que ça.

Son énorme mérite aura été de capter de façon la plus pertinente le lien entre la technologie et les attentes des consommateurs, et de proposer ensuite les produits adéquats.

Et de faire d'Apple, qu'il a créée et ressuscitée, une entreprise à la capitalisation boursière égale à celle d' IBM et de Microsoft réunis.

Deux points du bilan peuvent cependant faire débat.

Le premier, on l'a évoqué, est le choix stratégique de l'exclusivité. Ce choix a marginalisé le système d'exploitation Macintosh, pourtant supérieur à windows. Il met déjà en second plan l'i-phone par rapport à Androïd, que tous les constructeurs de téléphones peuvent intégrer. Apple s'est condamnée à l'innovation continue et accélérée s'il veut survivre, ce qui n'est pas une mince difficulté.

Le deuxième fait l'objet de débats en Europe et plus encore aux EU. Jobs n'a pas créé de jobs !

La firme est devenue l'exemple de ce qui est de plus en plus perçu outre-Atlantique comme le fondement de tous les maux : l'Amérique ne produit plus ! La part des biens qu'elle fabrique par rapport à ceux qu'elle consomme a reculé de deux tiers en cinquante ans. C'est un sujet qui a été maintes fois évoqué ici, mais de sa solution dépend l'avenir de l'occident.

L'Europe et les EU sont en mal de croissance et d'emploi, enregistrant des taux de chômage élevés, et surtout sans espoir d'amélioration. Cela doit être d'autant plus préoccupant, qu'une croissance faible ne crée pas d'emploi, en tous cas pas dans nos pays.

Il n'y a pas que l'habillement, l'électro-ménager, le mobilier, les automobiles, qui sont fabriqués hors occident, mais aussi les produits high-tech. Une récente étude de l'Asian Developpement Bank, reprise dans le Wall Street Journal, montrait que le produit I-Phone était fabriqué pour 34% par le Japon, 17% par l'Allemagne, 13% par la Corée, et seulement 6% par les EU. Seules la conception et la commercialisation sont américaines, et utilisent de la main d'oeuvre américaine.

Ainsi l'innovation ne sert pas à relancer l'emploi. C'est la contestation de la grande idée qui était (est encore?) celle de beaucoup d'économistes, qui voulait que la disparition des productions de produits traditionnels soit compensée par celles des nouveaux produits innovant.

Le débat est lancé aux EU, à l'instigation notamment de Tyler Cowen, professeur d'économie qui a publié sur Internet un livre court mais quelque peu iconoclaste - "La grande stagnation".

Pour lui, les Etats-Unis, en devenant une société de services, ont mangé leur pain blanc avec la disparition des grandes industries, qui ont fait sa puissance de 1870 à 1970, mais ce qui fonde sa puissance actuelle - son leadership technologique, sa capacité d'innovation - est en crise. Allant plus loin, il dit que le secteur communication-connexion, secteur phare de nos économies, détruit beaucoup plus d'emplois qu'il n'en créé. Ainsi, on n'a jamais été autant informé et on n'a jamais autant écouté de musique. Et pourtant ces deux secteurs sont industriellement en perdition.

Et de citer l'exemple de l' iPod, qui n'a pas créé plus de 14 000 emplois aux Etats-Unis, de Google, 20 000 emplois, Twitter, 300 au plus. Et des 'jobs' américains de l'iPod qui sont surtout dans la distribution.

Steve Jobs avait le talent de cette économie là. Mais qui en terme d'emplois n'a rien à voir avec les impact des Fords, Bell et autres General Electric.

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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