Les indignés

Publié le 16 Juin 2011

En Espagne, en Grèce, et dans une mesure moindre en France, des milliers de jeunes ont manifesté et occupé des grandes places dans les capitales et des grandes villes. Leur inspiration ? Un message, dans un livre de vingt pages, d'un vieux monsieur de 93 ans, Stéphane Hessel.

 

Ce n'est pas n'importe qui, Stéphane Hessel (ci-contre en mars 2010)

hessel.jpgNé en Allemagne, il emménage en France à l'âge de 8 ans. Il est reçu en 1939 à Normal Sup, juste avant d'être mobilisé. Prisonnier, il s'évade, puis rejoint de Gaulle en mars 1941. Il reçoit par la Royal Air Force une formation de pilote d'avion, mais sera employé au Service des Renseignements. En mars 44, il est parachuté en France, est fait prisonnier sur dénonciation obtenue par la torture. Torturé à son tour, il parlera, et sera envoyé en camps de concentration à Buchenwald avec 36 autres agents de renseignements anglais, belge et français. Il connaît le camp de Dora, puis s'évade du train qui l'emmène au camp de Bergen-Belsen. Il rejoint alors l'armée américaine dans laquelle il s'engage.

En novembre 1945, il est reçu 3ème au concours des Affaires Étrangères. Il fera toute sa carrière dans la diplomatie. Il sera  Secrétaire de la Commission des Droits de l'Homme, qui aboutira sous la pression du professeur Cassin, prix Nobel de la Paix en 1968, et de lui-même, à la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, c'est à dire à un ensemble de principes qui s'imposent au-delà de la souveraineté des États.

Créer, c'est résister. Résister, c'est créer.

Ce sont les derniers mots du livre.

Hessel se réfère au programme élaboré il y a 66 ans par le Conseil National de la Résistance, qui proposait un ensemble de principes et de valeurs pour asseoir la future démocratie moderne qu'il souhaitait pour la France. Pour Hessel, ces principes restent d'actualité, pour que nous restions fiers de notre société, mais "pas cette société des sans-papiers, des expulsions, des soupçons à l'égard des immigrés, pas cette société où l'on remet en cause les retraites, les acquis de la Sécurité sociale, pas cette société où les médias sont entre les mains des nantis" ...

hessel-.JPGIl constate, pour le déplorer, que le pouvoir de l'argent n'a jamais été aussi grand, insolent, égoïste, "avec ses propres serviteurs jusque dans les plus hautes sphères de l'Etat". "Les banques ... se montrent d'abord soucieuses de leurs dividendes, et des très hauts salaires de leurs dirigeants, pas de l'intérêt général. L'écart entre les plus pauvres et les plus riches n'a jamais été aussi important ; et la course à l'argent, la compétition, autant encouragée".

Hessel souligne que le motif de base de la Résistance était l'indignation. Et d'appeler les jeunes générations à faire vivre et à transmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux.

La pire des attitudes, c'est l'indifférence, le " je n'y peux rien ". Indignons-nous face aux deux grands défis du monde :

1. L'immense écart, et qui s'accroît, entre les très pauvres et les très riches.

2. Les droits de l'homme et l'état de la planète.

Hessel appelle pour que le souci d'éthique, de justice, d'équilibre durable prévalent sur la pensée productiviste portée par l'Occident, qui fait porter à la planète des risques pouvant mettre fin à l'aventure humaine.

Et de conclure par un appel à " une insurrection pacifique contre les moyens de communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation de masse, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance de tous contre tous ".

 

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Ce livre fait du bien dans une société qui paraît plus résignée qu'indignée, où les régressions en tous genres sont trop  légitimées par les décideurs au motif de la mondialisation et de la nécessaire compétitivité qu'elle impose, où l'éthique et les valeurs sont laissées de côté dans le procesus de décision, où les politiques se croient au-dessus des lois, et ont raison de le croire, puisque ni la justice ni les électeurs ne les sanctionnent jamais

Dommage qu'il ait été écrit par un monsieur qui arrive au terme de sa vie. Puisse le relai être pris par beaucoup d'autres, et que de la juste et nécessaire indignation naisse des actions stoppant la déshumanisation de nos sociétés mercantiles et productivistes.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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