les fruits de la colère

Publié le 2 Septembre 2010

vasseur.jpg Flore Vasseur est entrepreneur, écrivain ("Une fille dans la ville", "Comment j'ai liquidé le siècle"), journaliste, consultante. Elle planche à l'Université d'été du Médef à une table ronde sur l'après-crise. Elle a écrit un article dans La Tribune sans concession sur le système dans lequel on vit. Son constat est sans appel : nous sommes au bout de la croyance que consommer c'est vivre et être libre. Croyance qui a transformé en projet de société la recherche d'un prix toujours plus bas; qui a fait de la défense du pouvoir d'achat le combat démocratique; qui a érigé en règle unique le ratio de 15% de rentabilité des fonds propres. Les conséquences ? individualisme forcené, dégats sociaux au travers notamment des délocalisations, qui n'en sont certainement qu'à leurs débuts, dégats écologiques par l'épuisement des ressources, dégats moraux par la standardisation des modes de vie et des rêves. Nous sommes la civilisation du gâchis, alors que nous voulions être celle de l'abondance. Pour Flore Vasseur, le pire reste à venir. Nous sommes dépendants des marchés, avec tous les dangers qu'on sait, on vient de les vivre, qui eux-mêmes dépendent des machines. L'espoir ? que la rancoeur d'individus déboussolés se transforme en rage, pour activer le désir de reconstruction. Pour reconsidérer l'économie pour ce qu'elle doit être, un moyen au service de l'homme et non une fin en soi, pour remettre l'homme au centre du système. Flore Vasseur pose la question de savoir si nous serons capables de saisir notre chance et d'inventer un "nouveau modèle fort, économiquement viable et durable". Mais elle ne décrit pas ce que pourrait être ce nouveau modèle, sauf à parler d'un mouvement mutatif profond et très lent, qui s'étalerait sur plusieurs générations, et serait le fruit et l'addition des petits pas et petites actions individuelles. Affaire de renoncements et d'utopies, de choix et de colère. Et d'indignations, ajouterais-je.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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jdio 16/09/2010 22:23


Oui je suis bien d'accord sur le poids de l'avidité dans le comportement de l'homme, et que cette avidité l'a accompagné tout au long de l'histoire depuis que les sociétés sont devenues marchandes.
Elle n'est sans doute pas plus forte aujourd'hui qu'hier, et les sociétés d'hier, jusqu'aux romaines, grecque, égyptienne, chinoise ... n'étaient pas moins inégalitaires que la notre d'aujourd'hui.
Il me semble cependant que cette dernière ne va pas dans le bon sens depuis une dizaine d'années, ce qui n'est rien au regard de l'histoire, et que les contre-pouvoirs à l'avidité de l'homme que
peuvent être les Etats, les syndicats, les organismes consuméristes, les intellectuels, les religions ... sont en perte de vitesse et impuissants face à la mondialisation qui a sonné, peut-être
provisoirement, la victoire du libéralisme. Un libéralisme sans contre-pouvoir c'est la porte ouverte au plus avide, et c'est bien ce qui se passe souvent aujourd'hui. L'efficacité des
contre-pouvoirs passe par leur internationalisation. On y tend je pense, mais ce sera long. Un petit exemple: la Commission européenne vient d'interdire aux banques les ventes à découvert sur les
marchés. C'est une bonne décision, qu'avait prise déjà l'Allemagne il y a qqs mois. Mais cela risque d'être un coup d'épée dans l'eau, ou une mesure pénalisante pour l'Europe, si les US, l'Asie ...
ne vont pas dans le même sens. Une gouvernance mondiale s'imposera si on veut imposer des règles aux entreprises qui ont déjà la planète comme territoire. Et peut-être alors aurons-nous réussi à
fixer des limites à l'avidité des hommes, notamment aux plus forts d'entre eux.


Jean-Pierre BOUDRY 15/09/2010 12:15


ce constat noir et réaliste renvoie à l'essence même de l'homme.
il me parait trop facile d'expliquer ce monde "capitaliste" par la main mise du système financier par la loi imposée par les grands groupes internationaux par l'incapacité de nos dirigeants
politiques à réguler l'économie.
j'y vois plutôt le résultat de la nature même de l'homme. l'homme est avide. avide d'avoir avide de pouvoir. il raisonne en fonction de son intérèt quelque soit sa race sa nationalité son statut
social. pour illustrer mon propos je donnerai quelques exemples triviaux
qui n'a pas spéculé en bourse
qui n'a pas acheté le produit fabriqué à l'étranger parce que moins cher en se plaignant ensuite des délocalisations
qui n'a pas employé au noir pour payer un service bien moins cher
l'homme est avide mais il tend aussi à l'individualité. les sociétés traditionnelles par besoin pronaient l'esprit communautaire pour leur survie. les sociétés modernes se sont affranchies de ce
besoin. l'individu est roi avec comme conséquence le délitement du lien social et le renforcement des égoismes
ces facteurs font que le monde est ce qu'il est
vision pessimiste de l'homme et donc de son avenir ? sans doute. mais faute d'espérer une société qui se remette fondamentalement en question rien n'empêche individuellement de vivre selon ses
valeurs en acceptant de se sentir parfois décalé !