le travail dévalué

Publié le 28 Avril 2012

Le travail est entré dans le débat électoral. D'abord parce qu'on en manque suite à la désindustrialisation qui imprègne la France depuis 30 ans, par sa fête ensuite, que le candidat de droite croit pouvoir récupérer pour amasser quelques voix de plus.

S'il est mal traité, le travail aurait pu, ou dû, être le sujet premier de la campagne. Bien au-delà des problèmes d'immigration ou de rémunération du président. plan-de-la-poste.jpg

D'abord parce que la France en manque cruellement.

Le bilan du gouvernement actuel est catastrophique. Mais soyons sans illusion, la gauche n'aurait pas su faire mieux. Ou moins mal. La crise évidemment, mais aussi cette évolution immuable du capitalisme qui réclame de plus en plus de profits. Les moyens? une part relative décroissante des salaires dans la valeur ajoutée, par la compression maximale des salaires et une course sans fin à la productivité. Il faut relire Marx.

Ensuite parce que la qualité de vie au travail est en dégradation continue.

Certes les conditions physiques du travail se sont améliorées. Les conditions d'hygiène se sont modernisées, le travail est moins dangereux, les machines font le plus souvent les travaux les plus ingrats.

Mais l'insécurité mentale a infiniment progressé, et avec elle le stress et les risques psycho-sociaux.

La course à la productivité a envahi tous les secteurs de l'entreprise, de l'ouvrier au cadre sup. Pour ce dernier, plus d'horaire, il est taillable et corvéable à merci, toujours joignable, toujours sur la brèche.

Le commercial vit dans une course sans fin contre ses objectifs, qui sont augmentés au fur et à mesure qu'il les réalise. Le jour où l'atteinte de l'objectif pose problème, commence l'angoisse (voir sur le sujet l'excellent film "de bon matin").

La peur de perte de son emploi ensuite. Par non réalisation de ses objectifs d'abord, par stratégie de délocalisation ou d'externalisation de l'entreprise ensuite. Des centaines de milliers de postes ont été supprimés pour ces dernières raisons, d'ouvriers d'abord, amenant les friches industrielles qui ornent nos campagnes, et de techniciens et cadres aujourd'hui: plates-formes d'assistance téléphonique, maîtrises d'ouvrage informatique, développeurs, designers ...

Des raisons pas toujours bonnes.

Pour la survie de l'entreprise parfois. Pour le maintien ou l'augmentation du taux de profits le plus souvent. Carrefour va supprimer 3000 emplois dans les prochains mois. Question de survie? Bien sûr que non, ce n'est pas la diminution du nombre de caissières qui redressera l'inexorable baisse des parts de marché de Carrefour. Décathlon supprime ses caissiers et caissières. Question de survie? Bien sûr que non, mais des objectifs d'augmentation des profits.

Partout la rémunération de l'actionnaire et des grands dirigeants prime sur l'intérêt des salariés.

Pendant la campagne, on a vu accourir nos candidats présidents au chevet d'entreprises malades. Tant mieux pour Sea France, Lejaby et autres Photowatt, dont on parle depuis longtemps ici, et qui ont su opportunément se rappeler à l'existence des politiques. Mais après? 

135 plans de sauvegarde de l'emploi, ce qui en langage de monsieur tout le monde veut dire plan de suppression d'emplois, ont été déposés depuis début janvier. D'autres sont dans les tiroirs, attendant pour être publiés une période moins médiatisée que les élections. Technicolor, Arcelor, Peugeot, Néosécurité, les banques ... et d'autres sont les plus importants. Mais il y a aussi toutes les restructurations qui se font sous le manteau, sans plan de sauvegarde affiché et déployé.

Souffrance_au_travail.jpgLa couleur du climat social est donnée : c'est celle de la peur de perdre son boulot.

Et certaines entreprises d'en profiter. Comme FREE, qui fort d'avoir créé 900 emplois sur ses plates-formes téléphoniques, fait régner un climat de terreur digne d'un autre âge. On pourrait citer aussi IKEA.

Dans ce contexte, les augmentations de salaires autres que celles des managers sont minimalistes, comme les conditions d'embauche, où des milliers de jeunes diplômés se voient trimballés de cdd en cdd, avant de pouvoir espérer  engranger un CDI.

Dans ce contexte, l'entreprise, la grande surtout, génère un climat où le salarié a le sentiment de n'être plus qu'une charge pour son entreprise.  Au diable la reconnaissance, qui pourtant est un moteur profond de l'activité des hommes. 

Dans ce contexte, le travail crée des tensions insupportables. La souffrance au travail est devenue un fait de société, avec son cortège de dépressions, de maux de dos, de fuites dans l'alcool ou la drogue, de renoncements.

Et au total, c'est la valeur travail que les (grandes) entreprises dévaluent. Quand on sait que nous vivons dans une société qui repose sur la valeur travail, on ne peut qu'être inquiet pour l'avenir. 

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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