le sens de l'Histoire

Publié le 24 Février 2011

Les civilisations naissent, vivent, meurent. Et si le progrés, incarné par une règlementation protectrice et préventive, accélérait le déclin des civilisations dominantes ?
Une version actualisée d'un passage d'un passage célèbre de l'Ancien Testament.
En 2011 après Jésus-Christ, Dieu visite Noé et lui dit:
- Une fois encore, la terre est devenue invivable et surpeuplée. Construis une arche et rassemble un couple de chaque être vivant ainsi que quelques bons humains. Dans six mois, j'envoie la pluie durant quarante jours et quarante nuits, et je détruis tout !!!
Six mois plus tard, Dieu retourne visiter Noé et ne voit qu'une ébauche de construction navale.
- Mais, Noé, tu n'as pratiquement rien fait ! Demain il commence à pleuvoir!
- Pardonne-moi, Tout Puissant, j'ai fait tout mon possible mais les temps ont changé. J'ai essayé de bâtir l'arche mais il faut un permis de construire et l'inspecteur me fait des ennuis au sujet du système d'alarme anti-incendie.
Mes voisins ont créé une association parce que la construction de l'échafaudage dans ma cour viole le règlement de copropriété et obstrue leur vue. J'ai dû recourir à un conciliateur pour arriver à un accord.
L'Urbanisme m'a obligé à réaliser une étude de faisabilité et à déposer un mémoire sur les coûts des travaux nécessaires pour transporter l'arche jusqu'à la mer. Pas moyen de leur faire comprendre que la mer allait venir jusqu'à nous. Ils ont refusé de me croire.
La coupe du bois de construction navale s'est heurtée aux multiples Associations pour La Protection de l'Environnement, sous le triple motif que je contribuais à la déforestation, que mon autorisation donnée par les Eaux et Forêts n'avait pas de valeur aux yeux du Ministère de l'environnement, et que cela détruisait l'habitat de plusieurs espèces animales. J'ai pourtant expliqué qu'il s'agissait, au contraire, de préserver ces espèces, rien n'y a fait.
J'avais à peine commencé à rassembler les couples d'animaux, que la SPA et WWF me sont tombés sur le dos pour acte de cruauté envers les animaux, parce que je les soustrayais contre leur gré à leur milieu naturel, et que je les enfermais dans des pièces trop exiguës.
Ensuite, l'agence gouvernementale pour le Développement Durable a exigé une étude d'impact sur l'environnement de ce fameux déluge.
Dans le même temps, je me débattais avec le Ministère du Travail, qui me reprochait de violer la législation en utilisant des travailleurs bénévoles.
Enfin le Fisc a saisi tous mes avoirs, prétextant que je me préparais à fuir illégalement le pays, tandis que les Douanes menaçaient de m'assigner devant les tribunaux pour "tentative de franchissement de frontière en possession d'espèces protégées ou reconnues comme dangereuses".
Aussi, pardonne-moi, Tout Puissant, mais j'ai manqué de persévérance et j'ai abandonné ce projet.

Aussitôt les nuages se sont dissipés, un arc-en-ciel est apparu et le Soleil a lui.

- Mais tu renonces à détruire le monde ? demanda Noé.
- Inutile, répondit Dieu, l'administration s'en charge..!
Ce qui est en cause ce n'est pas tant l'Administration, qui ne fait que ce qu'on lui dit de faire, (sauf quand elle se montre inutilement zélée, comme verbaliser un salarié le 1er du mois au matin, quand il n'a pas eu le temps de charger son pass Navigo), mais les hommes qui la font.

Nous sommes dans un monde où l'on veut tout prévoir, tout assurer, réduire le risque à son minimum, protéger les plus faibles, limiter le pouvoir des plus forts. Tout cela est louable, cela s'appelle le progrès, et c'est aussi le sens de l'Histoire, si jamais elle en possède un.
Le progrès, frein au développement?
Le revers de la médaille est évidemment que c'est un frein considérable à l'activité des hommes, voire un blocage. La moindre transformation soulève des hordes d'opposition, souvent justifiées, mais qui exposent à l'immobilisme. Les éoliennes, par exemple,se heurtent à une opposition quasi générale, y compris d'élus, alors que personne n'a réagi à la floraison de champs de pylones et cables aériens bien plus horribles et aux effets très probablement néfastes pour la santé des riverains.
Le résultat est que dans un monde ouvert et qui avance très vite, les pays dits développés avancent moins vite, et se font rattraper. Jusqu'au moment sans doute où les moins riches deviendront suffisamment riches pour s'occuper à leur tour de protection et de prévention.
Il faut juste que nous n'ayons pas disparu avant.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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