le progrès - pour qui ? pour quoi ?

Publié le 16 Mars 2011

Je fais partie de ces gens qui ont cru au progrès, parce qu'il apporterait le bonheur à l'homme en améliorant durablement ses conditions de vie.

Comme beaucoup d'autres, j'ai des doutes depuis quelques années, parce que le progrès semble être accaparé par les rechercheurs de productivité et de profits, et que le bien être de l'homme est sorti des préoccupations.

Les politiques ne débatent plus des vraies orientations, comme si le libéralo-capitalisme triomphant n'ouvrait aucune autre voie. L'extinction du communisme a cloué le bec aux intellectuels. Alors vogue la galère de l'efficacité économique, au service de quelques uns. Les entreprises du CAC 40 ont doublé leurs profits en 2010 par rapport à 2009. Au profit de qui?

 

Le Japon est le pays le plus moderne du monde.

L'un des plus sages aussi. Il est victime de deux terrifiantes catastrophes. L'une nous rappelle que la loi de la nature reste la plus forte. L'autre que l'inventivité technique a ses limites, que le risque zéro n'existe pas, et qu'à trop vouloir jouer avec le feu, on finit par se brûler. Pas sûr pour autant que cela serve de leçon, en France en tous cas, où l'on voit déjà les grands décideurs, après une larme de convenance, proclamer leur foi inébranlable dans le nucléaire.

De quel droit Sarkozy proclame-t-il en conseil des ministres que le choix du nucléaire fait par la France est le bon choix, et qu'il ne sera pas remis en cause ? Avant même que le débat que tout le monde réclame, à droite comme à gauche, ait même commencé. Avant même que les expertises des centrales (bien inutiles d'ailleurs, car ce n'est pas le sujet) aient été décidées. Circulez, y a rien à voir. Mais la France ne se résume pas à quelques gouvernements, de droite et de gauche, même ajoutés à quelques technocrates d'EDF et Aréva.

Le choix du nucléaire n'est pas un choix de technicien ni d'ingénieur, on le voit bien.  C'est le choix de chaque citoyen  d'être prêt, ou non, à accepter, pour eux et leurs enfants, un risque d'apocalypse pour la fourniture de l'énergie. Même si on maîtrise bien la technique, même si les hommes sont dévoués et compétents, et les "liquidateurs" japonais qui se condamnent pour sauver le Japon et sans doute plus, nous émeuvent aux larmes, une défaillance humaine ou matérielle sera toujours possible. Comme jamais on ne pourra parer à toutes les causes exogènes : séismes évidemment, attentats, écrasements d'avions, guerres, et bien d'autres.

Preuve de la légèreté humaine : on a construit des centrales sur des zones à risques. Au Japon, en France, aux US, et ailleurs sans doute. Peut-on alors avoir confiance? On ne croit jamais aux catastrophes avant qu'elles n'arrivent. Et ensuite elles ne servent pas longtemps de leçon.

 

Nos assiettes empoisonnées.

La réalisatrice du film sur Monsanto a diffusé sur ARTE un reportage sur les poisons qui sont le quotidien de nos assiettes. Cette fille d'agricultrice tire la sonnette d'alarme.

D'abord sur les pesticides qui sont déversés à flot sur les cultures, dont nous sommes tous victimes, et en premier lieu les agriculteurs qui les manipulent et les respirent. Elle annonce un second scandale de l'amiante. Et de poser la question sur le risque de manger cinq fruits et légumes par jour !

La bouffe industrielle ensuite, encore pire, qui, pour faire beau, standard, alléchant, goutu, inonde les aliments de cochonneries qui font ressembler la composition de notre bouffe à des ordonnances médicales. Sans autorisation de mise sur le marché ! car les contrôles sont rares et inéfficaces, faits par des pseudo-experts au service des industriels. Ainsi progressent les cancers, les maladies dégénératives, l'arthrose ...

Pour la réalisatrice, la solution passe par le bio, malheureusement pas du tout encouragé en France, qui a une balance commerciale déficitaire en matière de produits agricoles bio.

 

Le désert à la campagne

Je reviens de Dordogne, où je vais finalement faire restaurer ma maison. Partout, des solides maisons fermées, abandonnées, en ruines. Dans les villages, la vie s'en est allée. Même les vieux ne veulent plus rester, en tous cas ceux qui n'y sont pas nés. Pendant ce temps là, les foules s'entassent dans des villes inhumaines, dans des logements qui, pour le plus grand nombre, tiennent plus de la cage à lapin que de l'habitation, situés qui plus est dans des environnements urbains hostiles et sans âme.

J'ai longtemps espéré que le mariage de l'informatique et des télécommunications allait renverser ce mouvement centrifuge en rendant possible à un plus grand nombre le travail à distance (différent du travail à domicile). Force est de constater que cela ne se passe pas comme ça, et qu'on continue à créer des grandes plate-formes administratives centrales, le plus souvent en Ile de France, dans les banlieues les moins chères, qui désertifient les villes moyennes, après que ces dernières aient désertifié les petites villes.

Pourtant, toutes ces maisons abandonnées offriraient des conditions de vie autrement plus agréables que ce que peuvent apporter les banlieues, de plus en plus éloignées des centres d'activité.

 

La financiarisation a tout emporté.

Les grandes entreprises deviennent des monstres sans âme, au service du dieu Profit. Le moyen est devenu fin, on gagne 100 l'année N, il faut 130 l'année N+1. Pour qui? Pour les actionnaires ? Pour le top management ? Pour l'entreprise et le financement de sa trésorerie et de ses investissements ? En tous cas rarement pour la masse des salariés, qui ne constitue plus guère qu'un ensemble de matricules pour les RH et les grandes directions. On ne peut qu'être ulcéré par la précipitation mise par Renault; ses plus grands dirigeants en tête, à condamner publiquement trois salariés, et les jeter  en pâture à l'opinion financière dans le but de mettre en valeur l'image de l'entreprise.

 

L'homme: le grand absent de nos motivations.

Ces quatre thèmes ont un point commun : l'homme est devenu étranger aux motivations de nos actes..

Comment admettre autrement ces prises de position insoutenables de Sarkozy, Lauvergeon, Parizot,  en faveur du nucléaire, alors que le monde entier a peur, et que des millions de japonais, pour ne parler que d'eux, sont menacés, vivent dans l'angoisse, dans l'attente du cataclysme que personne ne semble pouvoir empêcher.

Le bio ne fera pas, en France, l'objet du "Plan Marshall" qu'il mérite, et qui revaloriserait le métier d'agriculteur. On ne s'attaquera pas à la liberté des grands groupes d'empoisonner en rond, et on laissera Leclerc et Danone faire croire aux naïfs qu'ils défendent l'intérêt des consommateurs. Et on comptera sur la médecine pour guérir les plaies de l'industrie, et nous empoisonner autrement.

On laissera les entreprises continuer à centraliser à outrance avant de délocaliser. Dans le seul but d'une hypothétique efficacité économique, qui ne profite qu'à une poignée de privilégiés, qui ne sont ni les clients, ni les salariés.

Il serait bon que tous ces sujets puissent être débatus sur la place publique, que les intellectuels reprennent la main, qu'un contre-pouvoir vienne temporiser la domination exclusive des entreprises, et prenne le relais des politiques, en faillite sur ce point.

L'activité des hommes est en train de perdre son sens. Il serait temps de réagir. Puissent les catstrophes présentes réveiller les consciences.  


 

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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