le débat

Publié le 9 Septembre 2012

La réindustrialisation de l'Amérique, thème de la campagne électorale américaine.

obama.JPGBarack Obama reste populaire, même si sa réélection n'est pas assurée. Mais il a su poser les vrais problèmes, et employer un langage de vérité inhabituel dans les exercices électoraux.

L'économie américaine recrée des emplois : 96 000 en août. "Pas assez bon" a lancé le président. Et de marteler son thème principal de camapagne : la réindustrialisation de l'Amérique.

La course échevelée au libéralisme mondialisé de ces dernières années a été mortelle pour l'emploi américain. Des milliers d'entreprises ont dû disparaître incapables de résister à la concurrence des pays de l'Asie, et les autres ont été contraintes de délocaliser ou externaliser leur production pour survivre. Les produits Nike sont intégralement fabriqués en Asie, comme la quasi-totalité de la production informatique.

Promouvoir le "made in America"

Pour ce faire, il veut mettre en avant le "made in America". C'est le grand défi que l'Occident doit réussir s'il veut continuer à faire partie des grandes nations qui comptent sur l'échiquier international, et surtout permettre à ses citoyens de continuer à vivre dans leur pays.

Obama n'a pas la solution. Déjà la production de gaz de schiste a produit un boom économique inattendu, en créant des emplois, rendant aux USA leur autonomie gazière, diminuant le coût du gaz pour les entreprises.

La question est bien évidemment de savoir comment réindustrialiser. Le débat est engagé entre ceux qui souhaitent un nouveau "New Deal " bénéficiant aux salariés, et ceux qui, à l'inverse, l'imaginent sous l'angle d'une " adaptation " des salariés américains aux " nouvelles conditions " de la concurrence internationale. Pour ceux-là, la compression des salaires, la flexibilité, la réduction des avantages sociaux sont les les axes indispensables à suivre pour retrouver une partie de la compétitivité perdue. Pour ceux-là, généralement bien nantis à titre personnel, c'est le nivellement par le bas, et pour les autres qu'eux-mêmes, qui est la voie à suivre.

C'est le grand débat sur lequel doivent s'engager tous les politiques, intellectuels, syndicats, chefs d'entreprises: l'Occident doit-il perdre tous ses acquis sociaux et casser la tendance des dernières décennies vers l'humanisation de la société, c'est à dire égalité des chances et protection, au nom du principe de la libre concurrence internationale?

Et si plutôt on amenait l'Asie à accélérer son évolution vers plus de justice sociale, avant que les peuples se révoltent et que l'Occident ne soit soit rangé dans le grand tiroir des civilisations disparues?

La course au libéralisme a accentué l'égoïsme des plus ambitieux et moins scrupuleux.

Il est choquant de voir Bernard Arnault, à la tête d'une fortune estimée à plus de 40 milliards de dollars, demander la nationalité belge pour un chantage pitoyable à la délocalisation de son foyer fiscal. Nul doute que BA paie pas mal d'impôts. Combien aussi de ses revenus échappent au fisc français grâce à des montages sur mesure concoctés aux petits oignons par ses conseils fiscaux et patrimoniaux ?

BA est choqué parce que les revenus supérieurs à 1 million d'euros (par personne ou foyer?) seront surtaxés. Que n'a t-il été choqué quand il a mis sur le carreau des dizaines d'employés de la Samaritaine qui ne gagnaient guère plus que le smic, pour lui permettre de faire sur ce site parisien une lucrative opération immobilière sans réelle utilité économique !!

Bernard Arnault est le symbole d'un des maux du capitalisme de la fin du XXème et du début du  XXIème siècle. Ses chefs d'entreprises ne sont plus des industriels, mais des financiers marchands de biens, qui ont réussi par acquisition et vente d'entreprises, mais qui n'ont jamais su en créer. Leurs qualités premières sont la cupidité et le manque de scrupule, leur ambition principale est l'argent et le pouvoir qu'il apporte.

Les Bich (Bic), Mantelet (Moulinex), Lescure (Seb), Bouygues, et autres Peugeot, Renaut, Boussac ... sont loin. Place aux Pinault, Tapie ou Arnault. Et ceux qui ont le talent de créer leur entreprise les vendent le plus souvent à prix d'or dans les dix ans à des concurrents qui s'empressent d'en voler le savoir-faire avant de les faire disparaître.

La réindustrialisation sera compliquée. Elle est avant tout affaire de mentalité, on pourrait même dire d'éthique. Aujourd'hui bien absente du monde des affaires.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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