le bel avenir de Dr House

Publié le 8 Mars 2012

 

Des sondages disent que les deux tiers des français trouvent la campagne électorale inintéressante . Si pas loin de 6 millions de français ont regardé le président candidat sur TF1 avant-hier, un peu plus que François Hollande quelques jours auparavant, ils étaient plus nombreux encore à regarder Dr House.

La raison avancée en est que les vrais sujets, ceux qui intéressent les français moyens que nous sommes, ne sont pas débattus.

Quels sont-ils ? Eh bien ! ce sont les mêmes depuis des décennies.

L’emploi en premier lieu. Avec plus de trois millions de sans-emploi, une précarisation grandissante des emplois existants, et la menace croissante  que fait peser les délocalisations et fermetures de sites, l’inquiétude est grande chez les gens, pour eux-mêmes, leurs enfants, leurs proches. Et ce n'est pas de voir ce qui se passe en Espagne ou en Grèce qui peut rassurer.

Le logement ensuite. L’urbanisation continue de la société au seul profit d’une poignée de grandes cités s’accompagne d’une insuffisance criante de logements financièrement abordables par le plus grand nombre. De plus en plus de français, parmi les plus modestes, ne trouve plus à se loger dans des conditions acceptables, même au prix de l'exil loin du lieu de travail.

Parallèlement le déséquilibre régional s’intensifie, avec la continuation de la désertification de la France rurale. Celle-ci a été accentuée du fait des pouvoirs publics ces toutes dernières années, qui, au nom de la rationalité économique et financière, ont ajouté aux fermetures d’usines et centralisations des entreprises privées et publiques la suppression d’ écoles, hôpitaux, tribunaux, casernes …

Les conditions de travail et le pouvoir d’achat sont un autre sujet. Conditions financières d’abord, alors que la revalorisation des salaires au seul mérite individuel fait que le pouvoir d’achat global des salariés a bien du mal à se maintenir. Conditions générales ensuite, avec une charge croissante pesant sur les salariés, à qui on demande une productivité en augmentation continue. L’entreprise s'est transformée en « monsieur plus », qui pressure son personnel et devient source croissante de stress et d’angoisse. La mondialisation, et la guerre éconmique permanente qu'elle est censée induire, ont été récupérées pour asseoir le pouvoir de l’entreprise sur les salariés, quasi sans contre-pouvoir aujourd’hui.

La sécurité aussi, avec l'apparition de véritables zones de non-droit, où toutes les autorités de l'Etat ont renoncé de pénétrer. Le président candidat avait annoncé en 2007 un plan Marshall des banlieues. Il n'a pas survécu à l'élection. Mais au-delà d'une grosse poignée de cités désormais aux mains des caïds de la drogue, une violence croissante imprègne notre société, qui a envahi jusqu'à l'école. Comme personne ne croit plus en la capacité de la police d'arrêter les coupables, et à la société d'appliquer les sanctions appropriées, il n'y a déclaration que pour pour justifier une demande d'indemnisation, et une grande partie des délits échappe ainsi aux statistiques.

L’affaiblissement général de la France enfin, désormais petit pion dans l’univers économique et financier mondialisé, qui a fait perdre au pays la maîtrise de son destin, rendant nos dirigeants largement impuissants.

Ceux-ci ne savent apporter d'autre réponse  que de nouveaux prélèvements fiscaux et sociaux, pour des dépenses dont on sait qu’elles sont sans effet, parce que mal adaptées et mal mises en œuvre.

Il y a 30 ans, on hurlait parce que les prélèvements de l’Etat s’élevaient à 42% du Pib. On était sous la gestion du libéral Giscard, qui n’a pas pu inverser la tendance, bien au contraire. Aujourd’hui, on approche les 50%, et on nous sort tous les jours un prélèvement nouveau, TVA dite sociale, taxe sur les riches, hausse de l’impôt sociétés payé par les grands groupes, taxe sur les sociétés pétrolières. Alors que dans le même temps, les déficits ne font qu’augmenter, tous les budgets de l’Etat ont été présentés en déficit depuis 25 ans, et que les dépenses paraissent de moins en moins efficaces. Celles concernant l’emploi et la formation professionnelle en sont un bel exemple, comme la misère des Universités.

L’inexorable baisse de la compétitivité de nos économies, cause de tous nos maux, n’est  évoquée qu’au prix d’une illusoire réduction du coût du travail (on ne divisera pas par 30 les salaires), et dans ce climat délétère, les problèmes environnementaux et de santé retombent dans les oubliettes. Jusqu'à ce qu'ils nous pètent de nouveau à la figure. 

Quand elles sont posées, ces questions le sont par les candidats dits petits, parce que les sondages les écartent de la possibilité d’être élu.

Les deux qui jouent pour la gagne se gardent bien de les évoquer trop au fond. L’un parce que son bilan parle contre lui, l’autre parce que la pratique du vœu pieux est moins risquée que l'exposé de solutions qui ne peuvent pas plaire à tout le monde. 

Alors on stigmatise l'immigré, (lisez arabe et musulman), cet éternel ennemi étranger qui « vient manger le pain des français », même si c’est lui qui construit nos maisons, nos routes, nettoie nos bureaux, vide nos poubelles. On stigmatise le musulman, qui va nous obliger à manger halal si jamais le vote lui était accordé (Guéant oublie d’ailleurs que beaucoup de musulmans sont français et votent donc déjà). On se justifie du bling-bling, on passe des heures au salon de l’agriculture à flatter la classe paysanne en voie de disparition, on parle d’ajustements constitutionnels que personne n’a jamais fait quand l’accès au pouvoir leur en donnait la possibilité.

Serait-ce le fonctionnement normal de la démocratie ? Un vote tous les 4 ou 5 ans, sur la base de débats électoraux escamotant les vrais sujets, ceux qui fâchent ? Car à la démagogie naturelle du candidat, s’est ajoutée l’impuissance du dirigeant dans un monde mondialisé.

Dr House a un bel avenir !

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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