la valeur travail

Publié le 1 Décembre 2011

L'écart s'est considérablement agrandi entre la valeur travail mesurée par les contrôles de gestion et le travail réel accompli. On est arrivé au bout de cette course à la productivité, démobilisante et génératrice de stress et de risques psyho-sociaux.

Voici résumé ci-dessous l' excellent article sur "la valeur travail, trou noir de la finance" paru dans Le Monde du 20 novembre sous la plume de Pierre-Yves Gomez (professeur à l' EM Lyon, directeur de l'Institut français de gouvernement des entreprises, président de la Société française de management).

Les économistes s'accordent à penser que la valeur économique est produite par le travail humain.

Or le travail a trois dimensions:

- une dimension subjective, parce qu'il est réalisé par des personnes, selon leurs capacités, tempérament, aspirations, personnalité, dignité.

- une dimension objective, dans la mesure où il aboutit à la production d'un bien ou service.

- une dimension collective, car tout travail individuel se combine nécessairement avec celui d'un autre pour que les productions puissent circuler.

La course à la productivité a amené 'hypertrophie de la valeur objective

productivite.jpgL'équilibre entre ces trois dimensions a varié dans l'histoire. Mais depuis deux décennies, la financiarisation des organisations a généralisé sa propre lecture de la création de valeur par le travail en hypertrophiant la dimension objective. On a identifié la valeur économique que produit le travail par un montant quantifiable de biens ou actes de service produits. Cela a débouché sur la création par les organisations d'entités comptables sophistiquées en charge de compter les productions, fixer les cibles, surveiller les réalisations. Ainsi, des bureaucraties financières gouvernent les entreprises en établissant que la valeur est maximisée quand le travail, vu dans sa seule dimension objective, la plus simple à mesurer, atteint les cibles prescrites.

Les dimensions subjectives et collectives ont été atrophiées

Pour la bureaucratie financière, le salarié importe moins en tant que personne que par le rôle qu'il joue dans l'organisation qui l'emploie. Dans un monde de flexibilité des entreprises et des marchés, où le travail est potentiellement interchangeable, la dimension subjective du travail du salarié est réduite à prouver par ce dernier qu'il est bien toujours la bonne personne à la bonne place, produisant ce qu'on lui demande de produire.

Quant à la dimension collective, elle a été découragée par les rémunérations individualisées en fonction des résultats.

Un fossé grandissant entre le travail réel et celui mesuré par les bureaucraties financières.

L'hypertrophie de la dimension objective a accéléré les rythmes, et bénéficié à la productivité.

Mais la création de valeur ne se réduit pas à cela, et un fossé s'est creusé entre la travail valorisé par les bureaucraties financières et le travail réel effectué par les salariés.

Or, selon l'auteur, l'atrophie des dimensions subjective et collective épuise la ressource humaine. Les symptômes sont apparus à la fin des années 90, avec l'infidélité, la démobilisation, les questions de santé au travail et les risques psycho-sociaux.

Nous serions au bout de cette logique contre-productive.Il faut maintenant définanciariser les organisations.

Mon commentaire

Il est évident que depuis une vingtaine d'années, la productivité, mesurée par quelques ratios simples, voire simplistes, a été le seul critère d'appréciation des salariés et d'évolution des organisations. Les back-offices centralisées, les services d'assistance téléphoniques et plates-formes d'appel en tous genres en sont l'exemple évident, parfois même caricatural. Le mouvement est-il achevé? On doit le souhaiter si on veut garder au travail valeur et l'intérêt, et si on veut continuer à mobiliser les personnes pour l'intérêt de l'organisation qui les emploie, et des clients qui sont leur raison d'exister.

On commence à voir apparaître dans des grandes entreprises industrielles une indexation de la part variable de la rémunération sur des index autres que le résultat. A suivre donc.

voir aussi l'article paupérisation des salariés, qui s'accompagne d'une déconsidération croissante du travail.

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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