la rémunération variable remise en cause?

Publié le 22 Décembre 2011

Les crises sont l'occasion de réflexions et de remises en cause.

La part croissante prise par la rémunération variable des dirigeants en fait partie.

Car les crises sont souvent l'opportunité de remises en question profondes de réalités qui les ont générées.

Ainsi la crise actuelle met-elle en lumière les insuffisances de l'Europe et les failles du système libéralo-capitaliste dans son fonctionnement actuel : absence de gouvernance, conséquence d'une monnaie unique pour les pays les moins compétitifs, redécouverte par la France de sa désindustrialisation et de ses conséquences en terme d'emploi, confirmation du rôle prépondérant pris par les marchés mondialisés face auxquels les gouvernements des États sont largement impuissants.

La rémunération variable est inefficace et facteur de crise.

remdir.jpgPlus ponctuellement, alors que les experts s'interrogent sur les causes de la crise, l'importance prise par la rémunération variable des dirigeants est sujet d'interrogation, et de plus en plus présentée comme inefficace et facteur de crise. C'est la conclusion d'une étude réalisée par une fondation indépendante anglaise, la High Pay Commission.

Si un dirigeant est vraiment conscient de ses responsabilités, alors sa motivation ne variera pas, que sa rémunération soit fixe ou variable. Si par contre la rémunération à la performance influence vraiment ses choix pour l'entreprise, alors on doit s'inquiéter. Un dirigeant ne serait-il pas enclin à accepter des risques démesurés pour augmenter son bonus? Qui contrôlera les dérives? Comment être certain de la pertinence du critère d'évaluation? S'il est trop étroit, alors les effets pervers en seront la conséquence.

Depuis les années 1990, la rémunération à la performance est devenue majoritaire.

L'étude constate que la notion de performance se réduit le plus souvent à des indicateurs de profit et de valeur actionnariale (cours de l'action, dividendes) qui mesurent mal la valeur réelle de l'entreprise à long terme.

Et ces rémunérations, par leur extravagance, créent un fossé croissant entre ces dirigeants, comprenant les cadres sup, et l'ensemble des salariés.

Elle relève aussi qu'aucun lien n'a jamais pu être démontré entre cette performance et l'efficacité à long terme de l'entreprise. Patronsbouclier.jpg

Quant à justifier en France l'explosion des bonus des dirigeants par la nécessité de s'aligner sur les pratiques US pour éviter leur fuite à l'étranger, c'est évidemment une aimable plaisanterie. Quelle entreprise US a envie de recruter nos énarques, formés dans les cabinets ministériels et ignorant des réalités du monde de l'entreprise ?

On pourrait évidemment étendre la réflexion aux rémunérations des traders, qui récompense une activité à l'utilité sociale faible voire nulle,  alimentant la spéculation, et ne prenant en compte que les profits, parfois fictifs, et pas les pertes. On peut être assuré que les patrons de banque auraient eu un regard sur ces activités de marché plus intelligent et plus perspicace si elles n'avaient pas servi à gonfler démesurément leurs rémunérations variables.

L'étude conclut sans ambiguïté que l'efficacité et l'équité demandent un retour à la seule rémunération fixe des dirigeants. La part variable doit rester exceptionnelle, et assise seulement sur la valeur à long terme de l'entreprise.

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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