La cause du mal : la désindustrialisation

Publié le 23 Août 2011

La France, à l’instar de l’Europe et des EU, connaît une période particulièrement incertaine.

La partie visible, c’est la crise financière, marquée par l’endettement public et la dégringolade de la bourse.

Les « experts », qui voient toujours tout après coup, avancent à qui mieux mieux des recettes financières pour parer au plus pressé.

Mais comprennent-ils pourquoi on en est arrivé là, et que des bricolages financiers ne résoudront pas le problème de fond de l’occident.

La désindustrialisation : cause du dépérissement.

Depuis une quarantaine d’années, on est entré dans un vaste mouvement de désindustrialisation.

Cela a été d’abord la concurrence des pays de l’Est, avant même la chute de l’URSS, qui a balayé nombre d’entreprises dans tous les secteurs utilisateurs de main d’œuvre. Le secteur de la métallurgie, par exemple, a été touché de plein fouet : les usines de visserie, boulonnerie, outillage, ont totalement disparu du paysage français.

Le Japon est apparu à cette époque, avec notamment son industrie automobile qui a rapidement conquis des parts de marché en Europe, contraignant les industriels français à accroître leurs efforts à l’exportation pour compenser leur perte d’influence sur leur marché domestique. Le prix d’abord, la qualité ensuite, ont constitué les atouts de l’industrie automobile nippone.

Le Japon a été l’avant-garde de l’Asie. Pour des raisons politiques, mais aussi de dogmatisme économique, le monde occidental a ouvert ses portes à l’ensemble de l’Asie. Profitant de coûts de production particulièrement bas conséquence de leur retard de développement, les produits peu chers de l’Asie ont déferlé sur l’occident, réduisant à zéro nombre de fleurons de notre industrie. Balayées les usines de coton des Vosges, symbolisées par les entreprises Boussac. Volatilisées l’industrie lainière, mais aussi la chaussure,  la ganterie, bonneterie, l’habillement, la sidérurgie.

Pour ne pas disparaître, quelques unes parmi les plus grandes se sont engagées dans la voie de la délocalisation de la production, soit au travers de filiales en Asie ou Afrique, soit par la sous-traitance à des entreprises locales.

Le résultat est le même : une part croissante des produits que nous consommons est désormais fabriquée à l’étranger. Autrement dit, une part croissante de la consommation française n’alimente plus désormais l’emploi en France, mais l’emploi en Asie.

Ce mouvement s’est accéléré sous l'auspice des autorités de Bruxelles et de l’OMC, qui ont érigé en dogme l’ouverture des frontières et la libre concurrence. On s’est référé aux grands économistes libre-échangistes de la première moitié du XIXème siècle ( !) pour justifier des vertus de la liberté totale du commerce, sans vouloir voir que le monde de cette époque n’était plus le nôtre, et que le commerce unilatéral avec nos colonies africaines exploitées n’avait rien à voir avec la libre concurrence.

Les pays de droit qui constituent l’occident ont donc ouvert leurs marchés, et ont assisté, dans la béatitude procurée par la foi du charbonnier, à la mort de leurs entreprises, à la délocalisation  d’autres, et au chômage grandissant. Nous avons scié la branche sur laquelle nous étions assis.

Nos mêmes experts ont proclamé qu’il ne fallait pas s’inquiéter de  la mort de l’industrie, parce que le secteur tertiaire et l’innovation devaient prendre le relai pour assurer la croissance.

Sauf que pour continuer à vendre à l’étranger, il a fallu céder nos technologies. Et quand on ne l’a pas fait, les pays l’ont récupéré en débauchant les salariés locaux qui travaillaient pour nos entreprises. 

Ainsi aujourd’hui, l’innovation est asiatique, et bien peu européenne. L’industrie informatique, symbole du monde moderne, n’existe plus en Europe, l’industrie européenne du téléphone portable repose sur Nokia, qui a raté la révolution du tactile et du smartphone, et qui voit ses parts de marché s’écrouler. L’industrie automobile coréenne et chinoise est aux portes de nos marchés, et s’ajoutant à la pénétration japonaise, on ne roulera plus français d’ici 30 ans. On vend encore des avions, mais gageons que dans dix ans Boeing et Airbus auront des concurrents sérieux en face d’eux, et que leur survie passera aussi par la délocalisation, mouvement qui est déjà commencé du reste.  Le TGV sera asiatique très bientôt. Restent l’armement, qui se heurtera un jour prochain à des réticences, justifiées, d’ordre éthique, et l’industrie agro-alimentaire, qu’on est en train de sacrifier avec notre agriculture.

Le résultat ? 10% de la population active est au chômage.

Avec des conséquences sur la consommation, et donc la croissance et l’équilibre budgétaire : un chômeur consomme moins qu’un actif, il coûte cher à l'Etat, il rapporte moins d’impôts.

Pourtant qui se soucie aujourd’hui des 10% de chômeurs, qui devraient être la mauvaise conscience de nos dirigeants politiques et économiques ? Si ce n'est pas pour des raisons humaines, cela devrait l'être au moins pour des raisons économiques : il ne peut y avoir de croissance avec de tels taux de sous-emploi. Et sans croissance, il n'y aura pas de diminution des déficits, au contraire. Sauf aux prix de dégâts sociaux aux conséquences imprévisibles.

Dans la fin des années 60, le clignotant du chômage fixé par le Ministère du Plan (eh oui ! il y en avait un) était de 3% !! On est tellement impuissant aujourd’hui que même en cette période électorale généralement riche en promesses démagogiques, aucune proposition n’est faite sur le sujet ! Parce qu’on ne sait pas reconstruire ce qu’on a laissé démolir, et qu’on n’ose pas s’attaquer à ce qui paraît encore un dogme intouchable à nos dirigeants : la libre-concurrence. Même si elle n’est libre que dans un sens, celui qui nous est défavorable.

Pourtant la mort de l’industrie en Europe n’est pas inéluctable.

L’Allemagne et la Suisse, peu connues pour leur dumping social, font mieux que résister. Au point que leur balance commerciale est excédentaire. Par snobisme, par mépris de la chose industrielle assimilée au travail manuel peu en grâce dans notre vieille France aristocratique, on a laissé mourir les usines et les emplois. Et avec eux, la source vive de l’économie.

Si bien qu’aujourd’hui, un taux de croissance de 2% n’a aucun effet sur l’emploi. Si on veut que l’avenir de la France soit autre chose qu’une réserve naturelle que nos enfants quitteront pour travailler ailleurs et où viendront se déstresser les travailleurs d’Asie, il faut une mobilisation générale pour sauver nos entreprises, stopper les délocalisations qui n’ont pour objet qu’améliorer encore un taux de profit conséquent, privilégier le plus souvent possible les achats de produits « made in France », freiner les délocalisations et les fermetures de sites industriels quand elles ne sont que des mesures de "rationalisation" visant à accroître le taux de profit de grands groupes.

Ça fait un peu ringard, voire lepéniste, mais c’est la voie à emprunter pour que la France ne soit pas demain une Lozère* du monde.

 

* Très beau département s’il en est.

Mais cette région sans ressources naturelles et au climat rude n’a pu résister à la concurrence des autres régions françaises quand le commerce s’est ouvert à l’intérieur de la France. Les habitants ont dû quitter la Lozère pour trouver un emploi ailleurs, réduisant au minimum la vie économique de la région.

Le même sort attend les États qui perdent les guerres économiques. Et on ne les gagnera pas en se contentant de délocaliser les emplois. On sauvera quelques entreprises, pas les États.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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