l'euro est-il la bonne option pour la Grèce?

Publié le 13 Février 2012

Amère piliule pour la Grèce, qui après dix ans d'euros, baigne non pas dans la prospérité annoncée par des politiques incompétents, mais dérive dans la faillite et l'anarchie.

grece emeutes

Des discours émollients, l'incompétence des dirigeants, l'inadaptation d'une monnaie unique aux pays aux économies les plus faibles, ont tué la Grèce.

On voit mal comment les mesures d'austérité annoncées pourraient sauver un pays dont l'économie est déjà trop faible pour être compétitive, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la zone euro.

Étranglée par une dette représentant 200% du Pib, le nouveau plan grec prévoit la baisse de 22% du salaire minimum, ramené à 586€ brut par mois - sur 14 mois - la suppression de 15000 postes de fonctionnaires, des coupes drastiques dans de nombreux budgets, des coupes dans certaines retraites ...

C'est le prix à payer pour que les créanciers du monde effacent d'un trait de plume 100 milliards d'euros de créances qu'ils détiennent sur la Grèce.

Mais à payer par qui?

Certainement pas par les experts et politiciens qui ont enfourné la Grèce dans la galère de l'euro. Pas non plus par les dirigeants de ces dix dernières années qui ont laissé filer l'endettement et le déficit.

Mais par les gens du peuple, et en  premier lieu les plus modestes et la classe moyenne, qui n'ont eu qu'un seul tort : faire confiance à la classe politique, à ceux qui forts de leurs diplômes et de leur appartenance à la soi-disant élite ont eu la prétention de vouloir jouer les guides.

80 000 manifestants ont manifesté hier à Athènes devant le Parlement. De très violentes émeutes ont éclaté, causant des affrontements entre émeutiers et forces de l'ordre faisant 60 blessés, incendiant plusieurs dizaines de bâtiments, détruisant deux banques ...

Le fossé est définitif entre ceux qui continuent à croire que hors l'euro, point de salut, et ceux qui au contraire pensent que le maintien à tout prix dans la zone euro, avec son cortège de mesures d'austérité, va conduire inexorablement le pays à la récession et la faillite, et le peuple à la misère.

Dans les deux cas, l'euro sort perdant, car on peut être sûr que la Grèce serait en meilleure santé si elle n'avait pas intégré l'euro. Ceux qui sont restés en dehors, Suède et Angleterre par exemple, ou des pays de l'Est, ne s'en portent pas si mal.

Devant l'échec actuel, les dirigeants grecs ont choisi de rester dans la zone euro, quitte à en faire payer le prix au peuple. Ils sont confortés dans ce choix par leurs alter-ego de l'Europe et du FMI, qui comme toujours préfèrent le statu-quo au changement, et sont dans la totale incapacité de reconnaître qu'ils se sont trompé.

L'alternative serait pour la Grèce de quitter l'euro, revenir à une devise nationale fortement dévaluée par rapport à l'euro et au dollar, se déclarer en faillite (ce qui ne serait pas très différent d'aujourd'hui, où la faillite est négociée) pour ne pas avoir à payer leur immense dette que la dévaluation ne ferait qu'amplifier, et adopter une gestion rigoureuse de l'économie. Ce ne serait pas indolore non plus, mais plus à même de restaurer et maintenir dans le temps la compétitivité du pays.

Les conseilleurs de la Grèce ne sont pas les payeurs. Les dirigeants de la zone euro veulent le maintien de la Grèce dans la zone pour rassurer les marchés sur le non éclatement de la zone euro.

Même au prix d'assoiffer les peuples. Si tous les plans de rigueur qui font désormais le quotidien des politiques économiques des pays de l'Europe du sud se révélaient inefficaces, alors il serait à craindre que les millions de victimes de ces plans se réveilleraient brutalement, et que les manifestations d'Athènes se propageraient dans bien d'autres capitales.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

Repost 0
Commenter cet article