l'épineux problème des ventes d'armes et assimilés

Publié le 19 Octobre 2011

Les affaires ne seraient-elles plus les affaires ?

amesys.jpgEn 2007, AMESYS, une PME française rachetée en 2010 par Bull, vend à Khadafi un système de suivi global de l'Internet. Il vise à récupérer toutes les données et fichiers attachés à divers protocoles de communication, dont Mail (smtp, pop 3 ...), Webmails (Yahoo mail, Gmail ...), voicp, chat, http, moteurs de recherche (voir le mode d'emploi).

Les données sont récupérées et regroupées dans une interface graphique, permettant des recherches muliti-critères afin de repérer "les suspects". Une belle base de données, qui permet en quelques clics de tout savoir sur les actes Internet des bon citoyens. Big Brother à la sauce libyenne ! et de bien d'autres dictateurs sans doute!

Nous étions en 2007, la France faisait ami-ami avec Kadhafi, le matériel n'était pas censé être militaire, donc non soumis à licence d'exportation. A telle enseigne que les Ministères de la Défense et de l'Intérieur se sont aussi fournis en matériel Amesys. Histoire sans doute d'espionner les journalistes et les hommes et femmes politiques d'opposition (mais rassurez-vous, la gauche s'en servira quand elle arrivera au pouvoir, pas question de gaspiller l'argent du contribuable !).

Mais l'amitié, c'est comme le vent, ça tourne. Et l'ami d'hier est devenu l'homme à abattre. Lui avoir vendu un beau matériel destiné à l'espionnage des citoyens est devenu inconvenant, et les américains se sont fait un plaisir de le proclamer. Si bien qu'aujourd'hui, la Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme et la Ligue des Droits de l'Homme ont porté plainte contre Amesys, pour complicité d'actes de torture. Rien de moins!

On ne doit pas regretter que l'éthique pénètre les pratiques commerciales, et que la liberté du commerce soit réglementée pour qu'on ne puisse pas vendre n'importe quoi, à n'importe qui, n'importe quand.

Mais c'est aussi là qu'est la difficulté.

D'abord on n'a pas entendu dire que les marchands d'armes aient été inquiétés en quelque façon. Ce sont quand même eux les premiers coupables. N'y a-t-il pas une belle hypocrisie à vouloir s'en prendre au marchand de logiciel informatique, et de ne rien faire contre les marchands d'armes ? Gageons que les armées de Kadhafi étaient riches de matériel made in France, USA, GB, Russie ou Chine.

Ensuite, il s'agit de matériel dont la guerre n'est pas la destination première. C'est parce que l'ONU  a déclaré la guerre à la Libye que le matériel est devenu suspect. Tout est dans l'usage qu'on en fait. Cela rend difficile de réglementer. On ne peut s'epêcher de douter que les Ministères français ci-dessus évoqués n'utiliseront le matériel acquis d'Amesys qu'à des fins de contre-espionnage !

Ensuite, la France était amie avec la Libye à l'époque de la vente.

AMESYS n'a pas contrevenu à la réglementation française, car il n'y avait pas d'embargo sur la Libye. Même si le matériel a été utilisé dans un but malveillant par les autorités libyennes, et cela ne fait aucun doute, il est juridiquement impossible sans doute de la condamner.

Un jour, peut-être ...

Il reste que la question des ventes d'armes et de matériel "à double usage" est un problème bien épineux que le monde aura un jour à résoudre. Mais les intérêts commerciaux et la stratégie géo-politique continueront encore longtemps à imposer leur loi.

Les marchands d'armes et les richissimes intermédiaires qui servent de couverture blanchissante aux Etats établis ont encore de beaux jours devant eux.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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