l'engrenage du déclin

Publié le 20 Juin 2012

Ca continue. Un nombre croissant d'entreprises françaises ferment.

Les Tissus Mermet la semaine dernière, les poulets Doux, les contreplaqués Plysorol, la société de gardiennage Neo Security, Technicolor, Fralib, Surcouf, Caddie, ces deux dernières ayant déposé le bilan. L'été s'annonce meurtrier pour l'industrie française. D'autant qu'à ces entreprises en grande difficulté financière, il faut ajouter des fermetures d'usines ou délocalisations décidées pour optimisation de gestion financière. Comme Peugeot qui va sans doute décider de fermer l'usine d'Aulnay-sous-Bois, la dernière usine automobile résidant encore en Île de France. Ce sera évidemment une catastrophe pour l'économie locale, 3600 emplois directs sont concernés, peut-être autant d'emplois indirects. Des milliers de gens qui vont pointer à Pôle Emploi, des milliers d'autres qui iront grossir encore les flots des voyageurs, individuels ou collectifs, contraints d'aller travailler loin de chez eux.

Le défi est périlleux pour Arnaud Montebourg, car aller sauver une entreprise en difficulté est autre chose que de tenter de s'opposer à une délocalisation pour raisons financières.

Pour les premières, il y a le Ciri, très ancienne structure, mobilisée dès qu'une entreprise d'une certaine taille a des difficultés. Il est actuellement surchargé, et peine à faire face à l'afflux de dossiers.

Pour les deuxièmes, une intervention politique est plus aisée, et pourrait se voir renforcée de dispositions législatives.

Dans les deux cas, l'origine des difficultés vient du rétrécissement du marché français.

Pour les grandes entreprises tentées par les délocalisations, il s'agit de baisser le prix de revient pour être compétitives sur les marchés étrangers. Pour elles, les source d'activité et de profit se trouvent ailleurs qu'en France, rendant problématiques les moyens de pression du Ministre.

Les autres éprouvent une difficulté croissante à se maintenir sur un marché domestique envahi par une concurrence étrangère oeuvrant sur des marchés à bas coût. Leur problème de compétitivité - hausse des charges, niveau de l'euro -  met à bas leur business modèle, les contraignant à vendre moins cher pour maintenir à peine leur activité.

Dans les deux cas, c'est la difficulté de maintenir une activité en France qui est la source du mal. Un moindre mal pour les grands groupes internationaux, qui trouvent ailleurs ce qu'ils n'ont plus en France, et rechignent à conserver des unités de production, jugées d'autant plus coûteuses qu'elles sont destinées à alimenter des marchés étrangers.

Une activité stagnante ou déclinante liée à des prix de ventes de plus en plus serrés conduit naturellement l'entreprise à la déroute financière, et à l'impossibilité pour elle de trouver les ressources nécessaires à l'innovation, condition de sa  survie. C'est l'engrenage du déclin, menant à la disparition.

Les aides financières et les dispositions réglementaires ne suffiront pas à inverser le mouvement.

Il faut que les entreprises installées en France trouvent sur le marché français leur source principale d'activité, à des conditions financières rentables.

Cela ne peut que passer par une dose de nationalisme économique, qui fera, dans une certaine mesure, privilégier le produit made in France par rapport à celui fait à l'étranger. Il y a aucune raison pour que PSA et Renault conservent des usines en France, si les français choisissent, pour des raisons souvent irrationnelles, des voitures étrangères.

L'Etat peut aider ce mouvement à se développer, en créant un label "made in France", et sensibilisant les citoyens-consommateurs. Car c'est de ces derniers que dépend la clé du succès. Le consommateur doit avoir conscience qu'en achetant un produit made in France, il contribue au maintien ou la création de l'emploi en France, pour lui et ses enfants. La grande distribution doit aussi reconnaître sa part de responsabilité, elle qui depuis des années se focalise exclusivement sur le prix de vente, mettant en avant des produits asiatiques certes pas chers, mais de qualité moyenne, et à des prix qui ont eu pour conséquence la mort de milliers d'entreprises en France.

Le citoyen-consommateur ne doit pas compter sur des mesures dirigistes de l'Etat. Le retour au protectionnisme est une vue de l'esprit, et aurait des conséquences dramatiques pour les secteurs industriels les plus avancés et les plus innovants.

Chaque citoyen-consommateur doit balayer devant sa porte, s'interroger sur son modèle de consommation, ne plus privilégier exclusivement le prix quand il le peut, cesser d'acheter étranger au motif principal de ne pas avoir la marque de tout le monde,  penser qu'en achetant made in France il préserve son emploi et celui de ses enfants.

Ce n'est pas gagné dans un pays imprégné par le snobisme, où chacun veut tout sans avoir à en payer le prix, comptant sur l'Etat pour remédier à ses faiblesses.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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