l'assignat , ou la tentation de la planche à billets

Publié le 18 Octobre 2010

Signe que les mauvaises habitudes perdurent, Le Figaro Economie publie le 18 octobre un article sur la politique monétaire américaine et le fonctionnement de la planche à billets. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, la fuite du dollar est un facteur très préoccupant pour l'avenir.

 


17 octobre 2010

Quatre assignats retrouvés dans un tiroir : l'occasion de rappeler un passage d'histoire financière malheureux.

En 1789, les finances royales sont exsangues, et la moitié du budget royal est affectée au remboursement de la dette. En Novembre,  Talleyrand fait voter par l'Assemblée constituante la confiscation des biens du clergé, c'est à dire sans paiement d'indemnité. La Caisse de l'Extraordinaire sera chargée de vendre ces biens. Mais il faut organiser la Caisse, procéder aux ventes. Le délai sera trop long. Il est donc décidé le jour même de la création de la Caisse d'émettre des billets qui seront "assignés" sur les biens confisqués : l'assignat  est né.

Pour assurer le succès de l'assignat, le moyen est simple: toute personne qui veut acheter un bien du clergé doit le payer avec des assignats. Il doit donc les acheter préalablement auprès de l'Etat. Une fois la vente effectuée, les assignats doivent être détruits.

assignat-5-livres-copie-1.jpg assignat-10-livres.jpg assignat-15-sols.jpg assignat-25-sols.jpg 

Les assignats sont des billets uniface, avec filigranes. On retrouve deux mentions particulières :

"La loi punit de mort le contrefacteur"  et  "La nation récompense le dénonciateur".

Ce qui devait arriver arriva. Pour faire face à ses besoins grandissant, l'Etat transforme le 1er avril 1790 l'assignat en papier monnaie, l'utilise pour faire face à toutes ses dépenses courantes, ne procède plus aux destructions prévues, en imprime plus que la valeur des biens sur lesquels il est théoriquement assis. L'assignat  aura perdu 60% de sa valeur en 1793. L'or, l'argent vont flamber. Pour sauver l'assignat, il va être rendu obligatoire dans les transactions publiques et privées. En septembre 93, début de la Terreur, la non acceptation de l'assignat est punie de peine de mort.

Jusqu'en 1795 la planche à billets va fonctionner allègrement, et il y aura cette année là pour 45 milliards de livres d'assignats en circulation, pour une valeur des biens confisqués de 3 milliards. Les tentatives pour éponger cette masse monétaire excessive (emprunt forcé notamment) ne réussiront pas, et l'assignat sera abandonné en 1796 par le Directoire.

Si l'assignat a sauvé l'Etat de la faillite et a permis de financer la guerre, il est considéré quand même comme un échec, l'exemple de ce qu'il ne faut pas faire en matière de politique monétaire : augmentation non contrôlée de la masse monétaire, avec son cortège d'inflation, de fuite devant la monnaie en laquelle personne n'a plus confiance, d'appauvrissement.

Cela ne servit pas vraiment d'exemple, et les révolutionnaires ne furent pas les derniers à faire marcher la planche à billets.

Rédigé par jdio

Publié dans #un peu d'histoire

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