Jérôme Kerviel

Publié le 9 Octobre 2010

9 octobre 2010

On reparlera donc de l'affaire Kerviel, puisqu'il y a appel. Ce n'est pas ce que souhaitait la SG. Que conclure aujourd'hui?

salledemarchéD'abord que l'appât du gain peut conduire un homme aux pires folies, d'autant plus qu'il est emporté dans un milieu permissif comme peut l'être celui d'une  salle de marché.

Ensuite que si les procédures de contrôles ont été défaillantes, nul ne peut dire que cela ne pourra pas recommencer ailleurs, voire que cela se ne se soit pas déjà reproduit. Depuis 1995, vingt cinq traders ont essuyé une perte de plus de 200 millions de dollars, dont quinze dépassaient le milliard. Il y aura d'autres Kerviel, s'il n'y en a pas déjà.

Aussi que les délires d'un seul peuvent couler une banque de la taille de la SG, réputée pourtant pour le sérieux et la qualité de sa gestion.

Surtout, on voit la dimension que ces opérations ont prise depuis une quinzaine d'années, sous l'action des banques dites d'investissement, qui ont fait exploser les activités pour compte propre, qui sont de la pure spéculation.

La conséquence, outre le risque Kerviel, est la création de bulles spéculatives qui quand elles explosent, et elles explosent toujours, engendrent des crises mondiales aux conséquences économiques et sociales potentiellement dramatiques. Tous les traders veulent profiter d'un marché à la hausse, tous les traders ont les mêmes analyses et les mêmes logiciels. Quand toutes les anticipations vont dans le même sens, c'est la bulle qui se crée quand elles sont haussières, c'est l'explosion quand elles sont baissières. La généralisation des activités de trading ajoutée à l'apport de la technologie qui permet d'intervenir partout et à toute heure a contribué immensément à accélérer les cycles. Le monde paraît condamné à aller de bulle en bulle, d'explosion en explosion, de crise en crise, à intervalles de plus en plus rapprochés.

Plus récemment, les activités de trading des institutions financières se sont étendues aux matières premières, qui intègrent maintenant les portefeuilles des épargnants. Cela veut dire que les bulles spéculatives atteignent maintenant des produits alimentaires ou des ressources naturelles, avec des conséquences imprévisibles sur les pays les plus pauvres.

Ce sera certainement un des grands défis des politiques de demain que de dompter cette dictature des marchés financiers qui s'est installée sous l'action conjuguée de la mondialisation, des technologies et de la  recherche de profits (avidité dirait JPB).

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L'affaire Kerviel, ce n'est pas le Petit Poucet    contre l'Ogre financier.               

 Lire l'article ladepeche.fr                                                                                                   

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                    

5 octobre 2010

Condamnation sévère pour Jérôme Kerviel.

kerviel1Jérôme Kerviel a été  condamné à 5 ans de prison, dont 3 ferme,  et à verser à la SG la somme de 4,9 milliards d'euros de dommages et intérêts, montant des pertes que ses actes ont générées.

Sanctions très sévères donc, puisque dépassant ce que le procureur avait demandé. La SG ne devrait pas réclamer les milliards si Kerviel était définitivement condamné, ce qui ne change évidemment rien, Kerviel étant bien incapable de verser une telle somme.

L'angoisse de Kerviel, pouvait-on lire avant le jugement ? La prison. Il y a déjà passé 36 jours, et sa hantise était d'y retourner. Il sait donc de quoi il a peur.

Kerviel va faire appel, il n'ira en prison que si le jugement est confirmé.

Que dire?

Il aurait pu couler la banque, avec les conséquences pour les clients et les salariés.

L'air du temps était permissif, et la banque aurait dû voir. Mais cela ne peut justifier la faute. Autrement toute faute doit être excusée par l'absence du gendarme.

On ne peut pourtant jamais se réjouir de voir un homme condamné à la prison. Trois ans de prison, cela  suffit pour  complètement le démolir. On rêve de sanctions qui ne passent pas par les violences et humiliations carcérales, et desquelles on puisse se relever autrement qu'en étant devenu un vrai dur rejetant la société de droit.

Pendant ce temps là, Hughes Le Bret, directeur de la Communication à la SG à l'époque des faits, président de Boursorama, filiale SG, depuis quelques mois, a écrit un livre prévu pour sortir deux jours après le jugement,  racontant son vécu avec l'équipe de direction SG après la découverte des dégâts, réglant ses comptes avec ses collègues du Comex. C'est ce qu'on appelle cracher dans la soupe, non? Une soupe qu'il avait bien grasse et bien épaisse à la SG pourtant. Trop sans doute.


1er juillet 2010

logo sg

Coupable Jérôme Kerviel ? sans doute. Il a engagé 2,5 fois les fonds propres de   la banque, risquant de la faire chuter, avec les immenses conséquences que cela aurait eu pour les clients, les épargnants et emprunteurs, l'économie, les salariés.

Coupable sa hiérachie ? sans doute pas, mais permissive, oui.

Kerviel a voulu jouer aux grands traders, les dépasser, pour la notoriété et le prestige, la fortune aussi. Ce sont des dizaines de millions d'euros que les plus chanceux amassent chaque année, fleurissant le parking de la tour Valmy de leurs rutilantes Ferrari.

Kerviel n'est pas que la créature de la Société Générale. Il est la créature d'un capitalisme financier triomphant et sans contrepouvoir, dont le seul objectif est l'appât du gain au travers d'opérations spéculatives à l'utilité sociale faible, voire nulle. Pendant plus de 10 ans, l'ex président Bouton a bassiné ses salariés pour les convaincre que l'accroissement de valeur pour l'actionnaire devait être la motivation déterminante de leurs efforts quotidiens !!  Quand on sait qui sont les actionnaires, on voit qu'on est loin des idéaux entreprenauriaux qui sont mis en avant dans les écoles et les universités.

Il n'est pas certain que la leçon sera retenue, car on n'est pas loin de retomber dans les mêmes errements. La banque a une chance inouie, c'est qu'il est peu concevable de la laisser tomber en faillite, les conséquences sociales et économiques seraient trop grandes. Tentation pour nos super managers, non banquiers pour la plupart, d' une certaine permissivité, sachant que si la situation devient grave, l' Etat viendra à la rescousse ?

Avec quelle indécence tous ces messieurs se sont-ils précipités dans les bras de l'Etat dès qu'ils ont senti passer le boulet de la faillite, et avec quelle condescendance ont-ils remboursé à la première étincelle de prospérité venue .

Kerviel sera condamné, il aura du sursis, ou une libération conditionnelle, et il rebondira.

Mais toutes les institutions financières qui ont engendré ces créatures, et qui les engendrent encore, que leur arrivera-t-il? Rien, si ce n'est deux trois règlements supplémentaires à respecter, un surplus de statistiques à remettre aux multiples autorités de contrôle, quelques ratios financiers de plus imposés par Bâle III, alors qu'on a vu que les déjà très contraignants Bâle II n'avaient rien empêché du tout.

Peut-être faudrait-il revenir aux anciennes séparations entre banques d'investissement et banques de dépôts, pour ne plus permettre qu'une poignée de traders fous déconnectés de toute réalité jouent sur le tapis de leur passion du jeu la vie de centaine de milliers de clients et salariés.

Voir ci-dessous un article paru dans La Tribune de juin 2010

kerviel kerviel

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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