immolée par le feu

Publié le 14 Octobre 2011

Une professeur de mathématiques de 44 ans s'est immolée par le feu dans la cour de son école, devant ses élèves.

A quel degré de souffrance en est-elle arrivée, pour, un matin, vers 10h, se placer dans la cour, au moment de la plus forte affluence, s'arroser d'essence, mettre le feu, et le corps en flamme, s'avancer vers les élèves en lançant "j'ai fait ça pour vous" ?

On lit qu'elle était un peu "vieille école", un tantinet sévère. Qu'elle n'hésitait pas à se coltiner avec les élèves les plus durs. On lit aussi qu'elle était fragilisée dans sa vie privée, la mort d'un neveu.

On imagine surtout le mur d'incompréhension qui a pu se créer entre elle et des élèves, à la décontraction et l'insolence destructrices pour les plus fragiles. Un blocage se serait produit entre l'enseignante et les enseignés, on imagine les moqueries, grossièretés, insolences, insultes peut-être.

Quoiqu'il se soit passé, elle s'est sentie attaquée au plus profond de sa personne. Comme pour la plupart d'entre nous, le travail est l'activité la plus importante de la vie. Celle qui vous valorise, justifie votre existence, affirme vos compétences.

Mais le travail, c'est aussi un peu le tribunal, on y est en permanence noté et jugé. C'est encore plus vrai dans une classe d'école, où le prof passe l'intégralité de son temps devant des élèves qui peuvent rapidement passer de juges à bourreaux.

Son auto-destruction par le feu est un effrayant cri de désespoir et de solitude.

Il recèle la détresse la plus profonde, celle de celui qui se sent nié dans son existence et sa finalité mêmes. Sa localisation dans la cour de l'école, devant ce qui a été pour elle ses bourreaux, est un dernier cri de désespoir, d'amour et de haine aussi envers ceux qui l'ont rejeté. N'y a-t-il pas une volonté de culpabilisation de ceux qui l'ont amené à ne plus voir d'autre solution pour elle que la mort ?

On dit qu'elle va survivre, bien que brûlée au 3ème degré.

Quelle sera sa vie future, alors qu'à son désespoir il faudra qu'elle ajoute la souffrance et les stigmates des brûlures, un métier perdu, un regard insupportable des autres?

 

18h25 - J'apprends que Lise est décédée.

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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