gaffes et dictature des marchés

Publié le 10 Novembre 2011

Alors que la dictature des marchés impose sa loi, des pyromanes allument les mèches.

Dictature des marchés : expression à la mode, née il y a quelques années seulement, qui décrit une évolution forte du capitalisme mondial, visant la suprématie du ou des marchés sur le monde entier.

Elle est le fruit, non d'une volonté délibérée mise en action par une main invisible, mais de l'évolution logique, naturelle, du capitalisme, permise par :

- la chute du communisme, qui a supprimé toute modèle alternatif au capitalisme, et libéré tous les freins moraux et culturels à la réalisation d'opérations profitables

- l'ouverture des frontières, qui a permis la liberté de circulation des biens et services, des capitaux, des personnes

- l'explosion des technologies de communication.

D'abord les entreprises, maintenant les États.

Les entreprises cotées ont été les premiers acteurs à s'être soumis. Il faut plaire au marché avant de plaire aux clients et aux salariés. Les décisions stratégiques visent dorénavant  à satisfaire les actionnaires, analystes, traders, plus que les clients. Le développement inconsidéré des stock-options a accentué encore le mouvement. La pérennité de l'entreprise n'en sort pas gagnante.

Maintenant ce sont les États qui sont les jouets du marché. Certes la Grèce, l'Italie et d'autres sont endettés. Mais les anticipations et comportement des marchés gonflent inconsidérément la crise, neutralisent l'effet des mesures prises, et créent un effet cumulatif panurgien générateur de réactions en chaîne qui va nous conduire à la catastrophe.

Nouvelle étape dans la dictature, ce sont maintenant les gouvernements que le marché fait tomber. La Grèce, l'Italie, demain l'Espagne: autant de gouvernements où le marché a remplacé le peuple. On peut vraiment parler de dictature des marchés.

Dans ce contexte d'hyper sensibilité, deux coups dans le dos sont donnés à la France.

olli-rehn.jpgLe premier est asséné par les autorités européennes de Bruxelles, qui attendent de la France davantage d'austérité, et le proclament. Ces mêmes autorités qui ont tué l'idéal européen dans un océan technocratique imbuvable, dont l'acte d'action essentiel a été la libre concurrence, entraînant la mort de milliers d'entreprises européennes, et avec elles le sous-emploi et la récession, ont l'inconscience, en pleine crise, en plein doute, de mettre en question la crédibilité du deuxième État de l'Union et son moteur principal !

Si le Commissaire européen des Affaires économiques, Olli Rehn,  voulait tuer l'Europe, il ne s'y prendrait pas autrement. Incompétence du commissaire, ou petite revanche, bien irresponsable, à l'égard du coq français? 

Le deuxième vient de Standard & Poor's. Cette officine donneuse de leçons au monde se serait prise les notes dans le tapis, en communiquant à ses abonnés la prochaine dégradation de la France. Erreur, proclame la direction. Erreur? Embêtant, quand même, non? Dans l'état actuel des marchés, compte tenu du rôle que ce même marché accorde à ces agences, cette petite erreur est pour le moins préoccupante.

Ou c'est une erreur, et alors il faut rapidement et sévèrement revoir la pertinence d'accorder la moindre crédibilité à ces entités noteuses, et dégrader rapidement l'officine. Ou c'est une première annonce préparant la venue de la suivante, la perte de la France de son 3ème A. Et alors là, bonjour les dégâts. La première et immédiate conséquence sera une augmentation des taux d'intérêt, et une explosion de la charge de la dette, déjà le premier poste budgétaire.

Ensuite, si la France se trouve pris dans le même collimateur que la Grèce, c'en sera fini de l'Europe, de l'euro et de sa zone. Et la crise économique qui s'ensuivra sera longue et destructrice.

Qu'ils soient idiots, inconscients, ou spéculateurs cherchant des bonnes affaires, ces pyromanes sont autrement plus dangereux que les terroristes d'Al Quaida, l'ex-dictateur iraquien, ou l'Iran, même détenteur d'une amorce de bombe atomique!

Avec la dictature des marchés, la moindre étincelle devient incendie. Si en plus des pyromanes allument les mèches, c'est le monde qui flambe. Sans espoir d'extinction par des pompiers divisés et sans eau.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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