LEJABY - une délocalisation ordinaire

Publié le 24 Décembre 2010

Lejaby ... c'est fini.
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Trop tard selon les syndicats.
Les politiques semblent prendre conscience de la gravité pour la France de la désindustrialisation  que ces délocalisations génèrent. Il ne faut pas se leurrer, toutes les délocalisations ne sont  pas évitables. Mais quand elles sont la conséquence de l'incurie de gestion de financiers propriétaires, ou qu'elles sont des actes de gestion ordinaire d'entreprises dont le seul objectif est l'accroissement du taux de profit, alors il faut se poser des questions.
Et ne pas oublier que tous les pays se protègent.

20 septembre 2000
Des ouvrières de LEJABY luttent contre les délocalisations qui vont supprimer leur emploi. 
L'histoire de LEJABY est l'histoire ordinaire de beaucoup de PME françaises. Un créateur visionnaire qui cède son entreprise, un environnement marqué par la concurrence des pays à bas-coût de main d'oeuvre, une mauvaise gestion des repreneurs. Et le tissu industriel français s'amenuise peu à peu.
LEJABY est une entreprise française de lingerie féminine, créée en 1930 par Marcel Blanchard à Bellegarde-sur-Valserine (Ain), et Gabrielle, dite Gaby, sa belle soeur, qui crée les modèles dans l'arrière salle du cinéma de Bellegarde.
L'entreprise produit aujourd'hui sous plusieurs grandes marques en dehors de la sienne, comme Rasurel, Nina Ricci et Elixir.
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L’américain WARNACO  a acquis LEJABY en 1996. En 2003, il licencie 250 personnes pour délocaliser; en 2008 il revend LEJABY au groupe autrichien PALMERS.
Ce dernier met un an avant de nommer un dirigeant à la tête de LEJABY. Il fait l'impasse, comme son prédécesseur dans les dernières années, sur les investissements publicitaires et marketing. Résultat, les ventes s'effondrent,  -23,6% en deux ans, contre - 4% sur la même période dans le secteur.
Parallèlement, PALMERS considère qu'il a payé trop cher l'entreprise et intente une procédure judiciaire contre WARNACO pour casser la vente.

 Le 1er avril dernier PALMERS annonce son intention de supprimer 197 postes sur 653, et de fermer trois sites de production en France, dont le berceau historique de Bellegarde-sur-Valserine. L'objectif visé est de produire à moindre coût à l'étranger (Tunisie, Maroc, Chine, Pologne). 12 millions d’euros seraient investis dans la pub pour relancer les ventes.
A noter que l'entreprise est bénéficiaire, dégageant un résultat net de 1,1 M€ pour un CA de 62,7M€ (1,75%).
 
70% de la production de LEJABY est aujourd'hui délocalisée. Ce chiffre sera porté à 93% après réalisation des nouvelles délocalisations annoncées.
Trois des quatre sites de production seraient fermés, un seul atelier «pilote» serait conservé à Yssingeaux , ville de Haute-Loire dont le député est… Laurent Wauquiez, ministre de l’Emploi ! 

 Les salariées demandent une indemnité de 70.000 euros par personne. La direction propose 10.000 euros et 420 euros par année de travail, déplore Esmahan Haxair, 45 ans, ouvrière à Bellegarde. "Pour moi, qui ai 28 ans de maison, ça me ferait 32.000 euros, le compte n'y est pas !"
Lors des états généraux de l'Industrie, il a été conclu que "l'habillement, la mode et le luxe devaient être les priorités de la France, car les savoir-faire sont là", constate Nicole Mendez.
On sait que les promesses n'engagent que ceux qui les reçoivent.
L'histoire de LEJABY montre la difficulté de nombre d'entreprises à rester compétitives sans recours à la délocalisation. Elle est aussi révélatrice des difficultés connues par nombre de PME quand leurs actionnaires et créateurs les vendent à des grands groupes. Le controle de gestion ne remplace pas la fibre entrepreneuriale, faite de feeling, d'audace et d'attachement à l' entreprise.

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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