Démondialisation ?

Publié le 13 Octobre 2011

Depuis vingt ans, on nous bassine les oreilles avec la mondialisation, qu'on confond allègrement d'ailleurs avec le simple libre-échange. Et de ricaner quand certains essayaient de voir un peu plus loin que le bout de leur nez, et tentaient d'exprimer des doutes et des réserves.

demondialisation-.jpgL'air du temps serait-il à la démondialisation ?

La roue semble tourner, et la démondialisation paraît devoir être le sujet à la mode. Le Sénat américain s'est d'ailleurs emparé du sujet, et cherche les moyens pour limiter la concurrence de la Chine.

En France, la démondialisation est maintenant dans la bouche de tous les opposants, de droite et de gauche. Au Front National, comme toujours, on ne fait pas dans la nuance : il faut fermer la frontière de la France pour se protéger, et quitter la zone euro.

Le libre-échange n'est qu'un des aspects de la mondialisation, qui comprend aussi la liberté de circulation des capitaux et l'instauration du monde en place financière unique, l'intégration dans les produits "made in quelque part" de produits fabriqués dans plusieurs pays, la localisation des productions de biens et services dans les pays à moindres coûts par appel à la sous-traitance et la délocalisation.

On connaît les conséquences : explosion des flux commerciaux, démarrage économique des pays émergeants à bas coûts salariaux. Mais aussi, dans les pays développés, invasion de produits à bas prix entraînant la disparition accélérée  des activités domestiques, délocalisations des productions de biens et services, ces deux derniers effets amenant des taux de chômage explosifs, apparition d'une sphère financière mondialisée, incontrôlée parce que transcendant les Etats, dégradations de l'environnement par accroissement des distances de transports, arrivée de produits fabriqués en transgression de toutes les normes de sécurité et de respect de l'environnement fixées par les Etats, marginalisation du pouvoir des Etats.

Contrairement à ce qu'ont voulu nous faire croire certains, la mondialisation, ce n'est pas du "gagnant-gagnant".

Une mondialisation contrôlée.

Il ne peut évidemment être question de tout casser et de revenir à un système autarcique. Le commerce international est source de prospérité économique, et par ailleurs le meilleur gage de paix entre les nations.

Mais c'est autre chose de penser qu'il faut laisser faire totalement, en pensant que le coût de la vie augmente aussi en Chine et en Inde, et que dans x années, leur avantage compétitif aura disparu. Parce que l'Europe aura disparu avant.

Il faut bien voir que si on laisse entrer sans contrainte aucune n'importe quel produit, moins cher parce que fabriqué dans un pays émergeant, et n'intégrant aucune norme de sécurité, on condamne à la disparition toute activité européenne. Comme aussi la technologie est maintenant domiciliée en Chine et en Inde autant, voire plus, qu'en Europe, pas question d'asseoir notre compétitivité sur la différentiation technique.

Les solutions ne sont évidemment complexes. Elles passent nécessairement par l'Europe, et ne seront ni spectaculaires ni à effets immédiats (plus longs que les mandats électoraux). Elles demanderont aussi, et peut-être même surtout, une prise de conscience de tous les agents économiques et une modificaion des comportements. 

Que les grandes entreprises cessent de délocaliser seulement pour accroître d'un chouilla le taux de profit. Si on laisse faire, les banques par exemple, un des grands employeurs de France, non seulement réduiront de faon drastique leurs effectifs commerciaux dans des réseaux qui vont fondre comme neige au soleil, Internet oblige, mais vont transférer à l'étranger les back-offices centralisés ou en voie de l'être. Le client y perdra une bonne part de qualité de service, et l'économie française des dizaines de milliers d'emplois. Il faudra savoir raison garder, intégrer la citoyenneté dans les paramètres de décision. Après tout, utiliser l'emploi de travailleurs en France pourrait être un argument de vente.

Mais le consommateur doit aussi avoir ce regard citoyen. Si chacun veut que ses enfants puissent travailler en France, s'ils le veulent, alors regardons d'un peu plus près ce que nous achetons, privilégions le produit made in France quand il est équivalent, évitons l'achat étranger par snobisme.

On ne fermera pas les frontières, ce n'est ni possible ni souhaitable. L'Europe prendra des mesures limitées si on reste dans la configuration actuelle, car les intérêts des pays ne sont pas les mêmes. La France seule est désarmée, quoiqu'aimeraient nous le faire croire les politiques.

Le meilleur espoir est dans une prise de conscience collective, et d'une modification des comportements.

On peut toujours rêver, non?demondialisation.jpg

Rédigé par jdio

Publié dans #notre temps

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