cinéma - l'exercice de l'Etat

Publié le 15 Novembre 2011

Le pouvoir. Un rêve qui anime les hommes depuis les premiers temps.

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exercice etatLe film de Pierre Schoeller tente avec succès de nous décrire la vie d'un homme d'Etat dans sa réalité quotidienne, faite de convictions et de renoncements, de chausse-trappes et de compromis, dans un climat permanent de vitesse et précipitation.

Bertrand Saint-Jean (Olivier Gourmet) est ministre des transports. Dans son lit, il rêve, le sexe en érection, de serviteurs encagoulés et d'une femme nue qui s'engloutit dans un crocodile, quand il est réveillé par Gilles (Michel Blanc), son directeur de cabinet . Il y a eu un accident de car très grave, avec mort d'enfants. Bertrand décide d'aller sur les lieux, et la mécanique se met en place. Transport du ministre, arrivée sur les lieux, parents fous de douleur, pompiers traumatisés, enfants en larmes, entretiens avec le préfet, recueillement du ministre, quelques mots à la presse. Retour à Paris, réunions, conseils, comités, visites de terrain, le tout s'enchaîne à un rythme fou, emportant les collaborateurs et réduisant à pas grand-chose la vie privée.

exercice-etat-.jpgJeune en politique et n'appartenant pas au sérail, Bertrand est un ministre de conviction, homme de terrain engagé. Pourtant, il lui faudra aller à l'encontre des engagements qu'il avait pris, et accepter le principe de privatisation des gares SNCF. C'est le prix à payer pour continuer à plaire au PR (c'est ainsi qu'on surnomme le président de la république) et continuer à être ministre.

Les grands choix sont faits ailleurs qu'au ministère. Pour durer, il faut savoir  avaler les couleuvres. Son directeur de cabinet ne s'y résoudra pas, et choisira de retourner préfet.

Qu'est-ce qui fait donc courir les politiques, quand on peut être un ministre bien vu du président et aux convictions fortes, et se voir imposer des décisions qui ne sont pas les siennes? C'est une des questions d'un film qui défile au rythme de la vie du ministre, de réunion en visite de terrain, en compagnie de sa chargée de communication et de son directeur de cabinet.

La réponse ? le pouvoir, au service de l'Etat.

C'est le choix de Gilles, qui l'exprime, dans un dialogue très réussi, à un directeur de cabinet qui a choisir d'aller vers le privé.

Car la vraie question aujourd'hui n'est-elle pas de savoir où est le vrai pouvoir, dans un temps où le périmètre de l'Etat se réduit comme peau de chagrin, où le marché et l'économie mondialisée imposent leur loi, où les agences de notation font la pluie et le beau temps, défaisant même les gouvernements, où les grandes entreprises prennent leurs décisions en complète indépendance.

"L'exercice de l'Etat" est un film magnifique, qui vous prend en haleine du début jusqu'à la fin, parce que la vraisemblance est toujours respectée, que le regard n'est pas manichéen. Pas de "tous pourris" ici, et si le ministre mange son chapeau, il n'est pas pour autant un cynique prêt à tout pour durer. Le film n'en est pas pour autant rassurant.

Rédigé par jdio

Publié dans #un peu de culture

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ta d loi du cine 28/02/2012 17:54

Bravo pour ce bon article, qui met en évidence les points essentiels d'une certaine pratique de la politique contemporaine. Je rajouterais l'insistance mise sur la place de la communication. Si,
comme vous le dites, "les grands choix sont faits ailleurs qu'au Ministère", il est montré la nécessité de quand même "garder le contact" avec les média pour continuer à "exister". Et cela implique
la recherche de la petite phrase, de la "mise en scène" qui retiendra l'attention des journalistes et fera qu'il sera question du Ministre - davantage que de son action réelle.
s() ta d loi du cine, "squatter" chez dasola