cinéma - 38 témoins

Publié le 19 Mars 2012

Film de Lucas Belvaux, inspiré du roman de Didier Decoin " est-ce ainsi que les femmes meurent?".

38-temoins.JPGUne jeune fille de 18 ans est retrouvée un matin dans le couloir de son immeuble, dans le centre de la ville du Havre. Il apparaît qu'elle a été sauvagement assassinée, frappée de nombreux coups de couteau. Manifestement le tueur s'est acharné sur elle.

38 témoins potentiels sont interrogés par la police. Tous affirment n'avoir rien vu ni rien entendu, plongés dans le sommeil. Sauf un, qui s'est levé, est allé sur son balcon, et a demandé le silence pour faire cesser les hurlements.

Pierre a entendu aussi. Il est pilote de remorqueur, il vit avec Louise. Pierre n'a pas ouvert à la police venue lui demander s'il avait vu ou entendu quelque chose. Mais quelque chose s'est brisé en lui. Il n'est plus personne, il a honte de lui, et sa relation avec Louise se dégrade en proportion de l'image qu'il a désormais de lui-même.

Au bout de quelques jours, contre l'avis de Louise et d'autres témoins, il va avouer à la police ce qu'il a entendu. Avouer par là même sa lâcheté. En même temps, c'est la lâcheté des trente sept autres témoins qu'il affiche.

Les témoins étant revenus sur leurs dépositions initiales, ce sont trente huit personnes que le procureur doit inculper pour non assistance en personne en danger. Mais il ne le veut pas, parce que "un témoin qui se tait c'est un salaud, trente huit cela devient Monsieur Tout le monde". Un procès, ce serait un scandale, l'affaire du Havre, le syndrome du Havre. Avec des accusés qui auront eu peur, comme tout le monde, ou qui auraient été sous le coup de somnifères, ou qui n'auraient pas cru à la gravité de ce qu'ils avaient entendu. Un procès, cela aurait été un scandale, des tribunes à n'en plus finir, des gesticulations médiatiques et politiques sans résultat au bout. Alors le procureur n'en veut pas.

Mais quand une journaliste relate l'affaire après avoir été branchée par un policier, la reconstitution ne peut être évitée. C'est l'aboutissement du film, une scène terrible et angoissante, avec les hurlements répétés de la jeune fille, qui ne sera pas sans conséquence.

La peur et la lâcheté sont les thèmes de ce film remarquablement mis en scène. Contrairement au roman de Decoin, on ne saura pas qui est le meurtrier. L'objet est bien de montrer la pleutrerie de chacun, qui n'a même pas le geste de téléphoner à la police. Le roman est tiré d'une histoire vraie qui s'est passée aux EU.

Il renvoie à chacun sa propre image et sa propre interrogation : et nous, qu'aurions-nous fait à leur place?

Albert Einstein : « le monde est un endroit redoutable. Non pas à cause de ceux qui font le mal, qu'à cause de ceux qui voient ce mal et ne font rien pour l'empêcher».

Rédigé par jdio

Publié dans #un peu de culture

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