ça craque dans la zone euro

Publié le 16 Janvier 2012

Ça craque dans la zone euro.

euro-craque.jpgL'Estonie, petit pays aux finances exemplaires, ne veut plus payer pour les mauvais élèves.

L'euro et sa zone devaient unifier l'Europe et faire que le monde en général, et les prêteurs en particulier, regardent la zone euro comme une entité financière unique. Or il n'en est rien. Les pays européens restent notés individuellement, et sont répartis aujourd'hui dans quatre groupes bien distincts : les meilleurs - Allemagne, Finlande, Luxembourg, Pays-Bas - les bons, dont la France, les médiocres, et les pourris (junk bonds) que sont la Grèce, Chypre et le Portugal. A chacun évidemment des taux d'intérêt différents, 1,75% pour l'Allemagne, plus de 3% pour la France, 5 à 7% pour les autres. On ne prête pas à la zone euro, mais à un État particulier. Comme avant !

Standard and Poor's n'a pas dégradé la France et huit autres pays européens seulement pour réagir contre le déficit budgétaire et l'accroissement de la dette. L'Agence met aussi, et même surtout, en avant la faible croissance et les problèmes de compétitivité de l'Europe, tant interne entre pays européens eux-mêmes que vis à vis du reste du monde. Et de préciser que les politiques d'austérité visant à rétablir les grands équilibres financiers ne suffiront pas à rehausser la note, si la compétitivité ne se rétablit pas. Sauf que les politiques d'austérité et de rigueur budgétaire n'ont jamais fabriqué de croissance.

On ne sortira pas de la contradiction. Les notes continueront leur périlleuse descente, la charge de l'emprunt va croître au point de devenir insupportable, la récession se confirmera dans nombre de pays, les plus riches d'entre eux en auront marre de payer pour les autres, l'explosion de l'euro est une donnée qu'aucun expert aujourd'hui ne peut écarter.

Comme il a été souvent expliqué ici, on a mis la charrue avant les boeufs en faisant l'union monétaire de pays à niveau de développement fort différents, et sans aucune harmonisation des politiques fiscales, budgétaires, sociales. Le volontarisme a ses limites, la dure réalité sait se rappeler à l'ordre quand on la transgresse.

sarko-merkel.jpgParallèlement, les négociations avec la Grèce tournent court, et on reparle d'un défaut à fin mars si un accord sur les taux d'intérêt à servir aux banques par la Grèce n'est pas trouvé d'ici là. Il le sera, mais ces discussions de marchand de tapis ne confortent pas l'image de l'Europe.

En dégradant la France, Standard and Poor's a confirmé le leadership de l'Allemagne, et affaibli la puissance politique de la France. Le fonctionnement du couple franco-allemand ne pourra que s'en trouver plus difficile, l'Europe de plus en plus livrée aux desiderata de chacun des États.

Le fonds de stabilisation, présenté comme le sauveur de la zone euro, est à son tour dégradé.

C'est la spirale infernale. En dégradant à tour de bras, et en mettant en avant les insuffisances, on amoindrit la confiance et on décourage les prêteurs, rendant inefficace les mesures prises. On condamne les pays à aller de plans d'austérité en plans d'austérité, générant récession et chômage.

Quoiqu'on en dise, les économies réelles sont entre les mains "du marché" et des agences de notation, que les Etats ont laissé s'ériger en censeur du monde. Ce sont les Etats qui ont laissé filer les finances publiques (tous les budgets de la France ont été déficitaires depuis 1975), et qui ont donné aux agences de notation le pouvoir qui est le leur aujourd'hui, en obligeant les banques à noter l'ensemble de leurs créances, avec des conséquences en capitaux propres variant en fonction des notations.

En attendant des hypothétiques nouvelles règles, cela n'a pas fini de secouer dans la zone euro.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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