a t-on tiré les leçons des crises?

Publié le 15 Août 2011

Encore la mort annoncée d’une entreprise viable, victime de la cupidité des capitalistes, du dumping social permis par une mondialisation incontrôlée, de l’inconscience et incompétence des décideurs économiques et politiques.

 

FRALIB est une PME localisée dans les Bouches du Rhône. Elle fait travailler 187 personnes.

Tout le monde connaît Fralib : elle produit les thés et tisanes de la marque Eléphant. C’est un leader sur ses produits, depuis plus de cent ans, qui opère sur un marché qui a le vent en poupe.

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Un point fort, l’entreprise est prospère et gagne de l’argent : 4 millions d’euros, ai-je entendu.

Deux points faibles : son marché est essentiellement français (65% de ses ventes), et l’entreprise est entrée dans le giron de la holding internationale UNILEVER.

Je ne connais pas les circonstances de la session de Fralib à Unilever. L’appât du gain sans doute pour l’ex-propriétaire.

Mais on imagine bien les arguments mis en avant à l’époque par Unilever pour justifier le rachat de Fralib : profiter des synergies permises par l’intégration dans un grand groupe international pour développer la marque Eléphant à l’international et créer une ligne produits qui sera leader mondial sur son marché ! Tout le baratin habituel mis en avant par ces grands groupes volages, qui changent de politique à chaque évolution défavorable de marché, et à chaque changement de PDG, directeur du marketing ou contrôleur de gestion.

Et on imagine bien aussi nos contrôleurs de gestion, frais émoulus de leurs écoles de commerce, qui n’ont jamais mis les pieds dans l’usine ni discuté avec aucun salarié de Fralib, crier euréka à leur dernière trouvaille pour augmenter les profits : à défaut d’augmenter fortement le chiffre d’affaires puisque Fralib reste franco-français, diminuer les coûts de revient en faisant produire les thés et tisanes Eléphant en Pologne !!

Car c’est ça le super projet de la multi-nationale : fermer l’usine de Marseille, mettre au chômage les 187 salariés, et faire fabriquer dans un des quatre autres sites du Groupe, en l'occurence la Pologne, les produits Eléphant.

En février dernier, le juge avait ordonné à la Direction de reprendre à zéro son projet de fermeture en raison "d'irrégularités manifestes" et d'un "argumentaire indigent", selon ses propres termes. Le Groupe Unilever a fait plancher ses juristes et ses meilleurs rédacteurs, et le TGI de Marseille a validé le plan social fin juillet. C'est à dire fermeture du site. Plan indigent en février, validé en juillet. Tous les doutes sont permis!

Le plan (a)social prévoit des reclassements. En Pologne par exemple, avec un salaire de 5000€ .... par an !!!!!

La vraie motivation d'Unilever n'est-elle pas de tuer la marque franco-française Eléphant, au bénéfice de la marque phare du Groupe, Lipton.

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Eh bien ! cette politique des grands groupes, la France et la plupart des pays occidentaux en crèvent. 

C’est cette politique qui a fait pour une bonne part la désindustrialisation de la France, avec les conséquences aboutissant à la crise actuelle :  augmentation du chômage, baisse des revenus et du pouvoir d’achat, et donc réduction de la croissance et des recettes fiscales, baisse des exportations et accroissement des importations, accroissement des déficits budgétaires et de la balance commerciale, recours à l’endettement pour les financer.

C’est une chose qui commence enfin à se dire, les politiques semblent enfin en prendre conscience. On envie enfin l’Allemagne, d’avoir su conserver son industrie, et d’avoir l’endettement le plus faible de l’Europe et le niveau d’emploi le plus fort. Le sous-emploi n’a jamais été un facteur de croissance.

Alors souhaitons que nos décideurs politiques, économiques, financiers sachent se mobiliser, ensemble, pour mettre en oeuvre la solution pour maintenir en vie cette entreprise rentable, qu’Unilever condamne uniquement pour quelques % de rentabilité supplémentaire.

La solution existe : céder la marque et l'installation industrielle à un repreneur, comme Unilever l'a récemment fait avec une usine Royco à Poitiers.

L’intérêt des grands groupes n’est pas l’intérêt des Etats. Souhaitons que la France fasse de Fralib le départ d’un nouvel état d’esprit, basé sur la prise de conscience qu’un Etat n’a pas d’avenir,  s’il n’est pas capable d’offrir du travail à sa population.

Un actif sur cinq est sans emploi en Espagne. Un jour ou l’autre, cela explosera, parce que c’est intolérable. Les indignés se transformeront en insurgés.

Il faut que l’Europe cesse de considérer que la perte de son industrie est sans conséquence, parce que le tertiaire et l’innovation s’y substituent. Une grande part du tertiaire ne s’exporte pas, et trouve d’autant moins d’acheteurs que le sous-emploi est fort, c’est à dire le pouvoir d’achat faible. Et l’innovation ne se trouve plus de notre côté : la Chine, l’Inde, la Corée, Taiwan, Singapour, savent innover et créer de nouveaux produits, ils sont les leaders dans l’informatique et le téléphone, demain dans l’automobile et l’aviation.

Alors sauvons ce qui peut encore l’être, aidons les repreneurs, amenons les banquiers dans les tours de table, et pas seulement dans ceux des très grandes entreprises. C’est notre avenir qui est en jeu, et celui de nos enfants. Ou alors il faut accepter qu’ils soient contraints, demain,  d’aller travailler à l’étranger, à des conditions qui leur seront imposées.

En un mot, faisons que la recherche du profit immédiat et l’enrichissement des actionnaires et du top management ne soient plus le moteur déterminant de l’action.

Et emmenons dans ce bateau les chefs d’entreprises, pour qu’ils cessent de vendre leur affaire au plus offrant, au risque très souvent de la voir se diluer dans une multinationale, où elle perd son âme et les valeurs qui avaient fait sa prospérité, avant qu’elle ne disparaisse définitivement.

Rédigé par jdio

Publié dans #humeurs

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